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Morts sur les routes : l’État promet -50% d’ici 2034, la vitesse tue toujours

Par Nadya Jennene

Les accidents de la route constituent une problématique persistante en Tunisie, largement imputable aux comportements à risque des usagers, malgré l’amélioration significative des infrastructures routières.

Vitesse, distraction, alcool : les causes qui tuent

Selon le colonel-major Chamseddine Adouani, chef du bureau de communication de l’Observatoire national de la sécurité routière, la vitesse excessive représente la première cause d’accidents mortels sur les routes tunisiennes, avec 95 incidents ayant causé la mort de 40 personnes sur une période récente. « La vitesse ne pardonne pas », a-t-il souligné dans son intervention sur les ondes de la Radio nationale, samedi 7 février 2026, rappelant que même si elle peut réduire le temps de trajet, elle accroît de manière exponentielle le risque de collisions et de pertes humaines.

La distraction et le manque d’attention, englobant l’usage du téléphone, la fatigue et l’inattention générale, constituent le deuxième facteur le plus mortel, avec 87 accidents et 10 victimes recensés. Ces comportements, qualifiés de « tueurs silencieux », sont difficiles à contrôler en raison de leur caractère imprévisible et de leur lien direct avec les choix individuels des conducteurs.

D’autres causes importantes identifiées incluent le non-respect de la priorité, responsable de nombreux accidents graves, et la conduite en état d’ivresse, qui bien que moins fréquente, entraîne un taux de mortalité particulièrement élevé.

Le responsable a insisté sur la notion de vitesse sûre, recommandée à 80 km/h sur les routes nationales, afin de permettre aux conducteurs de maîtriser leur véhicule et de réagir correctement aux situations imprévues. Pour illustrer ce point, il a évoqué une expérience pratique : deux véhicules parcourant la même distance, l’un à 80 km/h et l’autre à 110 km/h, n’enregistrent qu’une différence de deux minutes et trente-sept secondes, mais le second véhicule s’expose à un risque d’accident considérablement accru. Cette démonstration souligne que la réduction de la vitesse ne compromet pas le temps de déplacement de manière significative mais constitue une mesure de prévention essentielle.

Heures critiques et Ramadan : quand le danger grimpe

Revenant sur les périodes où le risque d’accidents de la route connaît une hausse significative, il a affirmé que la période de pointe des accidents se situait entre 10h et 20h, tandis que la tranche horaire de la mortalité la plus élevée est observée entre 6h et 8h et de 20h à minuit. Ces moments coïncident souvent avec la fatigue des conducteurs, le stress et la précipitation pour atteindre leur destination, notamment lors de déplacements interurbains sur les routes nationales, qui demeurent les plus dangereuses avec un taux de létalité de 42% pour chaque centaine d’accidents recensés.

Le colonel-major Adouani a également souligné les risques accrus lors de périodes spécifiques telles que le mois de Ramadan. L’année précédente, la Tunisie a enregistré 75 décès et environ 400 blessés lors des accidents survenus pendant ce mois. La concentration des trajets, les heures de jeûne et les changements de rythme quotidien contribuent à une diminution de la vigilance et à une augmentation de la fatigue, facteurs aggravants pour les accidents.

Caméras, sensibilisation et objectifs : la riposte de l’État

Notant que la majorité des accidents résulte de décisions individuelles des conducteurs, qu’il s’agisse de dépassements à grande vitesse, de non-respect des feux de signalisation ou de comportements inappropriés des motocycles et véhicules légers, le responsable a insisté sur le rôle de l’éducation et la sensibilisation à la sécurité routière dans la stratégie nationale de prévention contre les accidents de la route. 

Il a évoqué, également, l’installation de caméras de surveillance et de systèmes de verbalisation électronique permettant de détecter automatiquement les infractions, notamment les excès de vitesse et le franchissement des feux rouges. Ces dispositifs, associés à une meilleure régulation du trafic et à une signalisation renforcée, contribueraient, selon ses dires, à diminuer le nombre d’accidents et de victimes.

