Les familles des détenus politiques et des détenus d’opinion, aux côtés de collectifs et de groupes de soutien, ont annoncé mercredi 14 janvier 2026, lors d’une conférence de presse tenue à Tunis, la création de la Coordination nationale pour la libération des détenus politiques.
Une coordination née sous le signe de la Révolution et de la mémoire collective
Cette initiative vise à structurer et unifier les efforts en faveur de la libération des personnes emprisonnées en raison de leurs opinions ou de leur engagement politique, associatif, journalistique ou humanitaire. La date choisie, celle de l’anniversaire de la Révolution, n’est pas anodine. « Nous célébrons cette date car elle est celle de la Révolution, et la Révolution est toujours présente dans nos cœurs, dans nos esprits et dans notre conscience collective. Il était important que cette coordination voie le jour à un moment aussi symbolique pour les hommes et les femmes libres de Tunisie », ont souligné les initiateurs.
Dans leur présentation, les membres fondateurs ont précisé que la notion de détenu politique ne se limite pas aux seuls opposants partisans. Elle englobe toute personne incarcérée sur la base d’une décision ou de motivations politiques, qu’il s’agisse d’activisme, de militantisme associatif, d’expression d’opinion, de journalisme ou d’action humanitaire. Est ainsi considéré comme prisonnier politique celui qui est sanctionné pour avoir exprimé une opinion libre, ou mené des actions jugées dérangeantes par les autorités.
Qui est détenu politique ? Une définition élargie face à une répression multiforme
Plusieurs cadres juridiques ont été pointés comme instruments de cette répression, notamment la loi de 2015 relative à la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent, dont l’interprétation extensive a, selon les intervenants, conduit à de nombreuses dérives. Le décret 54, en particulier son article 24, a également été cité pour son usage contre la liberté d’expression, tout comme la loi de 2004 sur les étrangers et les passeports, aujourd’hui utilisée, d’après eux, pour criminaliser l’action humanitaire et la solidarité envers les migrants.
La coordination se veut une structure inclusive, rassemblant sur un pied d’égalité les familles de détenus, des collectifs de soutien, des organisations de défense des libertés ainsi que les comités de défense composés d’avocats et d’avocates. Ces derniers ont dénoncé une justice qu’ils estiment instrumentalisée et utilisée comme outil de répression politique, au détriment de l’indépendance de la magistrature et des principes de l’État de droit.
Une structure transversale pour rompre l’isolement et porter une autre parole
Aucune distinction idéologique n’est revendiquée au sein de cette coordination. « Ni de droite ni de gauche, ni laïque ni islamiste », ont insisté ses membres, estimant que l’injustice frappe de la même manière, quelle que soit l’appartenance politique. Ce qui unit les différentes composantes est, selon eux, le rejet d’une politique de répression et d’arbitraire et la solidarité avec des familles éprouvées depuis le début des arrestations, engagées dès 2022.
Parmi les missions annoncées figurent le soutien moral et humain aux détenus et à leurs proches, la coordination des actions sur le terrain, le recensement de l’ensemble des affaires, la sensibilisation de l’opinion publique et la construction d’un récit alternatif à la version officielle. La coordination entend également porter la voix des prisonniers, dont certains observent actuellement des grèves de la faim, et déconstruire la présentation de l’action associative, solidaire ou humanitaire comme une menace pour l’État.
« Secourir des personnes vulnérables, défendre des droits, exprimer une opinion ne sont pas des crimes », ont martelé les organisateurs, concluant leur conférence par un message adressé aux détenus : l’injustice, ont-ils assuré, « ne durera pas » et viendra le jour où tous ceux qui sont emprisonnés pour leurs idées et leurs engagements retrouveront la liberté.
M.B.Z










