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Il est encore temps pour dire Basta

Par Sofiene Ben Hamida     

Il y a un temps pour se taire, et il y a un temps pour parler. Dans les mariages anglo-saxons, il est de coutume que le maitre de cérémonie s’adresse aux présents en ces mots : « que celui qui s’oppose à ce mariage parle maintenant ou se taise à jamais ». L’objectif de cette demande n’est pas d’entraver la parole mais de prévenir les situations équivoques, les empêchements de tout genre, garantir la transparence de la liaison et favoriser, un tant soit peu, la pérennité de l’union. Parler, dire, exprimer est donc un acte vital pour éclater la vérité et la faire triompher. Mais parler et s’exprimer n’a de sens réellement que quand l’acte de s’exprimer est en parfaite adéquation avec l’instant choisi pour le faire. C’est cette concordance qui permet de sublimer la vérité et la rendre plus visible, réelle et incontournable. Ne dit-on pas qu’avant l’heure, ce  n’est pas l’heure et qu’après l’heure, ce n’est pas l’heure non plus ?

S’exprimer contre l’indifférence

Les familles des prisonniers politiques ont organisé ce samedi, une fois de plus, une manifestation dans les rues de la capitale à l’occasion du troisième  anniversaire de leur incarcération. Elles ont choisi la journée de la Saint Valentin pour crier leurs amours à leurs proches. Des cris qui transpercent l’indifférence, la haine et les murs des geôles. Des cris qui interpellent le pouvoir et lui rappellent qu’il est temps pour lui de se ressaisir. Qu’il est temps, dans son intérêt et celui du pays, de redevenir le pouvoir choisi par les urnes et non un pouvoir imposé par la force et l’arbitraire.

Il est accablant et injustifié que des gens, dont le seul tort est de vouloir participer à la vie publique du pays, croupissent en prison depuis trois ans. Tous les simulacres de procès dans cette l’affaire dite du complot, n’ont pas réussi à convaincre. Aucune pièce à conviction, aucune preuve à charge, aucun témoin à visage découvert. Rien ne présume d’une faute, d’un délit ou d’un crime commis par les accusés condamnés à de très lourdes peines, qui s’apparentent plus à un règlement de compte qu’à un verdict prononcé par une cour de justice au non du peuple.

Les oppositions ne vont pas disparaitre

Il est temps pour le pouvoir en place de se rendre à l’évidence que tant qu’il sera au pouvoir, il aura face à lui des oppositions qui le harponneront pour qu’il donne le meilleur de lui-même et se maintenir au pouvoir. Ces oppositions sont donc fonctionnelles. Elles sont modérées dans un environnement démocratique. Mais elles peuvent basculer, dans un climat de dictature, comme constaté dans d’autres pays, dans la spirale de la violence qui ravage tout à son passage.

Il est temps pour lui  de comprendre aussi qu’il est tout à fait normal, naturel et parfaitement démocratique que ses opposants cherchent à prendre sa place par les urnes. La présence aujourd’hui en prison, de candidats déclarés aux dernières élections présidentielles, est simplement aberrante et saugrenue. N’en déplaise à l’instance des élections de Monsieur Bouaskar, pour une large frange de l’opinion nationale et internationale (on ne vit pas seuls sur la planète Terre), Abir Moussi, Lotfi Mraihi et Ayachi Zammel ont été évincés et empêchés intentionnellement de participer à la compétition présidentielle.

Au risque de déplaire aussi à Madame Meloni et à ses amis de la côte nord de la méditerranée, il est temps pour le pouvoir en place de libérer les militants et les militantes pour les droits des migrants qui sont toujours incarcérés. C’est un dossier qui n’a que trop duré et qui a terni l’image de la Tunisie.

En conclusion, le pouvoir actuel a encore le temps pour rectifier ses positions et son attitude concernant de multiples dossiers. Il a encore le temps pour le faire. Mais ces révisions doivent se faire très vite. Sinon,  il risque de manquer de temps.      

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5 commentaires

  1. Fares

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    15 février 2026 | 20h03

    I know what you did in Halloween 🎃

    J’ai bien aimé cette chronique. Un rappel à la réalité que ce régime a intérêt à en tenir compte.

    Ce qui s’est passé en Octobre 2024 pendant ce qu’ils appellent des élections présidentielles ne passe pas, شوكة في الحلق، je suis sûr que les fantômes de tous les opposants politiques qui ont été jetés par Saied en prison viennent le hanter toutes les nuits. Soyons honnêtes, ce second mandat a été mal acquis par Saied.

    Il y aura toujours des opposants que Saied le veuille ou pas. Il nous pourra jamais mettre 12 millions de tunisiens et tunisiennes en prison. كان غيرك اشطر.

    En mettant les intellectuels en prison, la résistance civilisée, jusqu’à maintenant, finira par se metamorphoser en une forme plus violante et barbar le jour où la populace découvre la supercherie populiste de ce régime. Ce jours là certains n’auront plus qu’à préparer leur trousse de toilette. Les insurrections populaires, ça va très vite.

  2. jamel.tazarki

    Répondre
    15 février 2026 | 19h51

    La pensée de Martin Heidegger, particulièrement dans son œuvre majeure Être et Temps (1927), place la mortalité au cœur de l’existence humaine. L’idée que « depuis notre naissance, chaque jour pourrait être notre dernier jour » est centrale à son concept d’être-pour-la-mort (Sein-zum-Tode).
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    Or, les dictateurs voudraient nier cette vérité. Comment un dictateur pourrait-il être mortel ? Ceci irait même à l’encontre du principe même de la dictature. Pour Heidegger, l’humain (le Dasein) est le seul être qui sait qu’il va mourir (Les animaux ne le savent pas.). Cette conscience n’est pas morbide ; elle définit notre rapport au temps. Or, les dictateurs repoussent cette vérité que chaque jour peut être leur dernier jour! Ça ne pourrait arriver qu’aux autres.

