En Tunisie, plusieurs athlètes de haut niveau dénoncent depuis plusieurs années des conditions financières et administratives jugées insuffisantes pour assurer leur préparation et leur réussite. Retards de bourses, contrats non signés, manque de soutien et mépris institutionnel : la situation semble perdurer malgré les succès internationaux.
Dans ce contexte, l’escrimeuse tunisienne Ines Boubakri est sortie de son silence. Dans un long message publié sur Facebook, vendredi 9 janvier 2026, la championne olympique a exprimé sa colère et sa lassitude face à une situation qu’elle juge inchangée depuis plusieurs années : la précarité financière et le manque de considération dont souffrent les sportifs tunisiens de haut niveau.
Réagissant aux récentes prises de parole d’Ahmed Jaouadi et de Khalil Jendoubi à la télévision, Ines Boubakri a confié avoir ressenti un « pincement au cœur ». Ces témoignages ont ravivé chez elle de « très mauvais souvenirs », notamment ceux remontant à l’époque où elle-même, aux côtés d’autres athlètes, avait osé dénoncer publiquement la situation catastrophique dans laquelle elles se trouvaient.

À l’époque, a-t-elle rappelé, les athlètes faisaient face à des retards de bourses, à des contrats non signés, à un staff non payé et à des promesses jamais tenues. Leur prise de parole n’avait pourtant pas suscité l’empathie attendue. Bien au contraire. « On nous a traitées de menteuses », a-t-elle écrit, dénonçant la divulgation de montants financiers censés rester confidentiels, dans le seul but, selon elle, de manipuler l’opinion publique et de faire passer les sportifs pour des privilégiés.
Ines Boubakri a insisté sur un point souvent méconnu du grand public : l’argent perçu par les athlètes ne représente pas un enrichissement personnel, mais sert à couvrir des frais essentiels liés à l’entraînement, aux déplacements, au matériel et à l’encadrement. « Seuls les sportifs, les vrais, le comprennent », a-t-elle souligné.
Le constat qu’elle dresse aujourd’hui est amer : « Cinq ans plus tard, RIEN n’a changé. Toujours les mêmes problèmes. Toujours les mêmes profils dans l’administration. Des gens dont le but n’est pas d’aider l’athlète, mais de le briser. Chez nous, vous aimez le succès, pas le sportif qui se bat pour l’obtenir! Chez nous, On n’aime pas ceux qui gagnent. On n’aime pas ceux qui touchent une prime. ON LES OUBLIE. »
La championne a fustigé l’oubli dans lequel sont laissés les athlètes une fois les primes versées, avant leur soudaine mise en avant lors des victoires et des événements officiels.
Ines Boubakri a, également, interpelé directement les médias, les appelant à cesser de feindre la surprise face à ces crises récurrentes. Pour elle, le temps des discours est révolu : « Parler ne suffit plus. Agir est devenu une urgence. »
Deux jours plus tôt, mercredi 7 janvier 2026, le champion du monde tunisien de taekwondo, Khalil Jendoubi, a également alerté sur les difficultés rencontrées par les sportifs tunisiens. Il a dénoncé des manquements administratifs du ministère de la Jeunesse et des Sports, qui n’a pas transmis les justificatifs d’absence nécessaires à son établissement scolaire pendant près d’un mois de stage et de championnat international, entraînant son exclusion.
Le taekwondoïste a aussi évoqué sa situation financière précaire, recevant une bourse mensuelle de 900 dinars non versée depuis six mois, malgré ses performances internationales.
Le jeune nageur tunisien Ahmed Jaouadi a fait de même. En novembre 2025, le champion du monde du 800 m nage libre a expliqué avoir tenté à plusieurs reprises de régulariser sa situation administrative auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports, en vain. Selon lui, son contrat, prêt depuis février, n’avait jamais été signé, et ses demandes concernant les arriérés dus à son entraîneur sont restées sans réponse.
Ahmed Jaouadi a précisé qu’il n’avait reçu sa prime que tardivement, malgré ses performances internationales, notamment son titre mondial à Singapour en juillet 2025, où il a réalisé le troisième meilleur temps de l’histoire sur 800 m libre (7’36’’88). Le nageur a dénoncé des retards répétés qui, selon lui, constituent un obstacle majeur à la poursuite sereine de sa carrière.
La Fédération tunisienne de natation a pour sa part publié un communiqué détaillant les paiements effectués à l’athlète et à son entraîneur, affirmant avoir respecté ses engagements financiers. Selon la FTN, des versements de 185.000 et 105.000 dinars avaient été effectués, mais le règlement final des arriérés reste en suspens, Philippe Lucas, l’entraîneur, menaçant désormais de porter l’affaire devant la justice.
N.J











2 commentaires
HatemC
Le Patriotisme Ne Peut Pas Etre Un Contrat à Sens Unique.
Changez De Nationalité Si l’Option S’offre A Vous.
La question de l’incitation au changement de nationalité n’est plus un tabou, mais une interrogation pragmatique sur la survie professionnelle de ces talents.
La carrière d’un athlète de haut niveau est extrêmement courte. Un cycle olympique dure quatre ans, et chaque mois perdu en litiges administratifs ou en précarité financière est une chance de médaille qui s’envole.
Si l’État ne remplit pas sa part du contrat (bourses, encadrement, protection sociale), l’athlète n’est plus dans une relation de réciprocité mais de sacrifice pur.
Partir, c’est choisir de sauver son talent plutôt que de le laisser s’éteindre sous le poids de la bureaucratie.
Un champion comme Ahmed Jaouadi ou Khalil Jendoubi ou Ines Boubakri offre à la Tunisie une visibilité internationale qu’aucune campagne de communication touristique ne peut acheter.
En ne soutenant pas ses élites, le pays envoie un message catastrophique à la jeunesse :
« Le mérite et l’excellence ne mènent qu’à la précarité. »
Inciter un athlète à partir n’est pas un acte de trahison envers le pays, mais une critique acerbe envers ceux qui dirigent le sport.
Quand un PAYS « tourne le dos » à ses champions, IL PERD MORALEMENT LE DROIT de leur demander de porter ses couleurs au prix de leur propre avenir.
L’option des pays du Golfe, comme le Qatar ou les Émirats Arabes Unis (EAU) ou Arabie Saoudite, et changer de nationalité transforme radicalement la donne. Ce n’est plus seulement une fuite pour « survivre », c’est un passage d’un système de précarité totale à un système de professionnalisme absolu …
À 35 ans, le patriotisme ne paiera ni les soins pour les blessures accumulées, ni la reconversion professionnelle.
Le pragmatisme, c’est assurer sa sécurité financière et celle de sa famille pendant que le talent est encore là et … changer de NATIONALITE …. HC
Judili58
Il faut arrêter le mensonge et l’hypocrisie. Les athlètes de haut niveau bénéficient de contrats programmes en application du décret portant statut des athlètes de haut niveau. Il s’agit de DROITS contractuels. Dans l’application le contrat est signé avec la fédération qui perçoit une subvention pour honorer son engagement contractuel avec l’athlète. Sauf que la fédération est toujours en difficulté de trésorerie car le ministère ne verse jamais les subventions à temps . De plus la signature des contrats obéit à une « procédure » opaque et qui fait perdre du temps des droits à l’athlète . La réponse : « avances l’argent en attendant la subvention qui ne t’inquiète pas arrivera » entre temps avec quoi l’athlète se nourrira se déplacera se logera s’équipera participera aux compétitions etc….. pas de problème la subvention viendra.Entre temps mensonge et hypocrisie. Et les responsables ont le culot de venir justifier l’injustifiable en publi.