Un sit-in de solidarité en soutien à la journaliste Chadha Haj Mbarek se tient dans la matinée du vendredi 9 janvier 2026 devant le tribunal de Bab Bnet, à l’appel du collectif « Femmes contre l’injustice et l’autoritarisme ». Cette mobilisation intervient à la suite de la troisième audience devant la Cour d’appel de Tunis et vise à dénoncer la poursuite de la détention de la journaliste, ainsi que la dégradation alarmante de son état de santé.
Dans son appel, le collectif exhorte à une mobilisation urgente et massive afin de soutenir Chadha Haj Mbarek face à ce qu’il qualifie d’injustice manifeste, soulignant la gravité de sa situation médicale et l’urgence de sa libération.

Une affaire judiciaire lourde et tentaculaire
La journaliste est poursuivie dans le cadre de l’affaire « Instalingo », du nom de la société Instalingo, spécialisée dans le contenu numérique et basée à Kalâa Kebira (Sousse). Ce dossier concerne 41 prévenus, parmi lesquels figurent des journalistes, blogueurs, responsables politiques et hommes d’affaires, dont Rached Ghannouchi, Hichem Mechichi et Nadia Akacha.
Les poursuites reposent notamment sur les articles 61, 62 bis et 67 du Code pénal. Perquisitionnée le 10 septembre 2021, la société Instalingo a vu son dossier transféré, fin 2024, au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme.
Arrêtée en octobre 2021, Chadha Haj Mbarek a été condamnée en première instance à cinq ans de prison. Elle fait face à des chefs d’accusation particulièrement lourds, dont « complot visant à changer la forme de l’État », « atteinte à la sûreté de l’État » et « outrage au chef de l’État ». Dans le cadre de la même affaire, son père et ses deux frères avaient également été interpellés avant d’être remis en liberté.
Selon ses avocats, un juge d’instruction avait pourtant ordonné sa remise en liberté et l’abandon de l’ensemble des charges. Cette décision a toutefois été contestée par le ministère public, qui a interjeté appel, entraînant le maintien en détention de la journaliste.
Procédure en appel et refus des mises en liberté
Sur le plan judiciaire, la chambre criminelle près la Cour d’appel de Tunis avait décidé, mardi dernier, de reporter l’examen du dossier au 26 décembre 2025, à la demande de la défense. Ce report visait à assurer la comparution de l’accusé détenu Achref Khadhraoui et à convoquer les prévenus laissés en liberté. La cour a également ordonné la désignation d’un avocat d’office pour Yahya Khili, lui aussi en détention, ainsi que la nomination d’un expert chargé de l’audition de Chadha Haj Mbarek. Toutes les demandes de mise en liberté ont cependant été rejetées.
Un état de santé jugé critique
Au-delà du volet judiciaire, le sit-in de Bab Bnet met surtout en lumière l’urgence sanitaire. Mercredi 7 janvier 2026, la famille de la journaliste a lancé un appel pressant à sa libération après la révélation de deux tumeurs malignes affectant son abdomen et sa poitrine. Dans un communiqué, ses proches dénoncent un « crime d’ignorance » et un « échec du système pénitentiaire et médical » mettant directement sa vie en danger.
Ils relatent un parcours médical qualifié de tragique en détention. Incarcérée initialement à la prison civile de Messadine, Chadha Haj Mbarek aurait subi une agression ayant causé une blessure grave à la main, sans prise en charge médicale adéquate. Selon sa famille, elle aurait dû entamer des grèves de la faim pour obtenir une simple consultation.
Après son transfert au centre pénitentiaire de Belli, son état se serait encore aggravé. Les examens ont finalement révélé une tumeur maligne à l’abdomen, puis une seconde à la poitrine, diagnostiquée à l’Institut national de cancérologie Salah Azaïz. Ses proches estiment que le retard dans le diagnostic est directement lié au manque de soins durant sa détention.
D’après la famille, l’état de la journaliste est aujourd’hui critique et nécessite deux interventions chirurgicales urgentes et distinctes, sans qu’aucun calendrier n’ait encore été fixé. C’est dans ce contexte que le sit-in de Bab Bnet se veut un signal d’alarme, appelant à une mobilisation plus large pour exiger sa libération et l’accès immédiat aux soins.
M.B.Z












