La Tunisie est un pays dangereux pour ses jeunes. Ce n’est pas à cause de l’insécurité, de la recrudescence de la violence ou de la propagation du fléau de la drogue. Ces phénomènes existent en Tunisie, comme partout ailleurs, et nécessitent certes des efforts colossaux pour les atténuer et leur faire face.
Mais le plus grand danger pour les jeunes de ce pays est l’absence de politiques publiques dans tous les domaines, surtout dans celui de l’entretien des bâtiments publics, ce qui rend la rue un véritable parcours du combattant pour les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les écoliers, les élèves et les étudiants. Sans remonter très loin dans le passé, voici quelques exemples de faits, pas divers du tout, qui ont parsemé l’actualité de cette semaine et qui montrent les dangers qu’encourent les jeunes de ce pays une fois franchie la porte de la maison familiale.
La négligence mortelle dans les foyers universitaires
La Cour de cassation a enfin prononcé son verdict cette semaine dans l’affaire de l’étudiante qui a trouvé la mort dans le foyer universitaire de Ksar Helal, à Monastir. La Cour a condamné à des peines de prison pour négligence ayant conduit à la mort aussi bien le gardien du foyer universitaire que la directrice de l’établissement, ainsi que le directeur régional des affaires estudiantines du Sahel.
L’affaire remonte au 29 septembre 2023. Une jeune étudiante fait un malaise dans sa chambre au foyer. Elle n’a pu être secourue à temps par ses camarades, ni par les services de la protection civile, pour une raison toute bête : le gardien du foyer avait fermé la porte d’entrée à clé et quitté les lieux. La directrice de l’établissement était, elle aussi, injoignable. Une jeune vie aurait pu être sauvée si les protocoles avaient été respectés.
Quand la justice envoie un message glaçant aux jeunes
Le 28 janvier 2026, la Cour de cassation a confirmé le verdict en appel contre douze policiers accusés d’avoir causé la mort du jeune supporter du Club africain, Amor Labidi. Ils écopent finalement, chacun, d’une année de détention avec sursis, sans passer une seule nuit en prison.
Il a fallu à la justice tunisienne huit longues années pour clore ce dossier, et de quelle manière : elle annonce officiellement aux jeunes qu’un agent de police a toujours raison et que, si un jeune se trouve par inadvertance face à un policier, son salut est de courir très vite et d’apprendre à nager.
Des murs publics qui tuent
Le 29 janvier 2026, un écolier de dix ans, élève en cinquième année de l’école de base, trouve la mort en pleine rue dans la ville de Teboursouk. Il passait tranquillement quand le mur de la direction locale de l’agriculture s’est effondré sur lui, causant sa mort instantanée. Est-ce la fatalité ? Absolument pas. Le mur était vétuste, dans un état avancé de délabrement apparent. Le décès de ce jeune écolier est dû à une négligence évidente que tous refusent aujourd’hui d’assumer.
Dans la nuit du 31 janvier 2026, à Hammam Zriba, près de Zaghouan, le mur de l’école primaire du 2 Mars s’écroule sur un véhicule. Des personnes se trouvaient à l’intérieur. On ne connaît toujours pas la nature ni la gravité de leurs blessures. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que partout dans le pays, il est dangereux de passer à côté d’un mur appartenant à une administration publique.
Pour simple rappel, il y a moins d’un an, le 14 avril 2025, le mur de clôture du lycée de Mazouna, à Sidi Bouzid, s’est effondré, causant la mort de trois lycéens et blessant deux autres. Aux dernières nouvelles, la clôture du lycée de Mazouna est toujours en construction.










