Le Tribunal cantonal de Menzel Temime a décidé, jeudi 22 janvier 2026, de libérer quatre agriculteurs originaires des localités d’Aben et de Sidi Madhkour, relevant de la délégation de Haouaria (gouvernorat de Nabeul). Selon le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), les intéressés avaient été placés en garde à vue le mardi 13 janvier 2026 au poste de sûreté de Kélibia, puis transférés le jeudi 15 janvier à la prison de Belli, où ils sont restés détenus pendant neuf jours avant leur libération.
Selon le FTDES, une nouvelle audience est prévue le mardi 27 janvier 2026 afin d’examiner le dossier de ces agriculteurs. L’organisation a salué cette décision tout en dénonçant la détention initiale, jugée disproportionnée et prise sans avertissement préalable ni possibilité de régulariser leur situation légale.
Une affaire remontant à plusieurs décennies
Le FTDES rappelle que les puits concernés ont été creusés par l’État tunisien il y a plus de quarante ans dans le cadre de travaux de prospection gazière. Ces puits se trouvent sur des terrains appartenant aux agriculteurs et leur exploitation s’est toujours effectuée sur la base d’autorisations délivrées par un ancien ministre de l’Agriculture, puis par le Commissariat régional au développement agricole (CRDA) de Nabeul.
L’organisation précise que l’exploitation de ces puits a toujours été conditionnée au paiement de redevances au profit du Groupement de développement agricole (GDA) de Dar Chichou. Les agriculteurs concernés s’acquittent de ces redevances depuis 2006, à hauteur d’environ 250 dinars par an. La propriété de ces puits n’a jamais été transférée ni au CRDA, ni à la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede).
Des arrestations contestées
Parmi les quatre détenus figure Abdelkader Majid Ben Ammar, âgé de plus de 75 ans. Les agriculteurs avaient été convoqués le mardi 13 janvier 2026 au poste de sûreté de Kélibia pour enquête sur l’exploitation présumée non autorisée des puits. Après deux jours de garde à vue, ils ont été transférés à la prison de Belli sur ordre du ministère public.
Le FTDES dénonce la décision de placement en détention, estimant qu’elle ne reposait sur aucun risque pour l’ordre public et qu’elle ciblait injustement les petits agriculteurs, malgré le respect par ces derniers de leurs obligations administratives et financières. L’organisation souligne également le flou entourant la nature exacte des infractions reprochées et les éléments de l’enquête en cours.
Appel à des solutions durables
Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a réitéré son soutien aux agriculteurs et a exigé leur libération immédiate, ainsi que la restitution ou l’indemnisation du matériel agricole saisi. Il dénonce ce qu’il considère comme un ciblage des petits exploitants, alors que les grands acteurs responsables de la surexploitation et de la pollution des ressources en eau continueraient à échapper à toute sanction.
Le FTDES appelle enfin à l’adoption de solutions durables et équitables pour la gestion des ressources hydriques, garantissant à la fois le respect de la loi, la protection de l’environnement et la préservation des droits économiques et sociaux des agriculteurs. Son département de justice environnementale et climatique continue de suivre le dossier et d’apporter un soutien juridique aux intéressés.
I.N.










