Une séquence extraite d’un podcast animé par Tucker Carlson, figure médiatique américaine connue pour ses positions controversées sur la pandémie de Covid-19, circule largement sur les réseaux sociaux, y compris en Tunisie.
Dans cet échange, Carlson interroge John Leake, présenté comme essayiste et commentateur, au sujet des vaccins contre le Covid-19. Les deux hommes affirment que ces vaccins provoqueraient de « graves problèmes de fertilité », iraient jusqu’à empêcher les personnes vaccinées d’avoir des enfants et pourraient même modifier le code génétique transmissible aux générations futures. Le ton alarmiste de la discussion conduit Tucker Carlson à s’interroger sur la légalité même de l’utilisation de ces vaccins aux États-Unis.

Ces propos s’inscrivent toutefois dans un cadre bien précis. Tucker Carlson anime une émission d’opinion, et non un programme scientifique ou médical. Ses invités ne sont soumis à aucun dispositif de vérification contradictoire, et les affirmations avancées ne sont étayées par aucune source scientifique, aucune étude publiée ni aucune donnée vérifiable. John Leake, quant à lui, n’est ni médecin, ni chercheur en immunologie, ni spécialiste de la fertilité. Il ne dispose d’aucune qualification reconnue dans le domaine médical lui permettant d’évaluer les effets biologiques des vaccins.
Sur le fond, l’affirmation selon laquelle les vaccins contre le Covid-19 provoqueraient de graves problèmes de fertilité est fausse.
Depuis le début des campagnes de vaccination, des dizaines d’études scientifiques ont été menées sur la fertilité masculine et féminine après vaccination. Leurs résultats sont convergents : aucune diminution durable de la fertilité n’a été observée, ni chez les femmes ni chez les hommes. Les autorités sanitaires internationales, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis et l’Agence européenne des médicaments (EMA), ont toutes conclu qu’il n’existe aucune preuve établissant un lien entre vaccination contre le Covid-19 et infertilité.
Concernant la fertilité féminine, les études montrent que les vaccins n’altèrent ni la réserve ovarienne, ni la qualité des ovocytes, ni les taux de grossesse, y compris chez les femmes ayant recours à la procréation médicalement assistée. Des variations temporaires du cycle menstruel ont bien été observées chez certaines femmes, mais elles sont transitoires et sans impact sur la capacité à concevoir.
Chez les hommes, les données disponibles indiquent que la vaccination n’affecte ni le nombre de spermatozoïdes, ni leur mobilité, ni leur morphologie. À l’inverse, plusieurs travaux scientifiques ont montré que l’infection par le virus de le Covid-19 elle-même peut, dans certains cas, altérer temporairement la qualité du sperme.
L’idée avancée dans le podcast selon laquelle les vaccins modifieraient le « code génétique » transmissible aux enfants est également infondée.
Les vaccins à ARN messager ne pénètrent pas dans le noyau des cellules, ne modifient pas l’ADN humain et sont rapidement dégradés par l’organisme après avoir déclenché la réponse immunitaire. Cette affirmation repose sur une confusion volontaire entre ARN messager et ADN, une rhétorique récurrente dans les discours de désinformation antivaccins.
Lorsque John Leake affirme disposer de « preuves concrètes » sans en citer aucune, il s’agit d’un procédé classique de désinformation : invoquer des preuves inexistantes ou non publiées afin de donner une apparence de crédibilité scientifique. Aucune étude sérieuse, évaluée par des pairs, ne corrobore ses déclarations. À ce jour, des millions de personnes vaccinées à travers le monde ont conçu des enfants après leur vaccination, ce qui contredit directement l’idée selon laquelle celle-ci empêcherait toute reproduction.
En conclusion, l’argument selon lequel les vaccins contre le Covid-19 ne devraient plus être légaux repose sur une prémisse erronée. Ces vaccins ont été autorisés après des essais cliniques rigoureux, puis surveillés en conditions réelles à une échelle inédite. Les systèmes de pharmacovigilance nationaux et internationaux n’ont identifié aucun signal crédible établissant un lien entre vaccination et infertilité.
R.A.












