Le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a participé vendredi 13 février 2026 aux travaux du deuxième Sommet Italie–Afrique, tenu à Addis-Abeba.
Dans l’allocution prononcée au nom de la Tunisie, le ministre a mis en avant les relations d’amitié entre Tunis et Rome, ainsi que la volonté tunisienne de contribuer au renforcement du partenariat entre le continent africain et l’Italie. Il a souligné le soutien de la Tunisie aux initiatives visant à consolider des relations de coopération « fondées sur le respect et la confiance mutuels », rompant avec les mécanismes traditionnels, au profit d’un modèle de partenariat durable, équilibré et mutuellement bénéfique.
Mohamed Ali Nafti a également réitéré l’aspiration des pays africains à bénéficier d’un soutien accru afin de faire face à des défis « traditionnels ou émergents ».
Dette, développement et Plan Mattei
Le ministre tunisien a salué la décision du gouvernement italien de convertir une part importante de la dette des pays africains en projets de développement locaux. Selon le communiqué, ces projets concerneraient des secteurs vitaux, notamment l’éducation, la formation professionnelle, les énergies renouvelables, ainsi que la sécurité alimentaire et hydrique.
Il a enfin insisté sur l’importance du sommet en tant qu’occasion d’évaluer le « Plan Mattei » pour l’Afrique, d’écouter les points de vue des pays africains, de passer en revue les progrès réalisés et de définir les priorités ainsi que les prochaines modalités d’action.
Un sommet dans un contexte européen marqué par la migration
Cette participation tunisienne intervient alors que Rome revendique, au niveau européen, un tournant dans la gestion des flux migratoires.
Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a récemment salué l’approbation des nouveaux règlements européens relatifs à la liste des pays d’origine sûrs et au concept de « pays tiers sûr », estimant qu’il s’agit d’un succès politique majeur pour l’Italie. Il a affirmé que l’adoption de ces textes traduisait la capacité du gouvernement italien à imposer sa vision en matière migratoire à l’échelle européenne.
La Tunisie classée parmi les pays « sûrs »
Le Parlement européen a adopté, mardi 10 février 2026, une série de modifications des règlements relatifs à la procédure d’asile de l’Union européenne, visant à accélérer le traitement des demandes et à harmoniser davantage les règles entre États membres.
Par 408 voix pour, 184 contre et 60 abstentions, les eurodéputés ont validé une liste européenne commune des pays d’origine dits sûrs, incluant notamment la Tunisie, l’Égypte, le Bangladesh, le Maroc et l’Inde. Dans ce cadre, les demandes d’asile provenant de ressortissants de ces pays pourront être traitées selon des procédures accélérées, tout en laissant théoriquement la possibilité de démontrer, au cas par cas, l’existence d’un risque réel en cas de retour.
Le Parlement a également validé le mécanisme du « pays tiers sûr », permettant de déclarer irrecevable une demande d’asile lorsqu’un lien suffisant existe entre le demandeur et un pays tiers considéré comme sûr.
Des ONG dénoncent une réforme facilitant les expulsions
Avant le vote du 10 février, 37 organisations internationales de défense des droits humains et d’aide aux migrants avaient appelé les eurodéputés à rejeter cette liste, en particulier l’inscription envisagée de la Tunisie.
Parmi les signataires figuraient notamment Médecins Sans Frontières, SOS Méditerranée, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR).
Selon ces organisations, la liste constituerait avant tout un outil destiné à accélérer les procédures d’asile et à faciliter les expulsions, au détriment d’un examen individuel équitable. Elles fondent leur position sur ce qu’elles décrivent comme un recul démocratique en Tunisie depuis 2021, ainsi que sur des violations graves des droits humains visant les migrants et réfugiés, notamment des expulsions collectives vers les zones frontalières et l’absence d’un système d’asile effectif.
Les organisations ont critiqué également le renforcement de la coopération migratoire entre l’Union européenne et la Tunisie depuis le mémorandum d’entente signé en juillet 2023, y voyant une stratégie d’externalisation des frontières européennes.
R.B.H










