La Méditerranée centrale a été le théâtre d’une tragédie humaine majeure à la suite du passage du cyclone Harry, avec des centaines de migrants disparus en mer lors de tentatives de traversée depuis la Tunisie. Les témoignages recueillis sur le terrain et les communiqués d’organisations humanitaires mettent en lumière l’ampleur du drame et l’inaction des autorités européennes.
Selon Mediterranea Saving Humans (MSH), organisation italienne de secours en mer présidée par Laura Marmorale, cette catastrophe pourrait concerner jusqu’à mille personnes disparues. « On se retrouve face à la plus grande tragédie des dernières années le long des routes de la Méditerranée centrale, et les gouvernements de l’Italie et de Malte restent silencieux et n’agissent pas », dénonce Laura Marmorale, faisant référence aux nouvelles informations recueillies par Refugees en Libye et en Tunisie.
Les chiffres officiels et les premières disparitions
D’après les données communiquées par le Centre de coordination du sauvetage maritime (MRCC) de Rome via Inmarsat, au 24 janvier 2026, au moins 380 personnes étaient officiellement portées disparues. Ces disparitions concernent huit embarcations distinctes parties de Sfax, sur la côte orientale de la Tunisie, entre le 14 et le 21 janvier 2026. Les bateaux transportaient respectivement 49, 54, 50, 51, 36, 42, 53 et 45 personnes, incluant femmes, hommes et enfants. À cette date, aucune de ces embarcations n’avait été localisée, et aucun sauvetage n’avait été confirmé.
Les départs ont coïncidé avec des conditions maritimes extrêmes causées par le cyclone Harry, avec des vagues supérieures à sept mètres et des rafales de vent atteignant plus de 54 nœuds. « Les embarcations n’ont pas simplement disparu, elles ont été prises dans certaines des conditions maritimes les plus dangereuses des vingt dernières années », précise le communiqué de MSH.
Témoignages de survivants : un drame humain colossal
Parmi les rares survivants, Ramadan Konte, citoyen de la Sierra Leone, a été sauvé par le navire mercantile Star, au large de la Tunisie et au sud de Malte. M. Konte raconte avoir passé plus de 24 heures à la dérive, voyant flotter dans l’eau les corps de dizaines de personnes, dont son frère, la femme de son frère et son neveu. « J’ai perdu mon frère, sa femme, mon neveu et au moins 47 autres personnes », témoigne-t-il. Son récit illustre l’horreur d’un naufrage et confirme la situation désespérée des embarcations parties de Sfax en janvier.
Les témoignages recueillis par Refugees en Libye et Tunisie indiquent qu’à partir du 15 janvier, face à la pression croissante des militaires tunisiens et aux raids dans les camps informels autour de Sfax, plusieurs convois ont quitté divers points côtiers, souvent sans retour. Selon ces témoignages, un seul trafiquant surnommé Mohamed “Mauritania” aurait organisé cinq convois, chacun transportant entre cinquante et 55 personnes. D’autres sources évoquent dix embarcations parties du kilomètre 19 au kilomètre 21 et sept embarcations depuis le kilomètre trente. La plupart de ces bateaux ont disparu sans laisser de traces, et seuls quelques survivants ont pu témoigner des naufrages.
Le coût humain est énorme : Ibrahim, médecin et activiste en Tunisie, déclare avoir cinq membres de sa famille disparus, dont son fils et ses deux épouses. Un activiste nigérian, également parti avec une embarcation, figure parmi les disparus. Pendant ce temps, les autorités maltaises ont récupéré des dizaines de corps en mer, confirmant l’ampleur de la tragédie.
Les enfants touchés : un drame annoncé
Selon l’ONG Save the Children, deux jumelles d’un an restent portées disparues en mer, tandis qu’un homme adulte est décédé après que 61 personnes ont été secourues et débarquées à Lampedusa le 24 janvier 2026. Parmi les rescapés, figurent la mère des jumelles, environ 22 mineurs non accompagnés et deux garçons. L’ONG rappelle que la traversée a eu lieu dans des conditions extrêmement difficiles, exacerbées par le cyclone Harry, et que les migrants ont bravé la mer agitée pendant au moins trois jours, arrivant en état de grande détresse physique et psychologique.
Giorgia D’Errico, directrice des relations institutionnelles de Save the Children, a déclaré : « Chaque retard, chaque omission, chaque décision mettant en danger ceux qui fuient la pauvreté, la violence et la persécution est une grave responsabilité qui incombe à l’Union européenne et à ses États membres. Nous ne pouvons rester silencieux alors que des vies humaines, y compris celles de nombreux enfants, sont perdues depuis des années. Cette mer est devenue à nouveau une frontière mortelle : ce massacre inacceptable doit cesser ».
L’ONG appelle à l’ouverture de voies régulières et sûres vers l’Europe et à l’activation d’un système coordonné et structuré de recherche et de sauvetage en Méditerranée, conformément aux principes internationaux et à la solidarité européenne.
Une tragédie amplifiée par l’inaction des autorités
L’ensemble des témoignages et rapports concorde : les disparitions ont été aggravées par l’absence d’intervention des autorités italiennes, maltaises et tunisiennes, alors même que des milliers de personnes tentaient de fuir des conditions de vie précaires et l’insécurité. Laura Marmorale conclut : « Le silence et l’inaction des gouvernements de Malte et d’Italie sont effrayants. La mort en mer ne doit pas rester ignorée, surtout lorsque ces tragédies révèlent l’échec des politiques migratoires ».
Cette série de naufrages rappelle tragiquement le risque extrême pris par les migrants en Méditerranée : depuis 2024, plus de 33.300 personnes sont mortes ou portées disparues en mer, selon les données de Save the Children.
Bilan humain et impact des intempéries en Tunisie
La tempête Harry a provoqué cinq décès en Tunisie, un bilan lourd qui illustre la gravité des conditions météorologiques extrêmes.
En outre, cinq pêcheurs partis du port de Teboulba dans la nuit du lundi 19 janvier 2026 sont portés disparus, dont un a été retrouvé vivant. Ces disparitions s’ajoutent aux naufrages de migrants en Méditerranée, soulignant les dangers extrêmes auxquels sont confrontées toutes les personnes en mer pendant cette période.
Les intempéries ont également entraîné d’importantes perturbations dans plusieurs secteurs : fermeture des établissements scolaires, universitaires et de formation dans quinze gouvernorats, suspension des audiences des tribunaux du Grand Tunis (première instance, appel et cassation), paralysie du transport public avec remplacement des dessertes du métro par des lignes de bus, et débordement de plusieurs oueds provoquant des inondations locales.
I.N.











Commentaire
Gg
Combien d’européens migrant clandestinement vers l’Afrique ont disparu dans cette tempête ?
Aucun. C’est bizarre quand même!
Et le dénommé Ibrahim, qui soi-disant a perdu ses deux femmes, combien en a t-il encore en Afrique?
Allez, arrêter vos délires migratoires…