Le député Kamel Farrah, président de la Commission de l’éducation, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur, de la jeunesse et des sports à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), a dressé, jeudi 8 janvier 2026, un état des lieux sans concession de la réforme du système éducatif, lors de son intervention sur les ondes de Jawhara FM.
Depuis le début de la législature en mars 2023, la réforme de l’éducation figure parmi les priorités du programme électoral de la majorité parlementaire. « La question centrale est simple : comment redonner à l’école publique son éclat et son rôle d’ascenseur social ? Et quel élève voulons-nous former ? », a-t-il résumé.
Un Conseil constitutionnellement prévu… mais toujours absent
Au cœur du blocage, selon Kamel Farrah, figure l’absence du Conseil supérieur de l’éducation, prévu par l’article 135 de la Constitution. Cette instance, qualifiée de « novatrice et essentielle », est censée examiner obligatoirement tous les projets et propositions de loi relatifs à l’éducation.
Or, sa mise en place relève du président de la République. Résultat : malgré un travail législatif soutenu, le Parlement se retrouve paralysé. « À chaque proposition, on nous répond qu’il faut attendre le Conseil supérieur de l’éducation. Et donc, nous attendons », a-t-il déploré.
Un déséquilibre entre exécutif et législatif
Depuis le début de la législature, l’exécutif n’a transmis qu’un seul projet de loi à l’ARP, relatif à la lutte contre le dopage. En revanche, les députés ont élaboré neuf propositions de loi entre mars 2023 et octobre 2025.
Ces textes portent notamment sur l’organisation du temps scolaire, la gouvernance du système éducatif, le régime de la séance unique, l’introduction de l’art dans l’éducation ou encore des réformes structurelles touchant l’ensemble du secteur.
Un fonds de réforme pour une école sous-financée
Parmi les propositions phares figure la création d’un Fonds de réforme de l’éducation. Kamel Farrah a rappelé que le budget du ministère de l’Éducation, estimé à environ 8.700 milliards, reste insuffisant pour répondre aux besoins réels du secteur.
L’objectif serait d’impliquer la société civile et d’ouvrir l’établissement scolaire à son environnement économique et social, afin de diversifier les sources de financement et de soutien.
Enseignement privé, sport et médias au cœur des réformes
Les propositions parlementaires abordent également la fiscalité des établissements privés, la révision du cadre juridique de l’enseignement supérieur privé et la réorganisation de l’enseignement privé dans son ensemble.
Concernant le sport, le député a souligné l’obsolescence du cadre juridique actuel, encore régi par la loi sur les associations de 1995. L’ambition est de permettre aux structures sportives d’évoluer vers des modèles modernes, disposant de ressources propres et éventuellement ouvertes à l’investissement.
D’autres textes portent sur l’introduction de l’éducation aux médias, la lutte contre la violence dans les stades, le droit à la santé mentale scolaire et une plus grande flexibilité dans l’organisation du temps scolaire et de la séance unique, en fonction des spécificités des établissements.
Formation professionnelle : des avancées à consolider
Sur la formation professionnelle, Kamel Farrah a salué les avancées récentes, notamment l’introduction de nouvelles spécialités liées aux voitures hybrides et électriques, ainsi qu’à l’économie verte, bleue et circulaire.
Une orientation jugée positive, mais qui reste, selon lui, insuffisante. « Nous devons former nos jeunes aux métiers de demain, en phase avec les évolutions technologiques et environnementales mondiales », a-t-il conclu, appelant à une généralisation et un renforcement de ces initiatives.
Infrastructures sportives : un état jugé « catastrophique »
Interrogé sur la situation du sport tunisien, Kamel Farrah n’a pas caché sa profonde amertume. Il dit partager la déception exprimée par de nombreux champions tunisiens, marginalisés malgré leurs performances et leurs titres.
Selon lui, cette désillusion dépasse le simple cadre des primes ou de la reconnaissance symbolique. Elle révèle une crise plus profonde, à la fois structurelle et conjoncturelle, touchant l’ensemble du système sportif national. « Il fut un temps où des pays venaient s’inspirer de l’expérience tunisienne. Aujourd’hui, cette avance s’est évaporée », a-t-il regretté, rappelant les réussites passées de la Tunisie lors des compétitions arabes et africaines.
Au cœur du malaise, Kamel Farrah pointe l’état alarmant des infrastructures sportives. En tant que commission parlementaire, ses membres ont multiplié les visites de terrain et dressé un constat sans appel.
Réhabiliter plutôt que multiplier les projets
Sur les perspectives de sortie de crise, Kamel Farrah plaide notamment pour une approche plus pragmatique : privilégier la réhabilitation des structures existantes plutôt que la multiplication de nouveaux projets. La question centrale reste, selon lui, celle des moyens financiers, mais aussi de la volonté politique et de la vision stratégique.
Il estime indispensable d’ouvrir le secteur sportif aux partenariats avec le privé et à l’investissement. « Le sport ne peut plus rester amateur », a-t-il martelé, dénonçant un système hybride où le professionnalisme n’existe que dans les discours. Un véritable professionnalisme permettrait aux clubs de générer des revenus, de valoriser leurs actifs, de posséder leurs infrastructures et de s’inscrire dans une logique économique durable.
Miser davantage sur les sports individuels
Kamel Farrah est également pour un recentrage de la politique sportive sur les disciplines individuelles, historiquement porteuses pour la Tunisie. Contrairement aux sports collectifs, lourds en infrastructures et en charges, les sports individuels sont plus accessibles et ont déjà permis au pays de décrocher des titres majeurs, notamment en athlétisme.
Pourtant, même ces disciplines souffrent aujourd’hui d’un manque criant d’attention et d’équipements de base. Le député cite l’exemple du complexe de Radès, où l’état des pistes d’athlétisme est jugé très préoccupant.
Sport et école : une réforme indissociable
Sur le plan législatif, le blocage est également patent. Kamel Farrah admet l’absence d’un cadre permettant de concilier sport de haut niveau et parcours scolaire. En Tunisie, réussir simultanément dans les études et le sport reste exceptionnel, faute d’aménagements adaptés du temps scolaire.
Pour lui, la réforme du système éducatif doit être globale et intégrer pleinement la dimension sportive. L’école tunisienne a longtemps été la première pépinière de champions, un rôle qu’elle a progressivement perdu.
M.B.Z










