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Enseignement secondaire : Mohamed Safi dénonce la rupture du dialogue et l’escalade du conflit

Par imen Nouira

Mohamed Safi, secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), est revenu, jeudi 25 décembre 2025, sur la journée de colère et le rassemblement de protestation organisés le jour même devant le ministère de l’Éducation. Dans une interview téléphonique accordée à Myriam Belkadhi dans l’émission Midi Express sur les ondes d’Express Fm, il a vivement critiqué la rupture du dialogue avec l’autorité de tutelle et réaffirmé les revendications du secteur.

Une mobilisation « contrainte » pendant les vacances

Interrogé sur le choix d’organiser cette mobilisation durant les vacances scolaires, Mohamed Safi a expliqué que cette décision visait précisément à éviter toute perturbation directe des cours et à prévenir d’éventuelles sanctions administratives. Il a accusé le ministère de l’Éducation d’adopter une approche répressive, marquée, selon lui, par des retenues sur salaire.

Le responsable syndical a souligné que cette journée de colère s’inscrit dans une série de formes de lutte déjà engagées au cours de l’année 2025. Il a rappelé l’organisation de mouvements de protestation régionaux et nationaux le 26 février 2025, ainsi que des sit-in observés le 28 août 2025, durant les vacances d’été. Selon lui, malgré les correspondances adressées au ministère conformément aux usages en vigueur, aucune réponse concrète n’a été apportée.

Mohamed Safi a accusé le département de l’Éducation de refuser tout dialogue avec les structures syndicales représentant les différents corps éducatifs, qu’il s’agisse de l’enseignement secondaire, de l’enseignement de base, des surveillants, des cadres administratifs ou, plus largement, de l’ensemble du corps éducatif.

Boycott des évaluations et examens du deuxième trimestre

Abordant la question de l’escalade, Mohamed Safi a confirmé que la décision de la commission administrative sectorielle prévoit, outre la mobilisation protestataire, le boycott de toutes les évaluations et des examens du deuxième trimestre de l’enseignement secondaire, incluant les oraux, les devoirs surveillés, les travaux pratiques ainsi que les examens de fin de trimestre.

Il a justifié ce choix par la fermeture, selon lui, de toutes les portes du dialogue et par ce qu’il considère comme un non-respect manifeste des accords conclus antérieurement. Il a notamment évoqué des retards importants dans l’application des promotions, parlant de plusieurs mois non pris en compte au détriment des enseignants concernés.

Mohamed Safi est également revenu sur l’accord signé le 23 mai 2023, prévoyant une augmentation salariale étalée sur trois ans. Il a exprimé son incompréhension face aux déclarations du ministre de l’Éducation devant l’Assemblée des représentants du peuple, laissant entendre que ce dossier serait encore « à l’étude ». Selon lui, les accords signés engagent l’État, indépendamment des changements de gouvernements ou de ministres, et doivent être appliqués sans renégociation.

Inquiétudes des parents et droit syndical

Répondant à une question sur la réaction attendue des parents et des élèves face au boycott des examens, Mohamed Safi a reconnu que cette décision ne serait ni populaire ni accueillie favorablement. Il a toutefois estimé que la responsabilité première incombe à l’autorité de tutelle, qu’il accuse de graves manquements.

Il a alerté sur le fait que de nombreux élèves, dans différentes régions du pays, n’auraient pas bénéficié de cours dans certaines matières fondamentales, telles que l’arabe, les mathématiques, la physique ou la technologie. Il a qualifié cette situation d’atteinte grave au principe d’égalité des chances, affirmant que des élèves se retrouveraient évalués sans avoir reçu les enseignements requis.

Selon lui, le recours au boycott constitue un choix douloureux mais nécessaire pour défendre un droit syndical jugé légitime, tout en réaffirmant que la solution passe par la reprise immédiate des négociations.

Absence totale de communication avec le ministère

Mohamed Safi a assuré qu’aucun contact, ni officiel ni officieux, n’a été établi récemment avec le ministère de l’Éducation. Il a évoqué un climat de crainte généralisée, affirmant que même les échanges téléphoniques informels avec certains responsables administratifs auraient cessé.

Il a indiqué que la fédération avait pourtant adressé plusieurs correspondances pour solliciter des réunions, notamment à l’occasion de la rentrée scolaire, du mouvement des mutations et de la mise en œuvre de l’accord relatif aux directeurs et aux proviseurs. Il a dénoncé une gestion unilatérale du dossier éducatif, reposant, selon lui, sur des solutions superficielles du ministère, qui visent uniquement à embellir la situation sans s’attaquer aux véritables problèmes.

Un diagnostic alarmant du système éducatif

Le secrétaire général de la fédération de l’enseignement secondaire a dressé un constat qu’il a qualifié de « catastrophique » de la situation dans les établissements scolaires. Il a mis en avant le manque criant d’enseignants, aussi bien dans l’enseignement de base que dans le secondaire, ainsi que la surcharge horaire imposée aux professeurs, évoquant des volumes allant jusqu’à 26 heures hebdomadaires, en contradiction avec les accords existants.

Selon lui, cette situation pèse lourdement sur les enseignants et compromet gravement la qualité de l’enseignement. Il a affirmé que le malaise est largement partagé au sein du corps éducatif, y compris parmi les inspecteurs, et a estimé que l’école publique traverse une crise profonde sans précédent dans sa carrière syndicale.

Contexte interne à l’UGTT et continuité de l’action

Enfin, interrogé sur la démission récente du secrétaire général de l’UGTT et ses répercussions sur l’action syndicale, Mohamed Safi a souligné qu’il s’agissait d’un fait inédit, tout en exprimant l’espoir que le dialogue interne permette de dépasser cette étape.

Il a insisté sur le fait que les décisions du secteur de l’enseignement secondaire sont prises de manière collégiale, à l’issue de consultations régulières du bureau exécutif et de la commission administrative sectorielle. Il a affirmé que la fédération continuera à évaluer la situation et à prendre, « avec courage », les décisions qu’elle jugera nécessaires.

Mohamed Safi a conclu en rappelant que l’UGTT est une organisation historique, qui ne saurait être confisquée par des individus, et a appelé à rester fidèle à l’héritage et aux luttes qui ont façonné le mouvement syndical tunisien.

Rappelons que l’UGTT a décrété une grève générale le 21 janvier 2026. Le mouvement de grève devrait répondre à trois revendications centrales : l’instauration effective du dialogue social, la défense du droit à la négociation et des droits syndicaux, ainsi que le rejet de l’augmentation salariale intégrée dans le projet de Loi de finances 2026 pour les secteurs public et privé, sans négociations préalables.

I.N.

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