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SICAM face au défi du football moderne : engagement et responsabilité collective

Par Nadya Jennene

La défaite est parfois plus bavarde que la victoire. Elle dit ce que l’euphorie tait, révèle ce que l’illusion dissimule et met à nu les fragilités que les chants des tribunes recouvrent trop souvent. L’élimination des Aigles de Carthage en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, aussi douloureuse soit-elle, a eu le mérite d’ouvrir un débat longtemps ajourné : celui des moyens, du travail de fond et du rôle que chacun — institutions publiques, fédérations, médias et secteur privé — doit assumer pour que le football tunisien cesse de survivre et recommence à bâtir.

Dans ce contexte chargé d’émotions, une phrase a résonné comme un aveu lucide, presque brutal. Celle de Hannibal Mejbri, jeune international au verbe franc, qui a déclaré, au lendemain de l’élimination, que la Tunisie rêve trop mais ne travaille pas assez. Derrière cette sentence, certains ont voulu voir une critique sévère, d’autres une sortie mal calibrée. Mais à y regarder de plus près, ces mots sont moins une accusation qu’un constat. Et surtout, une invitation à repenser le modèle.

Car le rêve, aussi noble soit-il, ne suffit plus. Le football moderne est une industrie, un écosystème, un projet collectif qui exige des ressources, une vision, des investissements durables et une intelligence stratégique. La CAN 2025 a d’ailleurs exposé, sans fard, les limites financières de nombreuses sélections africaines, et la Tunisie n’y fait pas exception.

Quand le manque de moyens bride l’ambition

Les budgets des fédérations africaines, lorsqu’ils sont rendus publics, révèlent une hétérogénéité frappante. Certains pays, à l’image de l’Algérie, annoncent des budgets globaux avoisinant les quarante millions d’euros, avec une part significative — parfois jusqu’à 70% — provenant du sponsoring et des partenariats commerciaux. La Tunisie, quant à elle, évolue dans une zone grise : des financements existent, notamment à travers les programmes FIFA, mais les ressources issues du sponsoring restent insuffisamment structurées et rarement valorisées comme levier stratégique.

Ce contraste devient encore plus saisissant lorsqu’on élargit la focale. À l’échelle continentale, la Confédération africaine de football génère désormais plus de cent millions de dollars de revenus de sponsoring par édition de la CAN. La compétition attire des marques internationales, des partenaires régionaux et des investisseurs séduits par l’audience croissante du football africain. Pourtant, cette manne financière ruisselle peu vers les équipes nationales elles-mêmes, dont la préparation demeure souvent tributaire de subventions étatiques tardives ou de soutiens ponctuels.

C’est précisément dans cet interstice que le secteur privé national peut — et doit — jouer un rôle décisif. L’histoire récente et plus lointaine de l’équipe nationale tunisienne illustre en partie cette idée. Depuis des décennies, les Aigles de Carthage ont avancé en s’appuyant sur des partenaires économiques, chacun apportant un souffle nouveau, un appui ponctuel ou stratégique.

Cela dit, l’expérience montre que, les exigences du football contemporain dépassent largement la simple fourniture de ressources financières : elles englobent la logistique complète, les infrastructures d’entraînement, le suivi médical et scientifique des joueurs, les programmes de développement des jeunes talents, ainsi que la communication et le marketing autour de chaque compétition. Chaque dinar investi doit être pensé dans une perspective stratégique, pour maximiser la performance sportive tout en créant une visibilité réelle et durable pour le partenaire. Car il s’agit là d’un investissement émotionnel et symbolique, porteur de visibilité, de notoriété, de capital sympathie pour le sponsor, et d’une bouffée d’oxygène, un moyen de professionnaliser ses structures et de redonner de la crédibilité à ses ambitions à la sélection nationale.

Le partenariat entre SICAM et les Aigles de Carthage

La mobilisation d’un sponsor seul est une étape courageuse et nécessaire, mais elle doit s’inscrire dans une logique plus large, où plusieurs marques, institutions et acteurs économiques convergent pour accompagner le football tunisien vers ses ambitions véritables.

C’est dans ce cadre que s’inscrit aujourd’hui le partenariat avec SICAM, dernier acteur à avoir pris le relais pour soutenir l’équipe nationale tunisienne. La marque a fait le choix d’un engagement stratégique, à un moment où les conditions financières de l’équipe étaient particulièrement contraignantes. Le contrat couvre la Coupe d’Afrique des Nations et la Coupe du monde, affirmant ainsi une vision ambitieuse et alignée sur les grandes échéances du football international. Un choix courageux, presque militant, dans un environnement où le sponsoring sportif reste encore perçu comme risqué et exposé aux critiques.

