Heure de Tunis :
Light
Dark

Classements maghrébins viraux sur X : que valent vraiment les chiffres sur la Tunisie ?

Une photo a récemment circulé sur le réseau social X, présentant une comparaison chiffrée entre plusieurs pays du Maghreb pour la période 2024-2025. L’image a suscité de nombreuses réactions, notamment en Tunisie, où des internautes ont salué — ou contesté — les classements affichés. Problème : aucune source, aucune date précise, ni aucune méthodologie ne sont indiquées.

L’examen des chiffres concernant la Tunisie montre que plusieurs données sont inexactes, approximatives ou sorties de leur contexte, lorsqu’on les confronte aux publications d’organismes internationaux reconnus.

IDH, bonheur : des rangs embellis ou faux

L’image affirme notamment que la Tunisie occupe la 95ᵉ place mondiale selon l’Indice de développement humain (IDH). Or, d’après le Rapport sur le développement humain 2024-2025 publié par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la Tunisie est classée autour de la 105ᵉ place sur 193 pays, avec un score la situant dans la catégorie des pays à développement humain élevé, mais à un rang inférieur à celui avancé. Le chiffre diffusé donne donc une image plus favorable que celle retenue par la source officielle la plus récente.

Le classement attribué à la Tunisie dans le World Happiness Report est également erroné. La photo évoque une position proche de la 93ᵉ place, alors que les données du World Happiness Report 2025 placent la Tunisie nettement plus bas, autour de la 113ᵉ position (selon les paramètres retenus et le nombre de pays inclus). Là encore, le chiffre relayé sur les réseaux sociaux ne correspond pas aux résultats officiels et tend à surestimer la performance réelle du pays.

En revanche, le taux d’analphabétisme indiqué dans l’image, autour de 17,6 %, est relativement cohérent avec les estimations disponibles. Les données nationales, ainsi que les statistiques relayées par l’UNESCO, situent l’analphabétisme en Tunisie autour de 17 % de la population adulte, avec des disparités marquées selon le sexe et le milieu de résidence. Sur ce point, l’ordre de grandeur présenté est donc globalement crédible.

Santé, dette, sécurité alimentaire : des “classements” sans sources

Concernant la santé, l’image mentionne un « niveau moyen » attribué par l’OMS. Or, l’Organisation mondiale de la santé ne publie pas de classement global simplifié classant les pays selon des catégories de ce type. Elle diffuse plutôt des indicateurs détaillés (espérance de vie, mortalité maternelle, couverture sanitaire, etc.). Présenter une étiquette unique comme s’il s’agissait d’un classement officiel est donc trompeur et ne correspond pas à la méthodologie réelle de l’OMS.

La donnée sur la dette extérieure pose aussi problème. Les institutions financières internationales (Banque mondiale, FMI) publient principalement des indicateurs sur la dette publique globale ou la dette totale, avec des définitions et des séries temporelles précises. Or, l’image isole un montant de « dette extérieure » sans préciser l’année, la source, ni la méthode de calcul, rendant la comparaison peu fiable et potentiellement trompeuse. Les chiffres récents montrent en revanche que l’endettement public tunisien dépasse les 80 % du PIB, mais ce constat ne peut être résumé par un chiffre isolé sans contexte.

Pour la puissance militaire, le rang d’environ 73ᵉ mentionné dans l’image correspond à l’ordre de grandeur de certains classements spécialisés, comme ceux publiés par des plateformes d’analyse militaire internationales. Toutefois, ces classements varient fortement selon les critères retenus et ne constituent pas des références officielles. Le chiffre ne peut donc être considéré que comme indicatif.

La question de la sécurité alimentaire est présentée de manière excessive et trompeuse. Le Programme alimentaire mondial ne publie pas de classement annuel mondial attribuant un rang à tous les pays. Les indices existants, comme le Global Food Security Index, reposent sur des scores et des méthodologies détaillées, et non sur des positions fixes présentées sans explication. Ils montrent que la Tunisie fait face à des défis réels liés à la dépendance aux importations, à l’inflation alimentaire et à la vulnérabilité de certaines catégories sociales. Afficher un rang sans préciser l’indice utilisé induit donc le public en erreur.

Verdict BN Check : 🟠 Trompeur.

Au final, l’image virale mélange des chiffres exacts et des données erronées, tout en présentant comme des « classements officiels » des indicateurs qui ne le sont pas (OMS, sécurité alimentaire, dette). En l’absence de sources, de dates et de méthodologie, cette comparaison donne une vision biaisée de la situation tunisienne et induit le public en erreur.

R.A.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Commentaire

  1. riadh e.

    5 février 2026 | 15h34

    le taux d’analphabetisme au MAroc serait ici à 7 % soit 2,5 fois inférieur à la Tunisie..

    Hum hum…

    Le vrai taux est de plus de 34% d’analphabète au Maroc pour les plus de 15 ans. source marocaine officielle, loins derrière la Tunisie.