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    Heidegger définit la mort comme la « possibilité de l’impossibilité de l’existence ». C’est la seule chose qui nous appartient en propre (personne ne peut mourir à notre place) et qui peut arriver à tout moment.
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    et cette possibilité de l’impossibilité de l’existence appartient aussi aux dictateur: personne ne pourrait mourir à leur place mais s’ils en trouve des cons pour le faire! Les dictateurs se cachent souvent derrière le « On meurt » (les autres meurent, mais pas moi, pas tout de suite) pour fuir cette angoisse 🙂

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    « Dès qu’un homme est né, il est assez vieux pour mourir » Cette célèbre citation souligne que la finitude nous accompagne dès le premier jour. La mort n’est pas au bout du chemin, elle marche à nos côtés.
    –> Heidegger reprend l’idée que dès qu’un homme vient au monde, il est déjà assez vieux pour mourir. La mort n’est pas seulement un événement final, mais une possibilité constante qui accompagne l’existence dès la naissance.
    –>
    L’être-pour-la-mort : L’homme (le Dasein) est fondamentalement « projet » et « finitude ». La mort est la possibilité la plus propre, inconditionnelle et inévitable de l’existence. Vivre de manière authentique, c’est anticiper cette possibilité à chaque instant.
    –>
    Alors que les dictateurs refusent cette vérité ! Ils n’anticipent rien d’autre que de s’accrocher au pouvoir, quitte à ruiner d’autres existences.

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    Authenticité contre inauthenticité : les dictateurs fuient cette pensée, estimant que la mort n’est pas pour tout de suite. Le « on » (das Man) dit que l’on meurt, mais les dictateurs ne se sentent pas vraiment concernés.
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    En revanche, accepter la mort comme une possibilité immédiate et personnelle permet de mener une vie authentique, focalisée sur ses propres choix et projets. Connaître cette limite donne de l’intensité et du sens à la vie quotidienne.

    En résumé, pour Heidegger, naître, c’est apprendre à mourir. La conscience de cette finitude imminente n’est pas morbide, mais un moteur pour s’approprier sa propre existence.
    –>
    En somme, reconnaître que la mort nous « guette » n’est pas une invitation au désespoir, mais un appel à vivre une vie qui nous appartient réellement. Chez Heidegger, cette prise de conscience n’est pas une fin en soi, mais le moteur de la résolution (Entschlossenheit). En acceptant que le temps est compté, on cesse de remettre sa vie à plus tard.

    bonne soirée

    PS:
    A) La vision du temps par Heidegger:
    – Pour Heidegger, le temps n’est pas un cadre extérieur dans lequel nous serions « plongés », comme une montre qui défile. Il affirme que l’être humain (le Dasein) est lui-même temps.
    –>
    Plutôt que de subir le temps seconde après seconde, le Dasein peut vivre un « instant de vision ». C’est un moment de lucidité où l’on saisit l’unité de sa vie et où l’on prend une décision authentique, en étant pleinement conscient que chaque instant est unique. En résumé, le temps chez Heidegger n’est pas quelque chose que l’on « a », mais quelque chose que l’on « est » : une tension constante entre ce que nous avons été et ce que nous choisissons de devenir.
    –>
    Or, les dictateurs ne reconnaissent que le temps des horloges, une succession de « maintenant » linéaires et infinis, en ignorant leur finitude, et que leur temps est aussi fini, et s’arrête avec la mort. Ce n’est pas une ligne, mais une unité, où le passé, le présent et le futur s’entremêlent constamment.

    B) Que se passe-t-il si le dictateur perd le pouvoir ?
    –>
    Il finit par réfléchir à ce qu’il était en train de faire, et pourquoi. C’est ainsi que l’imprévu, ou l’échec, le « réveille » de sa dictature quotidienne, et c’est le moment où le monde entier perd son sens. Il tombe dans l’angoisse. C’est ce sentiment étrange, où « tout nous échappe ». Le monde devient vide, les objets n’ont plus d’intérêt, et les conventions sociales paraissent absurdes.

    Remarque : en Allemagne, il faudrait avoir deux matières options, en plus de la thèse de doctorat. Ma première matière option était l’économie, et la 2ème était la philosophie.

  3. Hannibal

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    15 février 2026 | 19h30

    Mr. Ben Hamida,
    Vous positivez et gardez l’espoir que le pouvoir actuel retrouve la raison.
    De mon côté, j’ai plutôt tendance à dire :
    « كلامك يا هذا كالنافخات زمره »

  4. Vladimir Guez

    Répondre
    15 février 2026 | 19h27

    Vous faites semblant de croire que ce régime peut devenir raisonnable alors qu’il est allé beaucoup trop loin.
    L’unique route est la fuite en avant.
    Il ne partira pas pacifiquement et les tunisiens ne paieront pas le prix du sang pour leur dignité…. mais peut-être pour leur ventre a la rigueur , si un effondrement économique les y pousse.

    • Mhammed Ben Hassine

      Répondre
      16 février 2026 | 9h57

      Il a dépasser tousbles virages à gauche comme à droite et bretelles aussi L’unique solutions aller devant pas de recul en arrière

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