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De A à Z, le monde en 2025

Par Amin Ben Khaled

Par Amin Ben Khaled

L’année 2025 ne se laisse pas saisir par un événement fondateur, une date-charnière ou une rupture nette. Elle se lit plutôt par fragments, par signes dispersés, par tensions accumulées. Dans un monde sans centre stable, où les crises s’installent dans la durée et où l’exception devient la norme, l’abécédaire offre une forme adaptée : ni récit linéaire, ni théorie totale, mais une cartographie partielle du désordre mondial. De A à Z, ces entrées esquissent les lignes de force d’une géopolitique marquée par l’incertitude, la fatigue des puissances et la banalisation du chaos.

A –  Alliances
Plus instables que jamais, davantage tactiques que stratégiques. Les alliances ne reposent plus sur des visions communes du monde, mais sur des intérêts immédiats, réversibles, parfois contradictoires. Les alliances sont devenues « liquides ».

B – BRICS
Élargis et médiatisés, mais structurellement hétérogènes. Ils incarnent moins une alternative systémique qu’un symptôme du décentrement du monde et du refus de l’unipolarité.

C – Chine
Puissance patiente dans un monde impatient. Obsédée par la stabilité intérieure, attentive aux fractures globales, la Chine avance – via les routes de la soie –  sans précipitation, misant sur le temps long plutôt que sur l’événement.

D – Dissuasion
Nucléaire, économique, technologique. La dissuasion s’étend à de nouveaux domaines tout en perdant sa force normative. Elle dissuade encore, mais ne rassure plus.

E – Europe
Économiquement encore puissante, stratégiquement hésitante. L’Europe demeure centrale dans les discours, mais marginale dans les rapports de force décisifs à l’échelle internationale.

F – Fragmentation
Des chaînes de valeur aux récits idéologiques, le monde se fragmente plus vite qu’il ne se recompose. La cohérence globale cède face à des logiques régionales dissonantes.

G – Gaza
Territoire-miroir du désordre mondial. Concentration tragique de l’impuissance diplomatique, de la sélectivité morale et de l’épuisement du droit international.

H – Hégémonie
Contestée partout, assumée nulle part. L’hégémonie américaine persiste sans l’illusion de l’universalité qui l’accompagnait autrefois.

I – Iran
Sous sanctions durables, sous pression militaire diffuse, mais toujours capable de manœuvrer. Une puissance de la résilience stratégique plus que de l’expansion.

J – Judiciarisation
La justice internationale invoquée comme arme symbolique. Plus outil de délégitimation que mécanisme effectif de régulation des conflits.

K – Kissinger
Moins une figure qu’un héritage. Le retour assumé du réalisme brutal, où la stabilité l’emporte sur la morale et l’ordre sur le droit, continue de structurer les décisions de nombreuses puissances.

L – Légitimité
Crise profonde. Les États agissent encore, mais peinent à convaincre au-delà de leurs frontières, parfois même au sein de leurs propres sociétés.

M – Moyen-Orient
Région saturée de conflits, mais jamais périphérique. Laboratoire des guerres longues, des médiations ambiguës et des recompositions d’alliances, le Moyen-Orient demeure un révélateur brutal des impasses de l’ordre international.

N – Nationalismes
Réaffirmés, décomplexés, souvent présentés comme défensifs. Ils prospèrent sur le sentiment d’humiliation et la peur du déclassement.

O – Opinion mondiale
Fragmentée mais connectée. Les réactions circulent plus vite que les analyses, produisant une simultanéité des indignations sans convergence politique réelle.

P – Populisme
Non plus simple rhétorique électorale, mais véritable mode de gouvernement. Le populisme de 2025 ne promet pas l’avenir : il administre le ressentiment, gouverne par la polarisation et projette les fractures internes sur la scène internationale et sur les … autres.

Q – Qatar
Puissance relationnelle. Diplomatie de médiation, réseaux transversaux, capacité à dialoguer avec des acteurs incompatibles entre eux.

R – Russie
Puissance blessée mais persistante. L’isolement devient un levier, la contrainte un récit de résistance, au prix d’une militarisation durable de la politique.

S – Sud global
Concept central mais flou. À la fois espace de projection, d’affirmation politique et de dépendance structurelle persistante.

T – Trump
Retour du passé dans le présent. Symbole d’une démocratie américaine polarisée, où la politique étrangère devient prolongement de l’ego.  

U – Ukraine
Guerre longue, épuisement diffus. Le conflit s’installe dans la durée et se transforme en toile de fond permanente de la sécurité européenne.

V – Violence
Banalisation inquiétante. Elle choque moins, dure plus, et se diffuse sous des formes militaires, économiques et symboliques.

W – Washington
Plus précisément la Maison Blanche, devenue le centre réel de la diplomatie trumpienne et par ricochet mondiale. Une pièce de théâtre : concentration extrême du pouvoir, personnalisation des décisions, marginalisation relative des appareils diplomatiques traditionnels.

X – Xénophobie
Recyclée en discours de protection culturelle ou sécuritaire. Elle prospère sur les peurs sociales et alimente les replis nationaux, tout en façonnant des politiques migratoires de plus en plus restrictives.

Y – Yémen
Guerre oubliée, tragédie hiérarchisée. Le silence international dit autant que les discours sur les conflits jugés prioritaires.

Z – Zones grises
Ni guerre ni paix, ni ordre ni chaos. Espaces hybrides devenus l’état normal du système international en 2025.

Ainsi s’achève l’abécédaire de 2025 : une année sans point final, sans résolution claire, mais riche en signes et en fractures durables. Le monde n’y a pas retrouvé l’ordre, seulement appris à composer avec son absence.

Que 2026 soit l’année de nouvelles compréhensions, de dialogues renouvelés et de solutions durables. Bonne année 2026 !

BIO EXPRESS

Amin Ben Khaled est un avocat au barreau de Tunis et enseignant tunisien, spécialisé en droit et géopolitique.

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

Par Amin Ben Khaled

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