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Métaux précieux : Moez Soussi décrypte une envolée de prix historique 

Par Nadya Jennene

La flambée sans précédent des prix de l’or et de l’argent alimente une inquiétude croissante chez les professionnels de la bijouterie, confrontés à une explosion des coûts de production, tandis que les citoyens voient leur pouvoir d’achat directement affecté par la hausse des prix des bijoux et des produits en métaux précieux. 

Invité dans la matinale de Jawhara FM du mercredi 28 janvier 2026, l’économiste et professeur à l’Université de Tunis Moez Soussi a décrypté ce phénomène qu’il décrit comme « sans précédent dans l’histoire récente des marchés ». Selon lui, contrairement aux matières premières classiques — le pétrole et les métaux industriels, entre autres — l’or évolue selon une logique spécifique : sa trajectoire est structurellement haussière et connaît rarement des phases de correction prolongées. Toutefois, précise-t-il, ce n’est pas tant la hausse en elle-même qui interpelle aujourd’hui que la vitesse d’accélération observée depuis 2025.

L’universitaire a rappelé qu’au 27 janvier 2025, le gramme d’or s’échangeait autour de 88,65 dollars sur les marchés internationaux. Au 27 janvier 2026, il frôlait les 161 dollars le gramme, un seuil jamais atteint auparavant. Sur une période glissante de cinq années, la progression cumulée dépasse 170,4%, mais la singularité actuelle réside dans un quasi-doublement des prix en l’espace d’une seule année, révélateur d’une tension exceptionnelle sur le marché mondial du métal jaune.

Cette flambée internationale se répercute mécaniquement sur les marchés domestiques, notamment en Tunisie, sous l’effet combiné du taux de change, des coûts logistiques et des marges de transformation. Moez Soussi a précisé que le prix du gramme d’or brut 24 carats, converti en dinars, pourrait théoriquement avoisiner des niveaux très élevés à l’importation, autour de 550 dinars le gramme, avant intégration des frais de transport, de transit, des taxes, du travail artisanal et de la valeur ajoutée liée à la fabrication. 

Au stade de la commercialisation finale, le prix payé par le consommateur peut varier selon le caratage, la qualité du façonnage et les charges annexes, a-t-il ajouté.

Pour illustrer cette dynamique, Moez Soussi a replacé le débat dans une perspective structurelle. Depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, la production mondiale cumulée d’or est estimée à environ 216.000 tonnes. Environ 15,3% de ce stock est détenu par les États et les banques centrales, tandis que la majorité se trouve entre les mains de particuliers et d’investisseurs privés. Or, la production minière annuelle mondiale n’ajoute que 3000 à 3500 tonnes supplémentaires, un volume insuffisant pour modifier substantiellement l’équilibre global entre l’offre et la demande, ce qui confère au marché une rigidité quasi permanente.

Dans ce contexte, la hausse actuelle ne peut être interprétée uniquement à travers le prisme monétaire ou les fluctuations du dollar, selon ses dires. Si l’or et le billet vert constituent tous deux des actifs de réserve internationaux, leurs mécanismes de valorisation obéissent à des logiques distinctes. Le facteur déterminant réside aujourd’hui dans le comportement des détenteurs d’or : face à un environnement international marqué par l’instabilité géopolitique, les incertitudes macroéconomiques et la volatilité des marchés financiers, les agents économiques privilégient la conservation de leurs avoirs en métal précieux, réduisant mécaniquement les volumes disponibles sur le marché.

Il a par ailleurs évoqué l’essor rapide des actifs numériques, notamment les cryptomonnaies, qui a temporairement capté une partie de l’épargne mondiale avant de révéler un niveau de risque élevé. Cette séquence a favorisé un mouvement de réallocation des capitaux vers des valeurs refuges traditionnelles, perçues comme plus résilientes face aux chocs systémiques. Dans ce schéma, l’or conserve un statut privilégié de réserve de valeur et de couverture contre l’érosion monétaire.

Dans le prolongement de cette tendance, Moez Soussi a attiré également l’attention sur la hausse rapide du prix de l’argent, souvent moins médiatisée mais tout aussi significative pour les filières industrielles. En novembre 2025, le gramme d’argent destiné aux industriels se négociait aux alentours de 4 dinars. Début 2026, il avoisinait les 9 dinars, soit plus du double en quelques mois, ce qui renchérit directement les coûts de production et exerce une pression inflationniste sur les produits finis.

Hatem Ben Youssef, président de la Chambre syndicale des bijoutiers, a, pour sa part, apporté un éclairage complémentaire sur les ressorts spécifiques de l’envolée du prix de l’argent. Selon lui, le métal argenté subit une pression inédite sur les marchés internationaux, sous l’effet direct de la montée en puissance des technologies dites vertes. 

La transition énergétique, et plus particulièrement le développement accéléré des véhicules électriques, entraîne une demande croissante en argent, indispensable à la fabrication de certaines composantes des batteries. Le même phénomène s’observe dans la filière du solaire photovoltaïque, où l’argent constitue un intrant stratégique dans la conception des cellules photovoltaïques. À l’échelle mondiale, ces deux segments industriels absorberaient aujourd’hui près de 50% de volumes supplémentaires par rapport aux niveaux antérieurs, accentuant la tension sur les disponibilités.

À cette pression structurelle de la demande s’ajoute une contrainte d’offre d’ordre géologique et industriel. Contrairement à l’or, l’argent ne bénéficie pas, dans la majorité des cas, de gisements exclusivement dédiés à son extraction. Environ 80% de la production mondiale d’argent provient d’une extraction dite secondaire, issue principalement de l’exploitation d’autres minerais, notamment le plomb, le zinc, le cuivre ou encore l’or. Cette configuration limite mécaniquement la capacité du secteur minier à ajuster rapidement les volumes produits en fonction des signaux de marché.

Dans ces conditions, l’offre demeure largement dépendante de la dynamique propre aux marchés des métaux de base, dont les cycles de production obéissent à des logiques économiques distinctes et ne répondent pas directement aux fluctuations de la demande en argent. Cette rigidité structurelle contribue à amplifier les tensions sur les prix, dans un contexte où la demande industrielle continue de s’intensifier à un rythme soutenu.

N.J

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Commentaire

  1. Khaled abidi

    28 janvier 2026 | 16h50

    Que d’experts,de professeurs et chercheurs qui ne forment qu’un château de cartes qui vit au dépend d’outre mer,on est incapables même a subvenir à nos besoins alimentaires, sans parler de médicaments, d’industries en tout genre,on vend des paroles,on est le peuple qui connait tout et que rien ne plaît mais qui est creux et vide