Le syndicat des enseignants universitaires de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de La Manouba a exprimé sa vive inquiétude face à un projet de loi portant amendement de la législation relative à l’enseignement supérieur, récemment publié sur le site de l’Assemblée des représentants du peuple.
Mise en garde contre une remise en cause de l’autonomie universitaire
Dans un communiqué rendu public dans la soirée de dimanche 1er février 2026, le syndicat a indiqué avoir pris connaissance d’un projet de révision de la loi n°19 de 2008 sur l’enseignement supérieur, relevant un étrange parallélisme entre la publication de ce texte et la diffusion de contenus qu’ils qualifient de « suspects », tant par leur timing que par leur forme et leur orientation, estimant qu’ils s’inscrivent implicitement dans la logique du projet de révision.
Dans ce contexte, le syndicat a fait part de son étonnement face à la concomitance entre certaines publications publiques et la position du ministère de tutelle, une coïncidence jugée suffisamment troublante pour exiger des clarifications.
Sur le fond, il a avancé que le projet de loi constituait une atteinte grave aux droits et aux acquis des universitaires, en particulier le droit à la négociation et le respect des engagements financiers de l’État envers le secteur, dénonçant une volonté de dissoudre les instances représentatives universitaires, tant au niveau national qu’au sein de chaque université, dans le but de marginaliser les voix académiques compétentes et critiques, et de faciliter l’imposition de réformes jugées contraires à la souveraineté nationale en matière d’enseignement supérieur, sous couvert de partenariats et de critères de qualité.
Le syndicat a estimé en outre que ce projet s’inscrivait dans une politique de désengagement budgétaire de l’État vis-à-vis de l’université publique, ouvrant la voie à un soutien accru, financier et logistique, aux établissements privés, au détriment des catégories sociales modestes et moyennes, et de l’ensemble des contribuables.
L’organisation a mis en garde le ministère de tutelle ainsi que les députés à l’origine de ce qu’elle a qualifié de texte « à l’identité douteuse », les appelant à ne pas précipiter l’université tunisienne dans une crise supplémentaire.
Elle a affirmé par ailleurs se réserver le droit de s’opposer à ce projet par tous les moyens légaux et constitutionnels, tout en appelant l’ensemble des universitaires attachés à l’enseignement public à se mobiliser contre ce qu’elle décrit comme un projet hybride et dangereux.
Une réforme du mode de désignation des présidents d’université
Cette prise de position intervient dans un contexte de vives controverses autour d’une proposition de loi déposée par des députés le 30 janvier 2026, visant à modifier la loi n°19 de 2008 relative à l’enseignement supérieur. Le texte, enregistré sous le numéro 8 pour l’année 2026, cible spécifiquement l’article 15 et porte sur le mode de désignation des présidents d’université.
Présentée comme un amendement technique limitant le nombre de mandats à deux, une disposition déjà prévue par le cadre juridique en vigueur, la proposition introduit en réalité un changement majeur : l’abandon du principe électif au profit d’une désignation des présidents d’université par le pouvoir exécutif. Le président serait désormais proposé par le ministre de l’Enseignement supérieur, à l’issue d’un appel à candidatures, rompant avec la règle actuelle qui fait de l’élection par les pairs le fondement de la gouvernance universitaire.
C’est ce renversement du principe d’autonomie universitaire, perçu comme une recentralisation du pouvoir et une porte ouverte à une politisation accrue des fonctions académiques, qui suscite l’inquiétude et l’opposition d’une partie du corps universitaire.
N.J