Car soutenir l’équipe nationale, c’est accepter d’embrasser ses victoires comme ses défaites, ses moments de gloire comme ses traversées du désert. C’est comprendre que l’image d’une marque ne se construit pas uniquement dans l’instant du triomphe, mais dans la constance de l’engagement — et que même un soutien fort ne remplace jamais la mobilisation collective d’un écosystème complet.

Sur le plan de la communication, le partenariat entre SICAM — seule entreprise privée 100% tunisienne sponsor de la sélection nationale — et les Aigles de Carthage a donné lieu à une campagne d’envergure, déployée simultanément sur les médias classiques et les plateformes digitales. Télévision, radio, affichage, contenus digitaux : l’activation a été pensée comme un récit global, enraciné dans l’imaginaire collectif tunisien. Le point d’orgue fut sans conteste le succès viral de la campagne sur les réseaux sociaux, cumulant des millions de vues et générant un trend TikTok massif, porté par une chanson devenue emblématique autour de la harissa SICAM.

Ce succès révèle la capacité d’une marque à s’inscrire dans la culture populaire et à transformer un produit du quotidien en symbole identitaire. Mais il rappelle aussi que, malgré la portée d’un tel engagement, le sponsoring sportif reste un levier qui doit être partagé et multiplié pour réellement transformer les ambitions de l’équipe nationale en résultats durables.

Des exemples qui inspirent

Pour mieux saisir l’impact réel que peut avoir un soutien stratégique du secteur privé, il suffit de regarder ailleurs, où certaines marques ont su transformer un partenariat sportif en levier de performance et de rayonnement culturel, où le sponsoring du football se construit par agrégation, par superposition d’intérêts convergents, par la constitution patiente d’un écosystème où plusieurs partenaires privés jouent, chacun à leur niveau, un rôle complémentaire.

À l’échelle des sélections nationales africaines, certains pays ont compris très tôt l’importance de cette approche collective. Le Nigeria, le Ghana ou encore l’Afrique du Sud ont, à différentes périodes, mobilisé plusieurs partenaires privés autour de leurs équipes nationales : opérateurs télécoms, banques, compagnies aériennes, marques de grande consommation. Ces partenariats croisés ont permis non seulement de financer la préparation des compétitions majeures, mais aussi d’investir dans des domaines souvent invisibles du grand public : centres d’entraînement, encadrement médical, logistique internationale, développement des équipes jeunes. Là où un sponsor unique apporte un souffle, un réseau de sponsors installe une respiration durable.

Le football européen, souvent cité comme référence, pousse cette logique à son paroxysme. Les grands clubs ne vivent pas sous la tutelle d’une seule marque, mais sous l’ombre portée de dizaines de partenaires, chacun associé à un territoire précis : équipementiers, sponsors maillot, partenaires technologiques, sponsors régionaux, partenaires médias, marques lifestyle. Ce modèle n’est pas seulement financier ; il est stratégique. Il permet de répartir les risques, de diversifier les sources de revenus et d’éviter que l’avenir sportif d’une équipe ne soit suspendu aux choix ou aux aléas d’un unique acteur économique.

La CAN 2025, dans sa brutalité sportive, aura au moins permis cette prise de conscience. Le football tunisien n’a pas seulement besoin de passion, ni même seulement de moyens. Il a besoin d’alliances intelligentes, de partenariats multiples et d’un pacte clair entre le sport et le secteur privé. Non pour acheter des victoires — illusion dangereuse — mais pour créer les conditions dans lesquelles le travail, la rigueur et la continuité peuvent enfin produire des résultats.

En ce sens, le partenariat SICAM peut être vu comme un catalyseur : il montre que le sponsoring sportif, s’il est ambitieux et intégré, peut transformer un produit du quotidien — ici la harissa, symbole identitaire de la Tunisie — en vecteur de rayonnement international. Mais il rappelle aussi que la réussite durable exige une mobilisation collective, où plusieurs acteurs convergent pour structurer, financer et porter le football tunisien vers ses ambitions réelles. Le rêve tunisien, ainsi, n’est pas condamné : il a juste besoin d’être soutenu par un écosystème capable de travailler autant que lui.

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