L’Union européenne a présenté, cette semaine, un double dispositif stratégique pour redéfinir les contours de la migration et de la délivrance des visas. Lors d’une conférence conjointe jeudi 29 janvier 2026, la vice-présidente exécutive de la Commission européenne Henna Virkkunen et le commissaire aux Affaires intérieures et aux Migrations, Magnus Brunner, ont détaillé la nouvelle « Stratégie sur l’asile et la gestion de la migration » ainsi que la toute première « Stratégie européenne sur les visas », qui entendent répondre à la fois aux enjeux sécuritaires, économiques et diplomatiques de l’Union.
Le message est clair : l’UE entend affirmer son contrôle sur qui peut entrer, séjourner et quitter le territoire européen, tout en consolidant sa crédibilité face à une opinion publique attentive et parfois inquiète. Selon Mme Virkkunen, cette approche repose sur trois objectifs équilibrés et complémentaires : prévenir l’immigration illégale, protéger ceux qui en ont besoin, et attirer les talents indispensables à l’économie européenne.
« Ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement de paradigme. L’Europe est confrontée à de graves pénuries de compétences et de main-d’œuvre. Y remédier est essentiel pour notre croissance économique et notre compétitivité (…) Nous continuerons à travailler en étroite collaboration avec d’autres pays partenaires clés. Grâce à des outils pratiques et opérationnels, nous servirons notre économie et contribuerons également à gérer les migrations, en rétablissant le contrôle et la confiance » a déclaré Henna Virkkunen.
Nouvelle politique migratoire
Le durcissement de la politique migratoire s’inscrit dans la continuité du Pacte sur la migration et l’asile, dont la mise en œuvre complète est prévue dès juin 2026. Depuis 2025, les chiffres sont éloquents : les passages illégaux de frontière ont diminué de 55% en deux ans, tandis que les demandes d’asile ont reculé de 21%. Une tendance qui, selon le Commissaire Magnus Brunner, témoigne de l’efficacité des mesures de contrôle des frontières externes et des retours rapides des personnes n’ayant pas droit au séjour.
Mais derrière ces statistiques, c’est une nouvelle logique politique qui s’installe. Le contrôle de l’immigration irrégulière devient la priorité absolue, et toutes les stratégies diplomatiques et opérationnelles doivent désormais converger vers cet objectif. Les États membres sont appelés à coopérer avec des pays tiers pour agir en amont des routes migratoires, limitant ainsi les départs périlleux et les traversées clandestines. Cette approche, baptisée « diplomatie migratoire », marque un tournant : l’UE n’attendra plus que les migrants arrivent aux portes du continent, mais cherchera à réguler la mobilité bien avant.
« Notre politique en matière de visas doit refléter les réalités actuelles : changements géopolitiques majeurs, concurrence mondiale et évolution des défis en matière de sécurité. L’UE doit utiliser tous les outils à sa disposition pour défendre ses intérêts tout en restant fidèle à ses valeurs. La politique des visas est l’un des principaux outils, à la croisée de la sécurité, de la diplomatie et de la compétitivité. C’est pourquoi nous proposons la toute première stratégie globale de l’UE en matière de visas : utiliser les visas de manière plus stratégique, coordonnée et affirmée », a précisé la vice-présidente exécutive de la Commission européenne.
Visa : un outil stratégique entre sécurité, compétitivité et influence
Le volet visa, quant à lui, révèle un durcissement tout aussi net. La nouvelle stratégie européenne sur les visas entend transformer le visa en outil stratégique, alliant sécurité, compétitivité et influence internationale. L’accent est mis sur la prévisibilité et la transparence pour les pays partenaires de confiance, tout en renforçant les leviers contre ceux qui ne respectent pas leurs engagements, notamment en matière de réadmission de leurs ressortissants. L’UE pourra désormais suspendre l’accès sans visa ou durcir les conditions de délivrance si un pays tiers ne remplit pas ses obligations, instaurant une logique de récompense et de sanction.
