L’Association des magistrats tunisiens (AMT) a violemment réagi, lundi 29 décembre 2025, à la diffusion d’informations médiatiques faisant état de poursuites judiciaires contre son président, le juge Anas Hmaidi. Une annonce faite publiquement, accompagnée de sa photo, alors même que l’intéressé n’a, selon l’association, reçu aucune notification officielle.
Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, le bureau exécutif de l’AMT s’est dit stupéfait par le traitement réservé à cette affaire par la radio Mosaïque FM, qui a annoncé vendredi 26 décembre des poursuites judiciaires contre Anas Hmaidi, tout en omettant sa qualité de président de l’association. Or, souligne l’AMT, le juge concerné est « le dernier informé » de procédures pourtant censées le viser directement.
Une tentative de dissociation et de discrédit personnel
Pour l’association, cette fuite médiatique ne relève ni du hasard ni d’une simple défaillance administrative.
Elle estime que la diffusion de l’information avant toute notification officielle, et le choix délibéré de présenter Anas Hmaidi sous son identité personnelle plutôt qu’en tant que président de l’AMT, visent à accréditer l’idée que les investigations annoncées seraient étrangères à son engagement syndical.
Une manœuvre que l’association interprète comme une tentative d’isolement politique et de discrédit personnel, doublée d’un acte de diffamation assumée.
L’AMT va plus loin en mettant directement en cause la neutralité de l’administration judiciaire. Elle considère que ces développements constituent une violation flagrante des règles encadrant la communication judiciaire, placée sous la responsabilité du parquet et du ministère de la Justice.
La fuite organisée de l’information, suivie de sa médiatisation, est perçue comme un signal alarmant quant à l’impartialité et à la probité de toute poursuite qui pourrait être engagée, celle-ci ayant été précédée, selon l’association, d’un « prémédité » de stigmatisation publique.
L’indépendance de la justice directement mise en cause
Dans ce contexte, le bureau exécutif met en garde contre toute tentative d’instrumentalisation de la justice à des fins de représailles. Il affirme que d’éventuelles poursuites pénales contre son président s’inscriraient dans une stratégie de pression et de sanction, visant « à punir son refus de se taire face aux atteintes répétées à l’indépendance de la magistrature, aux droits des juges et aux principes fondamentaux du procès équitable ».
Face à ce qu’elle décrit comme une offensive directe contre la justice indépendante, l’AMT appelle l’ensemble des magistrats à faire bloc autour de leur association et à opposer une solidarité sans faille à ce qu’elle qualifie de dérives autoritaires et de violations quotidiennes de leurs droits professionnels et institutionnels.
L’association alerte également l’opinion publique sur la gravité de l’attaque menée contre l’AMT et son président, y voyant une tentative d’étouffement de l’une des dernières voix judiciaires « opposées à la mainmise totale de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire ». « Une domination dont les conséquences, avertit-elle, ne se limitent pas au corps des magistrats mais menacent l’ensemble de la société et l’État de droit ».
Sur le plan international, le bureau exécutif souligne le soutien rapide et sans ambiguïté exprimé par la rapporteuse spéciale des Nations unies sur l’indépendance des juges et des avocats, ainsi que par l’Union internationale des magistrats. Ces instances ont appelé les autorités tunisiennes à mettre un terme aux pratiques jugées abusives, à respecter les standards internationaux relatifs à l’indépendance de la justice, et à garantir aux magistrats leurs droits à la liberté d’expression et d’organisation.
Enfin, l’AMT annonce suivre de près l’évolution de cette affaire et se réserve le droit d’adopter l’ensemble des positions et actions qu’impose la gravité de la situation. Elle appelle les organisations de la société civile et de défense des droits humains à se mobiliser pour défendre les fondements d’une justice indépendante, ultime rempart des droits et des libertés face à l’arbitraire.
R.B.H










