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Inondations : les déchets plastiques, un facteur aggravant majeur

Par Nadya Jennene

Les récentes inondations qui ont touché plusieurs régions tunisiennes ont relancé le débat sur les causes structurelles de la vulnérabilité urbaine face aux événements climatiques extrêmes. Dans une analyse publiée mercredi 21 janvier 2026, sur les réseaux sociaux, l’ingénieur en halieutique et environnement Hamdi Hached a mis en lumière un facteur souvent sous-estimé dans la gestion des risques d’inondation : l’obstruction des réseaux de drainage par les déchets plastiques, en particulier les sacs à usage unique.

Pour étayer son propos, l’expert s’appuie sur l’exemple du Bangladesh, pays fortement exposé aux inondations. Il a expliqué qu’en 2002, après plusieurs épisodes pluvieux majeurs ayant paralysé la capitale Dacca et d’autres grandes villes, les autorités bangladaises avaient pris une décision alors jugée radicale : l’interdiction des sacs plastiques à usage unique. « Cette mesure faisait suite à des constats de terrain révélant que plus de 70% des canaux d’évacuation des eaux pluviales en milieu urbain étaient obstrués principalement par des sacs plastiques légers, accumulés en grande quantité et empêchant l’écoulement de l’eau lors des épisodes critiques », a-t-il précisé. 

Il a ajouté, qu’après les crues catastrophiques de 1998 la réponse du pays ne s’était pas limitée aux infrastructures lourdes ou aux systèmes de prévision météorologique. Les autorités ont également intégré des facteurs dits « mineurs », mais déterminants, tels que la gestion des déchets plastiques, dans leur stratégie de prévention, selon ses dires. 

Les scènes observées récemment en Tunisie rappellent fortement ce scénario, d’après l’expert. Évoquant les nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrant des canaux d’évacuation des eaux pluviales totalement obstrués par des déchets, notamment des sacs plastiques, il a affirmé que dans plusieurs rues, l’eau n’avait pu s’écouler non pas en raison de précipitations exceptionnellement intenses, mais à cause de la défaillance complète des réseaux de drainage.

« Dans certains cas, des volumes de pluie tombés en quelques heures ont suffi à provoquer l’inondation des routes, la paralysie du trafic et l’intrusion de l’eau dans les habitations et les commerces. » Pour l’ingénieur, le constat est clair : la pluie agit comme un déclencheur, mais la catastrophe est le produit d’une combinaison de fragilités structurelles et de comportements quotidiens inadaptés.

L’expérience du Bangladesh, a souligné Hamdi Hached, montre que la gestion du risque d’inondation ne commence pas au moment de la tempête, mais bien en amont, parfois plusieurs années auparavant, à travers des choix politiques courageux et la reconnaissance du rôle central des déchets, en particulier plastiques, comme facteur de risque pour la sécurité publique. 

« La Tunisie se trouve aujourd’hui face à la même interrogation que Dacca au début des années 2000 : combien d’inondations faudra-t-il encore subir, combien de rues devront être submergées et combien de pertes économiques devront être enregistrées pour admettre que la prévention commence parfois par un geste simple — et un objet en apparence anodin — le sac plastique », a-t-il dénoncé. 

En 2018 le ministère de l’Environnement et des Affaires locales avait annoncé l’interdiction totale et définitive des sacs en plastique à usage unique. En dépit de cette décision officielle, l’application de la mesure demeure largement insuffisante. Les sacs plastiques continuent d’être massivement utilisés en Tunisie, en particulier dans les petits commerces, les marchés de proximité et les souks, révélant un écart persistant entre le cadre réglementaire et les pratiques quotidiennes.

N.J

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