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Fethi Mejri : la municipalité ne peut à elle seule porter l’ensemble des dysfonctionnements urbains

Par Nadya Jennene

Invité sur les ondes d’Express FM, lundi 9 février 2026, Fethi Mejri, président de la Fédération nationale des communes, est longuement revenu sur la situation des municipalités tunisiennes depuis la dissolution des conseils municipaux, décidée par décret présidentiel en mars 2023.

Rappelant que le cadre juridique actuel, issu du décret présidentiel n°9 du 8 mars 2023, a confié la gestion des communes aux secrétaires généraux et aux chargés de la gestion administrative, il a  indiqué que cette situation exceptionnelle avait donné lieu à une Fédération composée actuellement de 23 secrétaires généraux, représentant la quasi-totalité des gouvernorats. En revanche, les élections municipales demeurent en suspens, dans l’attente de la promulgation du nouveau cadre juridique régissant les collectivités locales.

Abordant les difficultés auxquelles font face les municipalités, Fethi Mejri a insisté sur un décalage croissant entre les attentes élevées des citoyens et les capacités réelles des communes. La municipalité, a-t-il noté, demeure l’institution la plus proche du citoyen, celle qui intervient dans les services quotidiens essentiels à la qualité de vie : propreté, environnement, voirie, éclairage public ou encore services administratifs. Or, les moyens humains et financiers varient fortement d’une commune à l’autre, générant des niveaux de satisfaction très contrastés.

Certaines municipalités disposent de ressources suffisantes pour répondre convenablement aux demandes, d’autres fonctionnent avec des moyens limités, tandis que les plus petites souffrent parfois de difficultés structurelles profondes. Cette hétérogénéité explique, selon lui, les dysfonctionnements observés et les disparités visibles entre les villes.

Le président de la Fédération a également mis en lumière la pression accrue pesant sur les secrétaires généraux, désormais seuls aux commandes. Chargés à la fois de la gestion administrative, du suivi des projets, de l’encadrement des agents et de la continuité des services, ils doivent faire face à des exigences multiples, notamment dans le domaine sensible de la propreté urbaine, un chantier quotidien, permanent et particulièrement exposé aux critiques.

Concernant la dégradation de la situation environnementale dans plusieurs régions, Fethi Mejri a appelé à une lecture globale du problème. La propreté urbaine, a-t-il affirmé, relève d’une responsabilité collective impliquant le citoyen, les institutions publiques et les services municipaux. Le non-respect des horaires de collecte, l’abandon anarchique des déchets ou l’insuffisance des équipements et du personnel contribuent à accentuer les déséquilibres observés.

Il a reconnu toutefois que les capacités des municipalités étaient inégales : certaines disposent d’effectifs et de matériels suffisants, voire recourent à des prestataires privés pour assurer la collecte des déchets, tandis que d’autres peinent à garantir un service régulier en raison de ressources humaines et financières limitées.

Interrogé sur les prérogatives actuelles des municipalités, Fethi Mejri a indiqué que les secrétaires généraux disposaient juridiquement de l’ensemble des pouvoirs auparavant exercés par les présidents de conseils municipaux. Il a même estimé que la prise de décision s’était, dans certains cas, accélérée, les procédures collégiales ayant laissé place à des circuits administratifs plus courts, en coordination avec les autorités régionales.

Cependant, cette efficacité relative demeure entravée par un déficit structurel de la police municipale et des agents de contrôle. Le manque d’effectifs dans ces corps limite considérablement la capacité des communes à faire respecter la réglementation urbaine, qu’il s’agisse de l’occupation anarchique de l’espace public, des constructions illégales ou du non-respect des règles environnementales.

Sur le plan financier, Fethi Mejri a dressé un tableau nuancé : plus de cinquante municipalités disposent de budgets jugés satisfaisants et d’une certaine autonomie financière, une soixantaine parviennent à un équilibre fragile, tandis que d’autres, notamment les communes nouvellement créées ou étendues à des zones rurales, accusent des déficits importants. Cette extension du périmètre communal s’accompagne mécaniquement d’une augmentation des attentes citoyennes, sans que les ressources ne suivent toujours, selon ses dires. 

Parmi les propositions avancées, figure l’idée de créer un office national chargé de la maintenance des infrastructures sportives, dont l’état de dégradation dépasse souvent les capacités techniques et financières des municipalités. Une approche centralisée permettrait, selon lui, une meilleure gouvernance, une expertise spécialisée et une mutualisation des moyens.

Fethi Mejri a plaidé pour un retour progressif à une gouvernance locale fondée sur la participation citoyenne. La présence de conseils municipaux élus constitue, pour lui, un levier essentiel pour restaurer la confiance, améliorer la qualité des services et associer les habitants aux décisions qui les concernent. La municipalité, a-t-il conclu, ne peut à elle seule porter l’ensemble des dysfonctionnements urbains : seule une responsabilité partagée entre institutions et citoyens permettra d’améliorer durablement la situation des villes tunisiennes.

N.J

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3 commentaires

  1. Hathatjeba Hatem

    10 février 2026 | 20h18

    Je me demande comment l’ANGED devrait faire pour gérer cette situation désastreuse ?

  2. LOL

    9 février 2026 | 15h21

    « … d’autres peinent à garantir un service régulier en raison de ressources humaines et financières limitées. »

    Je veux bien croire au manque d’argent, mais je ne crois pas au « manque de ressources humaines », pas dans un pays avec 25% de chômeurs (et pour les jeunes de moins de 35 ans, c’est plutôt 30-40% selon les dernières données). Ce n’est pas la main-d’œuvre qui manque, c’est l’argent, l’organisation, le savoir-vivre et la volonté.

  3. Gg

    9 février 2026 | 10h26

    La photo a sans doute été prise durant une grève des services de ramassage, ou illustre la colère des citoyens venus déposer là leurs ordures en signe de protestation ?
    Il y a même un matelas, celui là devait être très en colère ! Ou dégueulasse…