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Violence scolaire en Tunisie : plus d’un élève sur quatre touché

Par Imen Nouira

Plus d’un élève sur quatre en Tunisie est confronté à la violence physique au cours de sa scolarité. C’est ce que révèle, selon l’agence de presse TAP, une étude menée par le bureau de Tunis du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), au profit du ministère de l’Éducation, dont les résultats ont été rendus publics mardi 3 février 2026 à Tunis.

Selon les données de cette étude, 28,4% des élèves scolarisés déclarent avoir été exposés à la violence physique, dont 12,5% une seule fois et 15,9% à plusieurs reprises. L’exposition à la violence demeure par ailleurs plus élevée chez les garçons que chez les filles.

Les résultats ont été présentés lors de l’ouverture des travaux de la conférence nationale pour l’élaboration du plan national de protection de l’institution éducative contre la violence, organisée à l’Académie diplomatique de Tunis, en présence du ministre de l’Éducation Noureddine Nouri, de plusieurs cadres du ministère, de représentants des ministères concernés, de l’Unicef, ainsi que d’éducateurs, d’experts et d’acteurs de la société civile.

Une étude nationale menée entre 2023 et 2025 à travers trois enquêtes

La directrice générale de l’enseignement de base et du secondaire au ministère de l’Éducation, Rim Maaroufi, a indiqué que l’étude a été lancée en 2023 et achevée en 2025. Elle s’inscrit dans le cadre de l’élaboration d’une stratégie nationale coordonnée, visant à définir les rôles et responsabilités de l’ensemble des parties prenantes dans la lutte contre la violence scolaire, sous le slogan « Tous responsables ».

L’étude repose sur trois enquêtes quantitatives complémentaires, appuyées par une étude qualitative approfondie.

La première enquête a concerné onze gouvernorats, 18 délégations et quarante établissements scolaires, publics et privés. Elle a porté sur 3.098 élèves âgés de douze à 18 ans, dont 57,4% de garçons et 42,6% de filles.

La deuxième enquête a ciblé 487 adolescents déscolarisés, répartis sur l’ensemble du territoire national, afin d’analyser le lien entre la violence et le décrochage scolaire.

La troisième enquête a impliqué 751 professionnels du secteur éducatif, parmi lesquels des enseignants, des directeurs d’établissements, des surveillants généraux et d’autres intervenants, dans le but d’évaluer le degré de préparation des institutions éducatives face aux situations de violence.

Volet qualitatif et disparités régionales

Le volet qualitatif de l’étude a inclus des groupes de discussion organisés dans au moins un gouvernorat, ainsi que douze récits oraux reposant sur l’usage de textes et d’images. Des entretiens ont également été menés avec plusieurs acteurs du champ éducatif, dont des agents de sécurité, des délégués régionaux et des représentants de la protection de l’enfance, afin de fournir une vision globale des contextes dans lesquels surviennent les actes de violence.

Les résultats mettent en évidence des disparités régionales marquées. Plus d’un élève sur trois déclare avoir été exposé à la violence dans les gouvernorats de l’Ariana, Kasserine, Le Kef et Gabès, tandis que des taux plus faibles ont été enregistrés dans les gouvernorats de Tozeur, Gafsa et Tunis, où moins d’un élève sur quatre est concerné par la violence physique.

Une violence largement interne à l’école, avec des filles plus exposées

L’étude révèle que près de 40% des actes de violence physique sont commis par d’autres élèves, filles et garçons confondus, ce qui indique que la violence se produit en grande partie à l’intérieur même de l’espace scolaire.

Dans le détail, 57% des violences surviennent à l’intérieur des établissements scolaires, 25,8% dans leurs cours et espaces extérieurs et 19,7% dans les salles de classe. Une hausse notable est observée durant les heures de pause, avec un taux de 16,8%. Par ailleurs, 19,6% des violences ont lieu sur le trajet de l’école, tandis que 61,4% des élèves interrogés déclarent avoir été victimes de moqueries ou d’humiliations.

Les résultats indiquent également que les filles sont davantage exposées à la violence provenant de l’intérieur des établissements scolaires, avec un taux de 76,8%, contre 58,5% chez les garçons.

Des conséquences psychologiques et sociales préoccupantes

Rim Maaroufi a souligné que l’exposition à la violence engendre des conséquences psychologiques et sociales importantes. Les élèves victimes sont plus exposés à la dépression, en particulier les filles, ainsi qu’à des comportements à risque tels que la consommation d’alcool ou de drogues.

L’étude met également en évidence un déficit significatif dans le signalement des cas de violence, la majorité des situations étant rapportées par les parents, ce qui limite l’efficacité des mécanismes de prévention et d’intervention précoce.

Un appel à une mobilisation collective

En conclusion, la responsable du ministère de l’Éducation a insisté sur le fait que la violence scolaire n’est pas un phénomène isolé, mais un facteur complexe qui affecte la santé mentale des enfants, entrave la réussite scolaire et contribue à l’augmentation du décrochage précoce. Elle a appelé à une mobilisation conjointe du ministère de l’Éducation, des autres départements concernés, des structures publiques et de la société civile, afin de mettre en place une stratégie durable, cohérente et applicable, garantissant la protection des élèves et un environnement scolaire sûr.

I.N.

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