La Commission internationale des juristes (CIJ) a publié, jeudi 8 janvier 2026, un communiqué dans lequel elle condamne vivement de nouvelles « procédures pénales arbitraires » à l’encontre du président de l’Association des magistrats tunisiens, Anas Hmaidi, dans « une tentative manifeste de le réduire au silence et de freiner l’action de l’AMT ».
« La dernière tentative des autorités tunisiennes de poursuivre le juge Hmaidi constitue une nouvelle démarche flagrante visant à le réduire au silence et, plus largement, à entraver le travail de l’AMT dans la promotion et la sauvegarde de l’indépendance judiciaire en Tunisie », a déclaré Saïd Benarbia, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de la CIJ. « Le juge Hmaidi, comme tous les juges, doit pouvoir exercer librement ses droits à la liberté d’expression et d’association, sans crainte de représailles. »
La CIJ a exhorté les autorités tunisiennes à retirer immédiatement toutes les charges pesant sur le magistrat, à mettre fin à toutes les poursuites arbitraires contre les juges et les procureurs et à restaurer pleinement l’indépendance judiciaire, notamment en cessant toute ingérence de l’exécutif et en rétablissant un Conseil supérieur de la magistrature.
Selon le même communiqué, Anas Hmaidi n’a pris connaissance de ces nouvelles poursuites qu’après leur annonce dans les médias, le 26 décembre 2025. Puis, le 7 janvier 2026, il a été convoqué, sans indication des charges retenues, par un juge d’instruction près le tribunal de première instance de Tunis, pour comparaître le 9 janvier 2026.
« Les autorités semblent ainsi réagir à ses déclarations publiques », a souligné la CIJ, estimant que ces nouvelles poursuites s’inscrivent dans un contexte plus large de harcèlement judiciaire, engagé depuis 2022 à la suite d’une grève nationale des magistrats organisée par l’AMT contre le limogeage arbitraire de 57 juges et procureurs par le président Kaïs Saïed.
Selon la CIJ, les actions du magistrat et le travail de l’AMT sont pleinement protégés par le droit international relatif aux droits humains, notamment les articles 19, 21 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantissent la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.
De plus, les Principes fondamentaux des Nations unies relatifs à l’indépendance de la magistrature affirment que les juges doivent être libres de créer et de rejoindre des associations afin de défendre leurs intérêts, promouvoir leur formation professionnelle et protéger leur indépendance, a-t-on rappelé.
L’Association des magistrats tunisiens avait, elle aussi, vivement réagi, le 29 décembre 2025, à la diffusion d’informations médiatiques faisant état de poursuites judiciaires contre son président.
L’association a également alerté l’opinion publique sur la gravité de l’attaque menée contre l’AMT et son président, y voyant une tentative d’étouffement de l’une des dernières voix judiciaires« opposées à la mainmise totale de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire ».
N.J