Chamseddine Adouani a par ailleurs précisé que, selon les statistiques récentes, le nombre total d’accidents avait chuté de 36% et celui des blessés de 34%, tandis que le nombre de décès avait enregistré une légère hausse allant jusqu’à 5%. La stratégie nationale pour la sécurité routière vise, a-t-il rappelé, à réduire de 50% le nombre de décès liés aux accidents de la route d’ici à 2034.

N.J

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3 commentaires

  1. HatemC

    7 février 2026 | 20h38

    J’ai parcouru un quartier tunisien entier sur Google Street View
    Je n’ai vu strictement AUCUN dispositif de sécurité
    Aucun passage piéton, aucun feu tricolore, aucune organisation des carrefours.
    Dans ces conditions, parler de ‘comportements à risque’ est une fuite en avant.
    Le risque est intégré à l’infrastructure elle-même. »

    Ce n’est pas une opinion.
    C’est un constat visuel.
    Faites la même démarche c’est amusant

    1. Absence de passages piétons
    Le piéton n’est pas sécurisé, le piéton est poussé mécaniquement sur la chaussée, à cause des trottoirs souvent encombrés, le pieton se retrouve
    – frôler des voitures
    – éviter des motos
    – cohabiter avec des camionnettes
    – et, … autres attelages tirés par des ânes,

    2. Pas de feux tricolores aux intersections
    Sans feux :
    – la priorité est interprétée au feeling
    – les conflits de trajectoires sont permanents
    – la vitesse n’est jamais réellement régulée
    Ce n’est plus de la circulation, c’est de la négociation sauvage.

    3. Pas de ronds-points, ou ronds-points anarchiques
    Quand il n’y a :
    – ni carrefour clair
    – ni marquage
    – ni îlot central lisible

    Et pourtant, le texte officiel ose dire…
    « malgré l’amélioration significative des infrastructures »
    C’EST FACTUELLEMENT FAUX.
    Je n’ai rien vu, parce que rien n’a été fait …

    Maintenant ma question
    Est-ce que le (a) journaliste REGARDE ce qu’il VOIT en sortant de chez lui ?

    Beaucoup d’articles aujourd’hui sont :
    – rédigés depuis un bureau
    – à partir de communiqués officiels
    – nourris par une seule source institutionnelle

    On appelle ça du journalisme de reprise, pas du journalisme d’enquête.

    C’est probablement le point le plus dérangeant.
    Le journaliste, marche sur des trottoirs impraticables, traverse des rues sans passage piéton, ne croise pas de feux, manque d’eclairage ….

    On ne peut pas écrire sur la sécurité routière sans décrire la rue N.J … HC

  2. HatemC

    7 février 2026 | 20h11

    Le texte blanchit l’État dès l’introduction.
    L’article oriente la responsabilité presque exclusivement vers les citoyens or le constat est visible, uniquement en ville
    – absence de passages piétons
    – feux inexistants ou hors service
    – carrefours anarchiques
    – signalisation effacée
    – éclairage public déficient

    Oui, vitesse, téléphone, alcool, la drogue existent.
    Mais le texte évacue volontairement :
    – l’aménagement urbain dangereux
    – la conception mortelle de nombreuses intersections
    – l’absence de trottoirs continus
    – le chaos des deux-roues sans régulation
    – l’absence totale de protection des piétons

    Or, dans tous les pays qui ont vraiment réduit la mortalité routière, la clé n’est PAS la morale, mais :
    – la conception des routes
    – la gestion des flux
    – la protection des plus vulnérables

    En Tunisie, on dit : “le conducteur est fautif”
    Ailleurs, on dit : “le système est fautif”

  3. Judili58

    7 février 2026 | 14h49

    Le non respect du code de la route pour ne pas dire le voyeurisme au volant , la faible signalisation , l’absence d’éclairage la nuit et le fléau des deux roues . Des causes cumulées viennent bien avant la vitesse.