Le vice-président de la Commission des finances à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Dhafer Sghiri, est revenu, jeudi 29 janvier 2026, sur la nécessité d’une action législative et de contrôle continue, structurée et ouverte aux propositions des différents acteurs économiques et sociaux, dans un contexte économique marqué par de profondes mutations et des attentes sociales croissantes
Invité de l’émission Expresso, sur Express FM, il a détaillé les projets, propositions de lois, et initiatives législatives que la Commission des finances devrait examiner tout en insistant sur la nécessité de rompre avec une approche occasionnelle de son action, pour s’inscrire dans une dynamique de suivi permanent des politiques publiques et des textes législatifs à portée économique.
Une telle orientation, selon lui, est indispensable pour restaurer la crédibilité du Parlement et renforcer la confiance entre les institutions et les citoyens. Cette efficacité escomptée est, toutefois tributaire d’une interaction fluide et permanente entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Le député a affirmé, dans ce sens, que le développement du cadre juridique et réglementaire ne pourrait se faire sans un véritable partenariat entre le gouvernement et le Parlement, condition sine qua non pour garantir l’applicabilité et la cohérence des lois adoptées.
Règlementation des changes
Abordant le dossier sensible de la réforme de la règlementation des changes, Dhafer Sghiri a dénoncé ce qu’il a qualifié de « lenteur gouvernementale » dans le traitement de cette question stratégique, à l’instar d’autres réformes économiques majeures. Face à cette situation, des députés ont pris l’initiative de déposer une proposition de loi compte tenu de l’importance du sujet pour l’économie nationale.
Il a toutefois reconnu que la qualité de la production législative nécessite un travail approfondi au sein du Parlement, en étroite coordination avec le gouvernement. Il a, à cet égard, évoqué les limites matérielles et techniques dont souffre l’Assemblée, lesquelles peuvent conduire à l’adoption de textes comportant certaines lacunes, corrigées ultérieurement par des amendements ou des ajustements réglementaires.
Le cadre actuel du code des changes en Tunisie est largement critiqué pour sa rigidité et son manque d’adaptation aux exigences de l’économie contemporaine. Conçu à une époque où les échanges internationaux étaient beaucoup plus limités, ce dispositif impose encore des restrictions contraignantes sur les opérations en devises, rendant difficiles les transactions pour les entreprises souhaitant s’ouvrir à l’international.
Pour les entrepreneurs et les start-ups, cette réglementation représente un obstacle réel. L’obligation de passer par des circuits administratifs lourds pour chaque opération en devise étrangère, combinée à des sanctions parfois disproportionnées pour des manquements mineurs, limite l’accès au financement et freine le développement de partenariats à l’international. En conséquence, la Tunisie se retrouve désavantagée face à ses voisins qui ont assoupli leurs régimes de change pour attirer davantage d’investissements et faciliter le commerce extérieur.
De nombreux spécialistes estiment que cette rigidité est devenue absurde au regard des besoins actuels : dans un monde globalisé, la flexibilité et la rapidité d’exécution sont essentielles pour rester compétitif. La réforme du code des changes apparaît ainsi non seulement comme un impératif technique, mais également comme un levier stratégique pour améliorer l’environnement des affaires, stimuler l’investissement et permettre aux entreprises tunisiennes de mieux s’insérer dans les flux économiques internationaux.
Banque postale
S’agissant de la création d’une banque postale, l’élu est revenu sur les débats engagés l’année précédente lors de l’examen du projet de loi sur l’inclusion financière présenté par le ministère des Finances. Ces discussions avaient été interrompues après l’émergence de la proposition relative à la mise en place d’un établissement bancaire adossé au réseau postal.
Selon lui, le cadre juridique existant permet déjà de regrouper et d’harmoniser plusieurs textes afin de concrétiser ce projet. Une banque postale constituerait, d’après le député, un instrument essentiel pour renforcer l’inclusion financière, notamment dans les régions intérieures et les zones mal desservies par le système bancaire classique, tout en rapprochant les services financiers du citoyen et en soutenant l’économie nationale.
Déposé au Parlement sous la forme d’une proposition de loi en 2025, ce projet fait l’objet d’un examen minutieux, incluant des consultations avec la Banque centrale, le ministère des Finances, la Poste tunisienne ainsi que les instances professionnelles du secteur bancaire et de la microfinance.
L’objectif de cette initiative est double : renforcer l’accès aux services financiers pour les populations marginalisées et exploiter le réseau postal existant, qui couvre l’ensemble du territoire national. Avec plus d’un millier de bureaux répartis dans les zones urbaines comme rurales, la Banque postale pourrait offrir des services bancaires de proximité à des millions de citoyens actuellement exclus du système bancaire classique, tout en favorisant le développement économique local.
Toutefois, la concrétisation de ce projet est conditionnée par des adaptations légales et réglementaires indispensables. Dans sa configuration actuelle, le cadre juridique tunisien ne permet pas de créer un établissement bancaire adossé à la Poste avec toutes les fonctionnalités souhaitées. Cette contrainte a retardé l’avancement du projet et donné lieu à des débats parlementaires soutenus, portant sur le rôle que la Banque postale pourrait jouer pour élargir l’inclusion financière et réduire l’économie informelle.
Pour une relance économique durable
Notant que la relance de l’économie nationale repose sur un ensemble de leviers complémentaires : l’allègement de la pression fiscale, l’amélioration du climat des affaires, le renforcement de la confiance entre l’État et les acteurs économiques, ainsi que l’adoption de lois adaptées aux exigences de l’époque, l’élu a réaffirmé la nécessité d’une action parlementaire rigoureuse, proactive et résolument tournée vers l’intérêt général.
Dans cette optique, le vice-président de la Commission des finances a plaidé pour la suppression de la majorité des autorisations administratives freinant l’investissement, à l’exception de celles liées à la sécurité et à la santé publique. Une telle réforme permettrait, selon lui, de consacrer la liberté économique et de stimuler la croissance.
Concernant la facturation électronique, Dhafer Sghiri a tenu à rassurer en affirmant que sa mise en œuvre se fera progressivement, sur plusieurs années, conformément aux explications fournies par la ministre des Finances. Il a exclu toute volonté de créer une situation de confusion ou de désordre, précisant que les textes réglementaires nécessaires seront adoptés en temps voulu. La Commission des finances, a-t-il ajouté, continuera à suivre ce dossier de près.
Depuis l’entrée en vigueur de la facture électronique au 1ᵉʳ janvier 2026, de nombreuses entreprises, PME et prestataires de services se trouvent plongés dans une confusion totale, incapables d’émettre des factures parce que les systèmes requis ne sont pas encore opérationnels, manquent d’accompagnement ou de clarté sur les modalités pratiques. La réforme, bien que prévue par la loi, est jugée difficile à appliquer sur le terrain et freine même l’activité de certains opérateurs.
N.J












