Le marché tunisien du café traverse une crise profonde marquée par une montée inquiétante des circuits de contrebande, mettant en péril l’équilibre du secteur et la survie de nombreux torréfacteurs locaux. C’est ce qu’a révélé, mardi 16 décembre 2025, la vice-présidente du groupement professionnel des torréfacteurs de café relevant de la Conect, Wafa Attaoui.
Intervenant dans la matinale de Jawhara FM, la responsable a affirmé, au micro de Hatem Ben Amara, que près de 60% du café actuellement disponible sur le marché tunisien proviendrait de la contrebande. Une situation dramatique pour les industriels du secteur, confrontés à une concurrence qu’elle juge déloyale.
Selon Wafa Attaoui, cette invasion de café issu de circuits parallèles a provoqué un ralentissement brutal de l’activité des torréfacteurs agréés, au point que plusieurs d’entre eux ont été contraints de fermer leurs portes. En cause, l’effondrement des ventes et l’arrêt progressif des achats de café vert auprès de l’Office du commerce, distributeur officiel de la matière première.
Des camions entiers de café entrent chaque jour sur le territoire national en dehors de tout cadre légal, selon ses dires. À titre de comparaison, elle a avancé que l’Office du commerce écoulait auparavant entre 2 300 et 2 500 tonnes de café par mois. Aujourd’hui, ce volume est tombé à environ 900 tonnes, illustrant l’ampleur de la désaffection du marché officiel au profit des circuits illicites.
La responsable a également mis en lumière les écarts de prix qui favorisent la contrebande. Le café introduit illégalement est vendu directement aux propriétaires de cafés à des prix oscillant entre 20 et 23 dinars le kilo, alors que les industriels locaux sont tenus de respecter le prix de vente fixé par l’État, soit 34,5 dinars le kilo.
« À ce niveau de prix, nous ne pouvons plus vendre. Nous faisons face à une concurrence déloyale », a-t-elle déploré, soulignant que les torréfacteurs respectant la réglementation se retrouvent pénalisés sur leur propre marché.
Selon Wafa Attaoui, la majeure partie de ce café de contrebande proviendrait d’Algérie, où le produit est déjà subventionné par l’État. Une situation qui accentue les distorsions de concurrence et alimente un marché parallèle difficile à contrôler.
N.J










