Les propos d’Arno Klarsfeld, évoquant l’organisation de « grandes rafles » pour arrêter des étrangers en situation irrégulière, ont provoqué une vague d’indignation en France. Au-delà de la polémique sémantique, l’épisode illustre une dérive inquiétante du débat public autour de l’immigration, où la brutalité s’invite de plus en plus ouvertement dans le discours politique et médiatique français.
Une phrase, quelques mots, et un malaise profond. Samedi 24 janvier 2026, sur la chaîne CNews, Arno Klarsfeld a suggéré que la France devrait s’inspirer de la politique migratoire menée par Donald Trump aux États-Unis et organiser « des sortes de grandes rafles » pour arrêter les étrangers en situation irrégulière visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Une déclaration aussitôt relayée, aussitôt contestée, tant le terme employé et la logique invoquée réveillent des résonances historiques difficiles à ignorer.
Invité à débattre à la suite du viol d’une femme de 90 ans à Nice — une affaire dans laquelle un ressortissant tunisien en situation irrégulière a été interpellé — Arno Klarsfeld a défendu une ligne de fermeté radicale. Selon lui, il serait « compliqué de se débarrasser de tous les asociaux qui sont OQTF » sans recourir à une politique musclée, comparable à celle menée par l’ICE, la police américaine de l’immigration. Quitte, reconnaît-il, à commettre « parfois des erreurs » et « des injustices ».
Le mot a immédiatement heurté. « Rafles ». Un terme lourd d’histoire, indissociable en France des arrestations massives opérées sous l’occupation nazie, et qui, prononcé par le fils de Beate et Serge Klarsfeld — figures emblématiques de la traque des criminels nazis —, a suscité une stupeur particulière. « Dites-moi que c’est un fake », a réagi Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, avant d’annoncer son intention de saisir la justice pour provocation à la discrimination, à la haine et à la violence. Des députés de La France insoumise ont engagé des démarches similaires, y compris auprès de l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel.
Mathilde Panot, présidente du groupe insoumis à l’Assemblée, a dénoncé une dérive plus large : « Dans quel état de folie ce pays est-il en train de sombrer ? » La question dépasse en effet le cas individuel. Elle interroge un climat où l’amalgame entre immigration, insécurité et criminalité s’impose progressivement comme un cadre de discussion banal, légitimant des propositions autrefois cantonnées aux marges du débat.
L’épisode révèle surtout l’importation assumée, dans le débat français, de méthodes et de références venues de l’ère Trump, où la brutalité administrative devient un instrument revendiqué de gouvernance. Que cette tentation s’exprime sur un plateau de télévision, sous couvert de pragmatisme sécuritaire, dit beaucoup de l’état actuel de la discussion publique sur l’immigration : un terrain où la frontière entre fermeté, stigmatisation et dérive autoritaire devient chaque jour plus fragile.
R.B.H











5 commentaires
HatemC
Pas un article sur la «Vague de refoulements sans précédent» de l’Algérie qui a expulsé 34 000 migrants subsahariens souvent abandonnés dans le désert en 2025 sans eau ni nourriture ….
Ayez au moins le courage aussi de dénoncer ces pratiques barbares et au mépris de tout droit de votre allié Algérien .. d’ailleurs la Tunisie a déjà jeté comme des malpropres des migrants africains hommes femmes enfants dans le désert sans eau ni nourritures … HC
https://www.lejdd.fr/International/vague-de-refoulements-sans-precedent-lalgerie-a-expulse-34-000-migrants-subsahariens-vers-le-desert-en-2025-166193
HatemC
Il y a un décalage énorme entre le vécu quotidien en France et la manière dont une partie de la presse tunisienne traite ces sujets, souvent depuis l’extérieur, avec une posture morale très confortable.
L’article adopte un ton indigné, quasi moral, face au mot « rafles », présenté comme le signe d’une dérive autoritaire française.
Cette indignation fait abstraction totale du contexte réel vécu en France :
– explosion de la délinquance dans certains quartiers,
– multiplication des faits divers impliquant des personnes en situation irrégulière,
– incapacité de l’État à exécuter les OQTF,
– sentiment d’abandon des classes populaires françaises… et immigrées anciennes.
L’article réagit à un mot, pas à une réalité sociale.
Oui, Arno Klarsfeld a fait une erreur sémantique majeure, surtout au vu de son nom.
Que fait-on d’un État qui laisse volontairement sur son sol des milliers de personnes sous OQTF, parfois dangereuses ?
L’article accuse le débat français de faire un amalgame entre :
– immigration
– insécurité
– criminalité
Mais il fait lui-même un amalgame inverse :
– toute fermeté = dérive autoritaire
– toute expulsion = racisme
– toute critique = haine
Or, la réalité française est plus complexe,
– beaucoup d’immigrés installés légalement souffrent autant que les Français de cette situation,
– beaucoup de binationaux ( j’en fais partie ) réclament plus d’ordre, pas moins, et ce Tunisien qui a violé une mamie de 90 ans … vous ne croyez pas qu’il jette l’opprobre sur toute la communauté Tunisienne et sur les Tunisiens ?????
En Tunisie, les migrants subsahariens ont été pourchassés, expulsés, humiliés.
Le président Kaïs Saïed a tenu des propos explicitement racistes, sans susciter ce genre d’articles indignés.
Aucune réflexion sérieuse sur l’intégration, le droit, l’État.
Mais quand la France parle de fermeté administrative, c’est le scandale absolu … HC
Gg
Merci Hatem!
Encore une fois tu parles d’or, avec objectivité et mesure.
En effet les « gens bien », dont tu fais partie, ainsi que ma femme, sont les premiers à souffrir de ce que nous appelons le laxisme français.
Et toute une classe politique indigne roule sur le vernis moral que tu dénonces!
Nom d’une pipe, si par malheur ma femme devait quitter la France un jour, on ira où-où-où, comme dit la chanson?
Gg
Le mot « raffle » est évidemment très excessif !
Ceci posé, il est certain qu’il faut bien un jour intercepter les OQTF, et faute de les renvoyer d’où ils viennent, les placer dans des centres de rétention très surveillés, spécialement ceux qui commettent des crimes délits.
Quant à Panot, son parti a largement
contribué à créer la situation de rejet actuelle…
Selon des chiffres du Ministère de l’intérieur divulgués par Darmanin, la France compte entre 600.000 et 800.000 clandestins!
Gg
Ajout:
Les derniers chiffres viennent de tomber. En 2025 la France a accordé 384.000 premiers titres de séjour, en hausse de 11,2 % par rapport à 2024.
11% cela signifie que ce nombre double tous les 7 ans.
Alors franchement, comme à votre collègue de la Tribune, je dis: cessez vos postures moralisantes, faciles et confortables. C’est insupportable !