« Voyager sans visa dans l’UE est un privilège, pas une évidence. Cela implique des responsabilités, et nous allons désormais les clarifier. C’est un peu comme un feu de signalisation. Pour obtenir le feu vert, les pays tiers doivent répondre à des critères objectifs, tels qu’un faible taux de refus de visas et un taux de retour élevé. Ce n’est qu’alors que l’exemption de visa peut être accordée. Mais obtenir le feu vert n’est pas une fin en soi. Nous maintiendrons un dialogue continu afin de garantir que ces critères soient respectés au fil du temps. Et si un pays ne remplit pas ses obligations, le feu passe au rouge et l’exemption de visa peut être suspendue sans hésitation », a expliqué Magnus Brunner.
Pour les pays dont les citoyens ont besoin d’un visa pour entrer dans l’espace Schengen, cette politique a des conséquences directes. Chaque année, des quotas sont appliqués, et de nombreux demandeurs voient leurs demandes refusées, même pour des motifs parfaitement justifiés. Cette réalité, déjà bien connue des candidats tunisiens, est désormais intégrée dans la stratégie européenne, qui entend lier plus étroitement les conditions d’octroi de visas aux intérêts et aux priorités de l’UE.
« Pour les pays dont les citoyens ont besoin d’un visa pour entrer dans l’UE, nous renforcerons notre influence en liant plus étroitement les conditions d’octroi des visas à nos intérêts. Nous améliorerons notre système actuel de réadmission, afin que l’UE puisse agir plus rapidement contre les partenaires qui refusent de reprendre leurs ressortissants qui n’ont pas le droit de séjourner dans l’UE », a ajouté le Commissaire aux Affaires intérieures et aux Migrations.
La numérisation des procédures constitue un autre pilier de cette réforme. D’ici 2028, toutes les demandes de visa devraient être traitées de manière entièrement digitale, avec des dispositifs comme l’ETIAS pour les voyageurs dispensés de visa, visant à réduire les délais, la paperasse et les risques d’abus. Cette modernisation s’accompagne d’une réflexion sur des visas multi-entrées prolongés et des traitements accélérés pour les entreprises et startups de confiance, dans l’optique d’attirer talents, chercheurs et entrepreneurs.
Conséquences pour les Tunisiens
Pour les pays comme la Tunisie, qui envoient chaque année des milliers de migrants et demandeurs de visa vers l’UE, cette nouvelle donne est lourde de conséquences. Les procédures plus strictes, la limitation des quotas et la priorisation des intérêts européens rendent désormais plus difficile l’accès légal au continent. Les refus de visa, déjà fréquents, pourraient se multiplier, incitant certains à recourir à des voies clandestines pour rejoindre des proches ou chercher de meilleures opportunités, comme l’illustre le cas récent d’une octogénaire tunisienne ayant pris la mer pour rejoindre son fils après des demandes de visa systématiquement rejetées.
La Commission européenne insiste toutefois sur le respect des valeurs européennes : la protection des réfugiés et le droit d’asile restent des priorités. Mais cette protection se fera désormais dans un cadre plus sélectif et stratégique, où la régulation de l’accès au territoire prime sur la liberté de circulation, surtout pour les ressortissants de pays tiers considérés comme non prioritaires.
L’Union européenne amorce ainsi une nouvelle ère de gestion migratoire, combinant fermeté et rationalisation : moins de place pour l’irrégulier, plus de contrôle sur l’accès aux visas, tout en ouvrant des voies pour les talents et les entrepreneurs.
N.J











Commentaire
Gg
Un seul chiffre, et il est faux!
Il est dit que les entrées irrégulières ont reculé de 55% en 2 ans, mais d’apres le MI elles ont augmenté de 11,2% rien que pour la France !
Et aujourd’hui le nombre de clandestins est compris entre 600.000 et 800.00, rien que pour la France!
Que l’UE continue à prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, et l’UE va éclater.
Déjà il faut supprimer ce maudit visa Schengen, qui facilite honteusement l’immigration irrégulière…