Dans un long post publié sur les réseaux sociaux, lundi 26 janvier 2026, l’ancien député Hichem Ajbouni a livré une critique détaillée du bilan politique et économique du président de la République, appelant à juger son action à l’aune d’un critère central : l’utilité et l’efficacité des décisions publiques.
Un appel à juger l’action publique à l’aune de l’utilité et de l’efficacité
« Après l’emprisonnement des opposants, la remise en cause des droits et des libertés, la domestication des médias et de la justice, il est temps de poser la question du bilan », écrit-il, estimant que toute évaluation sérieuse des politiques publiques doit partir d’une interrogation simple : « La décision prise ou l’action engagée ont-elles une utilité réelle pour le pays et pour les citoyens ? Servent-elles effectivement l’intérêt général ? Les objectifs ont-ils été atteints avec une utilisation optimale des ressources et au moindre coût ? »
L’ancien parlementaire s’interroge ensuite sur la portée concrète des nombreuses visites de terrain du chef de l’État depuis son élection en 2019. « Combien de fois Kaïs Saïed a-t-il effectué des visites qui se sont traduites par de véritables décisions d’intérêt général ? Combien de fois a-t-il ouvert le dossier d’une entreprise publique et proposé un réel plan de réforme et de restructuration ? Combien de fois a-t-il identifié un problème majeur du pays, présenté des solutions et entamé leur mise en œuvre ? », questionne-t-il.
Entreprises publiques : des dossiers ouverts, mais aucune réforme aboutie
Il cite plusieurs établissements publics dont la situation, selon lui, n’a connu aucune amélioration : Tunisair, la Compagnie des phosphates de Gafsa, le Groupe chimique, la Société El Foulath, la sucrerie, les caisses sociales ou encore l’usine de pâte d’Alfa. « Un seul programme de réforme structurelle a-t-il été élaboré et appliqué pour l’une de ces entreprises ? », s’interroge-t-il.
Services publics et régions intérieures : des promesses sans effets mesurables
Hichem Ajbouni revient également sur les hôpitaux d’Oum Laarayes, Redeyef et Métlaoui, visités par le président peu avant le 25 juillet 2021. « Leur situation s’est-elle améliorée depuis ? », demande-t-il, élargissant son propos aux citoyens rencontrés lors des déplacements présidentiels : « Les services publics dans leurs régions – routes, transport, santé, éducation – se sont-ils développés ? »
Il évoque notamment une visite effectuée en 2022 dans la région de La Manouba, au cours de laquelle une élève avait sollicité l’aménagement d’une route pour pouvoir se rendre à l’école dans de meilleures conditions. « Le président le lui avait promis. En 2026, la route n’est toujours pas réalisée », souligne-t-il.
Commissions, décrets et réformes : où sont les bilans ?
Sur le plan des politiques publiques, l’ancien député dresse un inventaire critique de plusieurs dossiers : la commission créée en octobre 2020 pour la récupération des avoirs spoliés à l’étranger, dont « aucun bilan concret n’a été rendu public après six ans » ; le décret de mars 2022 sur la réconciliation pénale et la mobilisation annoncée de 13 milliards de dinars ; la législation sur la lutte contre la spéculation, dont l’application aurait provoqué « des abus et un climat de peur sans résultats probants » ; ainsi que le dispositif des sociétés communautaires, dont il juge les résultats « très faibles » dans un contexte de stagnation économique et d’inflation élevée.
Il revient aussi sur la nomination d’Ahmed Hachani à la tête du gouvernement en août 2023, chargé du dossier de l’assainissement de l’administration. « Des commissions d’audit ont été créées dans tous les ministères et entreprises publiques, mais aucun rapport n’a été publié jusqu’à présent », rappelle-t-il, notant que le chef du gouvernement a été démis de ses fonctions en août 2024.
Réformes économiques controversées et impacts sociaux
Hichem Ajbouni critique par ailleurs la révision de la loi sur les chèques en août 2024, qu’il considère comme ayant porté un coup sévère à la consommation et aux petites et moyennes entreprises, ainsi que l’abolition de la sous-traitance en mai 2025, qui, selon lui, a entraîné des pertes d’emplois faute d’étude d’impact sérieuse prenant en compte la réalité du marché du travail.
Il dénonce également l’échec de ce qu’il qualifie de « système de base », évoquant un gaspillage d’argent public lié à des élections coûteuses et à une très faible participation, « sans effet positif tangible sur la vie des citoyens ni sur la situation du pays ».
Responsabilité politique et impossibilité de se défausser du bilan
Pour l’ancien député, « il est aujourd’hui indispensable d’évaluer l’utilité et l’efficacité de toutes les décisions, promesses, visites, choix politiques et discours de Kaïs Saïed depuis son arrivée au pouvoir ». Il estime que cette évaluation relève du rôle des médias ainsi que des forces politiques et de la société civile, mettant en garde contre une lecture fondée uniquement sur « les slogans et la mise en scène émotionnelle ».
Il établit enfin un parallèle historique, estimant que les scènes de proximité médiatisée et la rhétorique populiste rappellent des pratiques observées sous des régimes précédents, « avec pour résultat un recul continu du pays sur les plans politique, économique et social ».
Hichem Ajbouni conclut en rappelant que, après Habib Bourguiba et Zine El Abidine Ben Ali, Kaïs Saïed est le président ayant exercé le plus longtemps le pouvoir, ayant nommé depuis 2019 l’ensemble des chefs de gouvernement – Elyes Fakhfakh, Hichem Mechichi, Najla Bouden, Ahmed Hachani, Kamel Maddouri et Sarra Zaâfrani Zenzri – ainsi que, depuis 2021, tous les ministres et hauts responsables. « Il ne peut donc indéfiniment se défausser de ses responsabilités et attribuer les échecs à des complots, à des traîtres ou à des ennemis imaginaires », écrit-il.

M.B.Z










