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Risques d’abus et pédophilie : la plateforme de jeux en ligne Roblox sous le feu des critiques 

Par Nadya Jennene

La plateforme de jeux en ligne Roblox est l’un des cas d’étude emblématique des enjeux contemporains de la régulation numérique. Avec une communauté mondiale comptant plus de 110 millions d’utilisateurs actifs chaque jour, dont une part significative est constituée d’enfants et d’adolescents, Roblox se trouve au centre d’un débat international sur la protection des mineurs dans les environnements numériques interactifs. Cette controverse, marquée par des décisions politiques contrastées et des demandes sociales croissantes de régulation, résonne particulièrement dans des pays comme la Tunisie, où des voix s’élèvent récemment pour encadrer plus strictement l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux et aux plateformes de jeux en ligne.

Roblox et la controverse internationale

Roblox est une plateforme numérique américaine qui permet à ses utilisateurs non seulement de jouer à des jeux interactifs créés par d’autres, mais aussi de concevoir et de partager leurs propres jeux et univers virtuels. Ce modèle favorise la créativité, mais crée également un environnement complexe pour la modération des contenus, car une grande partie de l’espace virtuel est générée par les utilisateurs eux-mêmes.

Récemment, plusieurs pays ont décidé de restreindre ou même d’interdire l’accès à Roblox sur leur territoire, invoquant des préoccupations liées à la sécurité des enfants, à l’exposition à des contenus potentiellement nocifs et à des interactions non contrôlées entre mineurs et adultes. Parmi ces pays figurent plusieurs États arabes. 

Depuis le 4 février 2026, l’Égypte a rejoint cette dynamique de restriction, décidant de bloquer nationalement l’accès à Roblox au motif de la sécurité des enfants et de la prévention des interactions en ligne potentiellement dangereuses. Cette mesure, adoptée par le Conseil suprême de la régulation des médias, s’ajoute à celles de pays tels que la Jordanie, le Qatar, Oman, le Koweït, l’Algérie et l’Irak, qui ont déjà limité ou interdit la plateforme pour des motifs similaires, notamment l’exposition à du contenu inapproprié ou les risques d’exploitation en ligne. 

Les enquêtes récentes ont montré que certains fonctionnalités de chat et de jeu en ligne permettent des contacts directs entre enfants et adultes, pouvant mener à des situations de harcèlement, de manipulation ou d’exploitation. Roblox s’est d’ailleurs retrouvé dans le viseur de plusieurs gouvernements. En novembre 2025, le procureur général du Texas a lancé des poursuites judiciaires contre Roblox pour avoir, selon lui, « placé les pédophiles et le profit au-dessus de la sécurité ». 

Cette action judiciaire s’ajoute aux nombreux défis juridiques auxquels le géant du jeu fait face en matière de sécurité en ligne et de prédateurs sur Internet. 

La réponse de Roblox et ses limites

Face à cette pression internationale croissante, Roblox Corporation a annoncé plusieurs mesures techniques visant à renforcer la sécurité de ses utilisateurs les plus jeunes. Parmi ces initiatives figure l’exigence de vérification d’âge par reconnaissance faciale pour accéder aux fonctions de communication de la plateforme, une démarche destinée à limiter les interactions entre enfants et adultes inconnus en ligne.  

La société met également en avant des améliorations continues des contrôles parentaux et des systèmes de modération, combinant intelligence artificielle et intervention humaine pour repérer et supprimer les contenus inappropriés ou dangereux. Des mises à jour régulières de ces systèmes sont présentées par l’entreprise comme la preuve d’un engagement constant envers la création d’un environnement numérique plus sûr pour les mineurs.  

Cependant, ces mesures techniques ne sont pas exemptes de critiques. De nombreux spécialistes en cybersécurité, défenseurs de la protection de l’enfance et observateurs indépendants estiment que ces outils restent insuffisants face à la complexité des interactions sociales sur une plateforme générée par les utilisateurs. Ils mettent notamment en avant la difficulté de dissocier complètement les mineurs des adultes dans un espace ouvert, ainsi que la capacité limitée des systèmes automatisés à détecter toutes les formes de contenu nuisible ou de comportement exploitatif.

Le débat tunisien : réguler les mineurs dans l’espace numérique

Dans un contexte mondial où se multiplient les appels à une régulation accrue des plateformes numériques accessibles aux mineurs, la Tunisie ne fait pas exception. Des débats publics récents ont émergé, animés par des éducateurs, des parents, des juristes et des acteurs de la société civile, autour de la nécessité de restreindre l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux et aux jeux en ligne. Cette demande s’inscrit dans une intention plus large de concilier liberté numérique, développement cognitif et protection des mineurs contre les multiples risques associés à une exposition précoce et non encadrée aux environnements interactifs en ligne.

Les experts tunisiens pointent plusieurs dimensions à considérer. D’une part, ils reconnaissent les avantages potentiels de la technologie pour l’apprentissage, la créativité et la socialisation des jeunes lorsqu’elle est utilisée de manière responsable et encadrée. D’autre part, ils soulignent les risques inhérents à des plateformes comme Roblox, où le mélange des âges et l’absence de mécanismes robustes de vérification identitaire peuvent faciliter des interactions non souhaitées entre mineurs et adultes, ainsi que l’exposition à des contenus inadaptés.

Ces recommandations s’alignent sur une tendance internationale plus large, comme celle observée en France et dans plusieurs pays européens qui envisagent ou ont déjà proposé des législations restreignant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux jusqu’à un certain âge, associées à des obligations strictes de vérification et de filtrage.  

N.J

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