L’incident survenu en juillet à bord d’un taxi collectif a remis sur le devant de la scène une question ancienne : celle de l’organisation et de la régulation du transport collectif en Tunisie. Au-delà des circonstances précises de cet événement, largement relayé, le président de la Chambre syndicale des taxis collectifs, Khlifa Mustapha, est intervenu, mardi 13 janvier 2026, sur les ondes de Jawhara FM pour replacer le débat dans un cadre plus large, celui des conditions d’exercice du secteur et des attentes formulées par ses professionnels.
Les faits remontent au mois de juillet 2025. Selon le syndicaliste, un homme âgé a été agressé par un jeune homme, ce dernier reprochant à la victime d’avoir pris sa place dans le véhicule. La victime a été prise en charge dans la foulée, mais après complications, elle est décédée. Le jeune homme, lui, a été arrêté ces derniers jours.
Selon les éléments évoqués, l’incident serait né d’un différend banal entre passagers. Ce type de situation s’inscrit dans une réalité quotidienne marquée par l’affluence, le manque d’espaces dédiés et l’absence de règles claires d’embarquement, selon Khlifa Mustapha.
Le responsable syndical a tenu à rappeler que l’ensemble du secteur partageait la peine de la famille concernée, tout en insistant sur la nécessité de tirer des enseignements concrets de ce qui s’est produit. Pour lui, cet incident ne peut être compris indépendamment du contexte général dans lequel évoluent les taxis collectifs, tant du point de vue des chauffeurs que des usagers.
Cet épisode met en lumière, selon ses dires, les limites d’un système de transport laissé trop longtemps sans encadrement structurel. « Le taxi collectif, comme le citoyen qui l’utilise, évolue dans un cadre insuffisamment organisé », a-t-il résumé, estimant que cette situation est le résultat d’un déficit de planification et d’infrastructures adaptées.
Le président de la Chambre syndicale a notamment pointé l’absence de stations aménagées et officiellement reconnues. Dans de nombreuses zones, les taxis collectifs opèrent directement sur la voie publique, sans signalisation ni espaces dédiés, ce qui favorise les attroupements et les tensions entre usagers. Il a rappelé que cette situation relève en grande partie des autorités municipales, appelées selon lui à jouer un rôle central dans l’aménagement et la gestion de ces espaces.
Face à ces constats, il a affirmé que le secteur n’est pas resté passif. Plusieurs professionnels ont, selon le syndicaliste, déposé une demande officielle visant à créer une société communautaire et ainsi contribuer à la réorganisation du taxi collectif. L’objectif affiché était de proposer un service mieux structuré, respectant les normes légales et offrant des conditions d’exploitation plus claires, aussi bien pour les chauffeurs que pour les passagers. Malgré le dépôt de dossiers complets et la tenue de nombreuses réunions avec les autorités concernées, ces démarches sont restées, à ce jour, sans suite concrète, d’après Khlifa Mustapha.
Cette situation a alimenté un sentiment d’incompréhension chez les professionnels, d’autant plus que les entreprises cherchant à opérer dans un cadre légal se heurtent, a-t-il assuré, à des lenteurs administratives persistantes. Pendant ce temps, les chauffeurs continuent d’assurer le service dans des conditions souvent difficiles, avec des responsabilités importantes en matière de sécurité et de gestion des flux de passagers.
Le président de la Chambre syndicale a, dans son intervention, interpellé directement la présidence de la République, estimant que les orientations annoncées en faveur des sociétés communautaires ne trouvent pas, sur le terrain, de traduction effective au niveau local et régional.
Il a également tenu à blanchir l’image d’un secteur intrinsèquement désorganisé. Selon lui, les taxis collectifs ne constituent pas un facteur majeur d’insécurité routière, invitant à s’appuyer sur les données de l’Observatoire national de la sécurité routière pour apprécier objectivement la situation. Il a reconnu toutefois que des efforts restent nécessaires, notamment en matière de discipline à bord des véhicules.
Le rôle du chauffeur, a-t-il souligné, est central. Il lui revient de réguler l’accès au taxi, d’organiser la montée des passagers et de veiller au respect des règles élémentaires de sécurité. Mais cette responsabilité individuelle ne peut suffire sans un cadre global clair et des infrastructures adaptées, a insisté Khlifa Mustapha.
N.J










