La crise récurrente des médicaments en Tunisie ne peut être résolue sans une réforme structurelle et courageuse de l’ensemble du système pharmaceutique. C’est le message central porté par Hichem Boughanmi, membre de la Fédération générale de la Santé, lors de son intervention, dimanche 18 janvier 2026, sur les ondes de Diwan FM.
Selon lui, la gestion actuelle du secteur repose sur des approches « non scientifiques et non planifiées », en l’absence d’une vision globale fondée sur des données fiables. « Avons-nous une étude précise des besoins du marché tunisien en matière de médicaments ? Avons-nous une cartographie des maladies par région et une estimation réelle des besoins des Tunisiens ? », s’est-il interrogé, déplorant l’absence de toute planification stratégique.
Absence de visibilité et échec de la digitalisation
Hichem Boughanmi a également pointé du doigt le manque de transparence dans l’utilisation des fonds publics injectés dans le secteur. « L’État continue d’injecter de l’argent, mais nous ne savons pas où vont nos médicaments », a-t-il affirmé, évoquant l’absence de traçabilité et de contrôle des circuits de distribution.
Dans ce contexte, il a regretté l’échec du projet de digitalisation, notamment celui de la carte électronique de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), qui devait permettre le passage à la prescription médicale électronique et une connexion directe entre la CNAM et les pharmacies privées. « Nous avons perdu de l’argent dans un projet qui aurait pu constituer une première étape vers une véritable digitalisation et nous aider à anticiper les crises », a-t-il souligné.
Un stock stratégique défaillant
Autre point d’alerte : l’absence ou l’insuffisance du stock stratégique au sein de la Pharmacie centrale. Selon le syndicaliste, certains médicaments essentiels ne sont plus disponibles en réserve, une situation qu’il juge extrêmement dangereuse. Il a cité en exemple le sérum physiologique, un produit de base utilisé quotidiennement dans les établissements de santé, dont la Tunisie a été contrainte d’importer depuis l’Égypte et l’Algérie.
« C’est incompréhensible, alors que ce produit était fabriqué localement par des entreprises tunisiennes, y compris des sociétés à participation publique, et que nous n’avons jamais connu de pénurie de ce type depuis l’indépendance », a-t-il rappelé.
Contrebande et marché parallèle
Hichem Boughanmi a également établi un lien direct entre la pénurie, les prix subventionnés et la contrebande. « Quand un médicament coûte un dinar ou moins, il devient naturellement attractif pour les réseaux de trafic », a-t-il expliqué, soulignant que ce phénomène est largement documenté par des procès-verbaux douaniers.
Pour lui, seule une réforme globale, allant de la Pharmacie centrale aux circuits de distribution, et intégrant pleinement la digitalisation, permettra de sécuriser l’approvisionnement du marché national et de protéger les médicaments destinés aux patients tunisiens.
Pression syndicale au nom du droit à la santé
Interrogé sur d’éventuelles actions syndicales, le membre de la Fédération générale de la Santé a indiqué que ses interventions médiatiques s’inscrivent déjà dans une démarche de pression sur l’autorité de tutelle. « Notre présence dans les médias est une forme de pression pour garantir la disponibilité des médicaments dans les délais », a-t-il affirmé.
Il a insisté sur le fait que les syndicats, et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) en particulier, ne se limitent pas aux revendications salariales. « Nos priorités ne sont pas uniquement les augmentations, mais avant tout les préoccupations des Tunisiens, notamment leur droit à la santé », a-t-il martelé.
Une priorité nationale non négociable
En conclusion, Hichem Boughanmi a appelé à ériger le dossier des médicaments en priorité nationale. « Aujourd’hui, seuls les plus chanceux, ceux qui ont des proches à l’étranger, parviennent à se procurer certains traitements. D’autres sont contraints de recourir au marché parallèle, au péril de leur santé », a-t-il alerté.
Une situation qu’il qualifie de « douloureuse » pour les familles tunisiennes, estimant que garantir le droit aux soins et à l’accès aux médicaments est une urgence qui « ne peut plus être reportée ».
S.H










