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Huile d’olive : l’Utap plaide pour une refonte profonde de la stratégie nationale de commercialisation

Par Nadya Jennene

Invité de la matinale d’Express FM, aujourd’hui mardi 6 janvier 2026, le conseiller économique du président de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), Fathi Ben Khalifa, a livré une analyse approfondie et sans détour de la filière oléicole tunisienne, mettant en lumière ses fragilités structurelles, ses paradoxes économiques et l’urgence d’un changement de paradigme en matière de politique commerciale et diplomatique.

Au cœur de son intervention, un constat jugé alarmant : la Tunisie, pourtant productrice de l’une des meilleures huiles d’olive au monde, continue de vendre son produit à des prix parmi les plus bas sur les marchés internationaux. « Nous avons la qualité, la reconnaissance et les certifications internationales, mais nous demeurons les moins chers », a-t-il souligné.

Selon les données avancées, le prix de référence du litre d’huile d’olive (extra vierge) en Tunisie avoisine les 3,68 euros, contre 4,74 euros en Espagne, 7 euros en Italie, 6 euros en Turquie et au Liban, ou encore plus de 4 euros au Portugal. Une situation que Fathi Ben Khalifa juge économiquement incohérente et stratégiquement dangereuse pour la pérennité du secteur.

Une dépendance excessive au marché européen

L’intervenant a également pointé la forte concentration géographique des exportations tunisiennes, rappelant que plus de 53% des exportations d’huile d’olive sont destinées à un seul espace : l’Union européenne. Une dépendance qu’il qualifie de « facteur de vulnérabilité majeur », appelant à une diversification urgente des débouchés.

À ce titre, il a plaidé pour un déploiement diplomatique et commercial plus ambitieux vers les marchés africains et asiatiques, citant notamment l’Inde, la Chine, le Pakistan, l’Indonésie, la Corée du Sud et le Japon, ainsi que plusieurs pays d’Afrique subsaharienne encore peu familiarisés avec l’huile d’olive. « En Afrique, dans certains pays, l’huile d’olive n’est même pas connue. C’est là que réside notre potentiel », a-t-il insisté.

Diplomatie économique et marketing : un levier sous-exploité

Fathi Ben Khalifa a salué les efforts récents de la diplomatie tunisienne, notamment l’activation de l’Académie diplomatique et l’implication des ambassades dans la promotion des produits tunisiens. Il a évoqué des expériences réussies, comme l’introduction de marques tunisiennes d’huile d’olive sur des marchés comme le Sénégal, le Canada ou le Kenya, soulignant toutefois que ces initiatives restent encore trop isolées.

Il a appelé à institutionnaliser la présence de l’huile d’olive tunisienne dans les événements diplomatiques, les réceptions officielles, les hôtels et les restaurants, estimant « inconcevable » qu’un pays touristique comme la Tunisie ne valorise pas systématiquement l’un de ses produits phares sur ses propres tables.

Une critique du mécanisme de fixation des prix

Sur le plan interne, le conseiller économique de l’Utap s’est montré très critique à l’égard de la fixation administrative des prix, estimant que cette approche n’a ni produit les effets escomptés ni garanti la protection du petit agriculteur. « Fixer un prix sur une feuille de papier, sans concertation réelle avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, ne peut pas fonctionner », a-t-il affirmé.

Il a dénoncé les déséquilibres subis par les huileries, considérées comme le maillon le plus fragilisé, ainsi que l’absence d’un mécanisme clair garantissant un prix plancher équitable pour l’ensemble des intervenants : agriculteurs, transformateurs et exportateurs.

Pour un pacte national de la filière oléicole

Fathi Ben Khalifa a appelé à l’élaboration d’une véritable politique nationale de l’huile d’olive, fondée sur la concertation, la transparence et la confiance mutuelle. Il propose la mise en place d’un « pacte de filière » définissant des règles claires, un prix minimum garanti, des marges raisonnables et une vision à long terme intégrant la production, la transformation, la commercialisation et l’exportation.

Il a également soulevé la question sensible des choix variétaux et de l’introduction massive de plants étrangers, appelant à une évaluation scientifique rigoureuse de leur impact à long terme sur l’identité, la durabilité et la compétitivité de l’oléiculture tunisienne.

Protéger le petit agriculteur, préserver la souveraineté économique

Le conseiller économique de l’Utap a rappelé que la filière oléicole repose majoritairement sur une agriculture familiale, constituée de petits exploitants pour qui la récolte représente souvent l’unique source de revenus sur plusieurs années. « Lorsque les prix s’effondrent, c’est tout un équilibre social qui vacille », a-t-il averti.

Pour Fathi Ben Khalifa, la solution ne peut être ni ponctuelle ni improvisée. Elle passe par une réforme structurelle, un renforcement du rôle de l’État comme garant de l’équité, et une mobilisation collective autour d’un objectif commun : faire de l’huile d’olive tunisienne non seulement un produit d’excellence, mais aussi un véritable levier de souveraineté économique et de développement durable.

N.J

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