Ces derniers jours, des publications largement partagées sur les réseaux sociaux ont affirmé que le jus « Coach », produit en Libye et vendu aussi en Tunisie, aurait été retiré du marché en raison de la présence de « substances cancérigènes ». Certains messages évoquent même la fermeture d’un distributeur et présentent le produit comme dangereux pour la santé, suscitant inquiétude et confusion chez les consommateurs.


Nous avons procédé à la vérification de cette information. Un premier communiqué officiel émanant des autorités municipales libyennes a effectivement appelé, au mois de décembre, au retrait temporaire du produit des marchés. Ce retrait était motivé par la présence de certains additifs alimentaires et par la nécessité de vérifier la conformité du jus aux normes en vigueur. Contrairement à ce que laissent entendre de nombreuses publications, ce communiqué ne faisait pas état de cas d’intoxication, ni d’un danger immédiat pour la santé publique, mais d’une mesure de contrôle administratif.

Un second document officiel, daté du 20 janvier 2026 et également signé par les autorités compétentes, autorise à nouveau la commercialisation du produit. Ce texte précise que des analyses ont été réalisées par le Centre de contrôle des aliments et des médicaments, et que les échantillons testés se sont révélés conformes aux normes libyennes applicables. Le jus a donc repris sa circulation sur le marché libyen. En Tunisie, le produit n’a jamais fait l’objet d’un retrait officiel et reste disponible dans certains points de vente.

L’affirmation selon laquelle le jus contiendrait des « matières cancérigènes » repose principalement sur une interprétation erronée des additifs mentionnés dans le premier communiqué, à savoir les E124, E211 et E951. La simple présence de ces codes ne signifie pas, en soi, que le produit est dangereux ou interdit.
L’E124, connu sous le nom de ponceau 4R, est un colorant alimentaire de synthèse utilisé pour donner une couleur rouge à certains produits. Il est autorisé dans plusieurs pays mais fait l’objet de controverses anciennes en raison de soupçons d’effets indésirables sur la santé. Certaines organisations, dont l’Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse, le classent parmi les substances « probablement ou potentiellement cancérogènes ». Face à ces inquiétudes, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a réévalué cet additif et décidé de durcir son encadrement. Les teneurs maximales autorisées ont été revues à la baisse dans plusieurs produits alimentaires et la dose journalière admissible a été réduite à 0,7 milligramme par kilogramme de poids corporel et par jour. À ce stade, le E124 n’est pas formellement reconnu comme cancérogène chez l’être humain, mais son utilisation est strictement limitée par précaution.
L’E211, ou benzoate de sodium, est un conservateur largement utilisé pour empêcher le développement de bactéries et de moisissures, notamment dans les boissons. Il est considéré comme sûr aux doses autorisées. Des inquiétudes peuvent apparaître en cas de mauvaise utilisation ou de combinaison particulière avec d’autres substances, mais il n’est pas reconnu comme cancérigène lorsqu’il respecte les normes.
L’E951, plus connu sous le nom d’aspartame, est un édulcorant artificiel utilisé depuis des décennies. Bien que certaines recherches suggèrent un lien possible entre l’aspartame (E951) et certains cancers, les preuves actuelles restent insuffisantes pour confirmer un effet direct. Cet édulcorant est toutefois dangereux pour les personnes atteintes de phénylcétonurie. Des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer ses effets à long terme, et les autorités sanitaires continuent de surveiller les données afin d’assurer la sécurité des consommateurs.
Verdict BN Check : 🟠 Trompeur
Pourquoi ?
L’affirmation selon laquelle le jus « Coach » vendu en Tunisie contiendrait des « substances cancérigènes » et aurait été retiré du marché pour des raisons sanitaires est trompeuse.
Elle repose sur une interprétation erronée d’un retrait administratif temporaire décidé en Libye, sans lien avec des cas d’intoxication ou un danger avéré pour la santé, et sur une lecture alarmiste d’additifs alimentaires pourtant autorisés et réglementés.
En Tunisie, aucun retrait officiel n’a été décidé et aucune alerte sanitaire n’a été émise par les autorités compétentes.
R.A.












