Le professeur Wadii Laroui, enseignant en géomorphologie à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, a livré, lundi 26 janvier 2026, une analyse scientifique approfondie de l’impact des récents épisodes météorologiques ayant affecté la Tunisie.
Dans son intervention dans la matinale de Jawhara FM, il a indiqué que le dernier épisode dépressionnaire avait principalement touché la façade orientale du pays, s’étendant des côtes orientales du gouvernorat de Bizerte jusqu’à Mahdia, en passant par le golfe de Tunis, le golfe de Hammamet, les littoraux de Sousse, Sfax et la partie septentrionale du golfe de Gabès. Cette zone concentre, selon l’universitaire, une diversité exceptionnelle de formes géomorphologiques, expliquant la multiplicité et la variabilité des risques observés.
Le littoral oriental tunisien se caractérise, en effet, par une mosaïque de paysages naturels : falaises maritimes abruptes donnant directement sur la mer ; falaises marines élevées ou basses ; plaines côtières basses ; des plages rocheuses, des sebkhas littorales ainsi que de vastes plages sableuses, notamment sur la côte orientale du Cap Bon.
Face à ce système dépressionnaire, la réponse du milieu naturel n’a pas été uniforme. Le professeur Laroui a souligné que les dynamiques géomorphologiques diffèrent selon la nature du relief. Parmi les phénomènes dominants figure l’érosion marine, ou érosion littorale, accentuée par des vents violents provoquant une forte agitation de la mer et une élévation significative de la houle. Ces vagues, capables de progresser loin à l’intérieur des terres, ont entraîné un recul marqué du trait de côte, particulièrement observé sur les plages de Hammamet, Sousse, Monastir, ou encore Mahdia.
L’enseignant a rappelé que ce phénomène n’était pas inédit. Des tempêtes méditerranéennes majeures, survenues notamment au début des années 1980, avaient déjà provoqué une perte irréversible du stock sédimentaire dans certaines zones, notamment à Hammam Lif. Lors de ces épisodes, la mer avait emporté d’importantes quantités de sable sans restitution ultérieure, marquant un tournant décisif dans l’équilibre sédimentaire du golfe de Tunis.
C’est à la suite de ces événements que les autorités ont opté pour des solutions lourdes, telles que les brise-lames, aujourd’hui largement remises en question en raison de leurs impacts négatifs sur la dynamique naturelle du littoral.
Selon Wadii Laroui, le littoral sableux constitue un système écologique fragile et équilibré, dont l’élément central est la dune côtière. Celle-ci joue un rôle fondamental de barrière naturelle contre les vagues : en hiver et lors des tempêtes, elle cède une partie de son sable à la mer, lequel est progressivement restitué durant la saison estivale. Or, l’urbanisation anarchique, l’aménagement de corniches, de routes et d’infrastructures touristiques sur ces dunes ont rompu ce cycle naturel. En supprimant le stock sédimentaire nécessaire, l’homme a provoqué une rupture durable de l’équilibre écologique du littoral tunisien.
Le professeur a également évoqué ses observations de terrain, menées récemment sur plus de 32 kilomètres de côtes, de Hammamet à Korba, où il a constaté des dégâts importants sur les façades maritimes de plusieurs hôtels et établissements touristiques, construits directement sur les dunes. Selon lui, la mer tente aujourd’hui de retrouver son fonctionnement naturel, mais se heurte à des aménagements artificiels incompatibles avec sa dynamique.
Pour Wadii Laroui, la solution réside dans le respect du domaine public maritime, qui doit rester un espace fonctionnel laissé à la mer, aussi bien en période calme que lors des tempêtes. Sans cela, avertit-il, la Tunisie s’expose à un conflit durable avec la mer, marqué par une érosion accrue, des pertes foncières et des risques croissants pour les populations et les infrastructures côtières.
N.J












