Inès Zeghidi s’est rendue à la prison de la Mornaguia pour rendre visite à son père, le journaliste Mourad Zeghidi. Une visite parmi tant d’autres — la soixante-dixième précisément — mais dont la charge émotionnelle semble, cette fois, plus lourde que jamais.
Dans un statut publié sur Facebook dans la soirée de vendredi 6 février 2026, elle a partagé cette émotion brute, livrant un témoignage intime sur l’état de son père et le poids des visites.
Derrière la vitre qui sépare les détenus de leurs proches, Inès dit avoir perçu une fatigue inhabituelle, presque palpable. Malgré le maquillage et les sourires de circonstance, son épuisement n’a pas échappé à son père. Lui-même apparaissait marqué : visage pâle, traits tendus, colère contenue. Son regard, strié de taches de sang, trahissait une tension artérielle élevée, montée à 16 selon ses propres mots, conséquence directe d’un stress nerveux persistant.
Fidèle à lui-même, Mourad Zeghidi s’est toutefois montré attentif aux nouvelles des autres. Des proches, des amis, des collègues, des camarades. « Il se réjouit toujours pour les autres », souligne sa fille, évoquant cette générosité intacte, même dans l’épreuve. Mais derrière cette bienveillance, elle perçoit, aussi, une tristesse dissimulée, mêlée à une colère silencieuse.
Cette rencontre a ravivé le sentiment de distance : « Pour une fois j’ai ressenti la distance, celle de la vitre, celle du temps, celle des sourires d’un père qui essaie de protéger sa fille et d’une fille qui essaie de rassurer son père ».
À l’extérieur, le contraste est saisissant, note-t-elle. La route menant à la prison de Mornaguia offre un paysage presque idyllique, ravivé par les pluies récentes. Les couleurs sont vives, éclatantes, comme une carte postale. « Après la pluie vient le beau temps », écrit Inès, s’accrochant à ce dicton comme à une promesse, fragile mais nécessaire.
Dans ce que l’on appelle la salle d’attente, une pensée s’impose à elle : peut-être est-il préférable que les détenus ne puissent pas voir l’horizon. Le spectacle de cette liberté inaccessible ne ferait que renforcer le sentiment d’enfermement, celui d’être en cage, privé non seulement de mouvement, mais aussi de perspective.

Derrière l’émotion personnelle exprimée par Inès Zeghidi dans son statut Facebook, se dessine aussi le cadre judiciaire plus large dans lequel s’inscrit la détention de son père.
Mourad Zeghidi a été condamné, le 22 janvier 2026 en première instance, à une peine de trois ans d’emprisonnement pour blanchiment d’argent, assortie de six mois supplémentaires pour des infractions à caractère fiscal, dans un dossier distinct de celui ayant conduit à son incarcération initiale.
La juridiction a en outre infligé des amendes au journaliste et a ordonné la confiscation de ses biens, ainsi que la saisie des parts sociales des sociétés dans lesquelles il détient des participations, au bénéfice du Trésor public tunisien.
Dans cette même affaire, le journaliste Borhen Bsaies est également poursuivi et a été condamné à une peine identique à celle prononcée à l’encontre de Mourad Zeghidi.
N.J












