Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a exprimé, jeudi 8 janvier 2026, sa condamnation ferme des propos racistes tenus par l’animatrice de télévision Imen Jelassi, qui, sur le plateau de l’émission Rendez-vous 9 diffusée sur Attessia, a évoqué la « nécessité d’empêcher les femmes ‘africaines’ (migrantes subsaharienne, ndlr) d’accoucher en Tunisie ». Ces déclarations ont immédiatement suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et de nombreuses réactions critiques dans la société civile.
Un communiqué sans équivoque du FTDES
Dans un communiqué signé par son président Abderrahmane Hedhili, le FTDES dénonce « à l’unanimité et avec la plus grande fermeté » ces propos, qu’il qualifie de « déclaration raciste grave incitant à limiter la natalité des migrantes en Tunisie ». Le Forum souligne que de tels propos s’inscrivent dans la continuité de politiques et de discours inspirés par « la logique coloniale et l’exportation des politiques de contrôle des frontières européennes ».
Selon le FTDES, ces déclarations « répétées dans l’impunité » représentent « un recul moral et intellectuel constant » et constituent une violation renouvelée des droits humains, ainsi que des principes de dignité et d’égalité.
Le communiqué met également en lumière « l’escalade inquiétante de la haine raciale structurelle » en Tunisie, qui, selon le Forum, est passée de comportements individuels à un système qui « légitime la diffusion de discours de haine et de racisme dans les espaces numériques, médiatiques et politiques, reposant sur des idées et politiques coloniales et fascistes ».
Les politiques publiques et le retour des migrants
Le FTDES insiste sur le rôle problématique que certaines déclarations officielles jouent dans la stigmatisation des migrants. Le Forum évoque notamment la répétition, dans le discours public, de la notion de « danger démographique » qui aurait, selon lui, « transformé les politiques publiques en matière de migration en instruments punitifs contre les migrants ». Ces politiques justifieraient, selon le communiqué, des pratiques telles que les expulsions collectives, l’isolement des migrants dans des espaces restreints, ainsi que le contrôle de leurs corps et de leur vie quotidienne, tout en préparant l’opinion publique à accepter des violations plus graves sous couvert de risques démographiques, sécuritaires, sanitaires ou économiques.
Dans le même contexte, il convient de rappeler que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a annoncé, mercredi 7 janvier 2026, avoir assisté 8.853 migrants à retourner dans leur pays d’origine en 2025, marquant une hausse de 28% par rapport à 2024. Cette opération s’inscrit dans le cadre du programme d’aide au retour volontaire et à la réintégration, visant à garantir des retours dans des conditions sûres et dignes.
Le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, avait également indiqué en novembre 2025 que 19.089 migrants irréguliers avaient regagné leurs pays d’origine entre 2022 et fin octobre 2025 dans le cadre du retour volontaire.
Appel à la responsabilité et à la vigilance
Dans son communiqué, le FTDES souligne plusieurs points essentiels :
- La responsabilité totale de l’État dans la propagation des discours racistes et haineux.
- L’impérieuse nécessité pour l’État de reconnaître ses erreurs et de restaurer son rôle de garant des droits humains.
- L’exigence que toute personne incitant à la haine raciale ou à la discrimination soit sanctionnée, quel que soit son statut ou son support médiatique.
- Le rappel que les idées racistes ou fascistes ne constituent pas une « opinion » acceptable et que les présenter comme un sujet de débat équivaut à participer à une « violence symbolique » et à une dérive vers la ségrégation raciale.
- Le refus catégorique de transformer la Tunisie en un espace où les individus sont jugés sur leur origine, leur couleur ou leur statut administratif, plutôt que sur leur humanité et leurs droits.
Le Forum conclut en appelant la société tunisienne à résister à « la reproduction du schéma colonial et fasciste » afin de bâtir un espace africain solidaire et libéré de toutes formes de racisme et de discrimination.
Une polémique qui dépasse le débat médiatique
Les propos de Mme Jelassi s’inscrivent dans un contexte sensible, celui du débat sur la migration irrégulière en Tunisie et en Méditerranée. Les critiques soulignent que ce type de discours, au-delà de son caractère raciste, est dangereux sur les plans éthique, social et juridique, car il risque de légitimer des pratiques discriminatoires et de stigmatiser des populations déjà vulnérables.
La réaction du FTDES s’inscrit dans une série de mobilisations de la société civile pour rappeler que la dignité, l’égalité et les droits fondamentaux doivent primer dans le traitement des questions migratoires et dans tout discours public.
I.N.











Commentaire
Gg
Bla bla bla… Pourquoi ne demande t-on pas à cette femme les raisons pour lesquelles elle exprime ce rejet?
Peut être va t-elle répondre que le système de santé tunisien est au bout de ses forces et de ses ressources, que des femmes tunisiennes ne trouvent pas de place pour accoucher à l’hôpital, et que par conséquent il faut penser aux tunisiennes avant les autres?