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Le cas Olfa Hamdi

Service IA, Business News

Par Raouf Ben Hédi

Arrêtée dans la nuit de samedi à dimanche à son arrivée à l’aéroport Tunis-Carthage, Olfa Hamdi suscite autant de moqueries que d’interrogations. Personnage singulier du paysage politique tunisien, elle oscille depuis des années entre annonces spectaculaires, isolement partisan et confrontation frontale avec le pouvoir. Son arrestation pose une question simple : que représente réellement Olfa Hamdi ?

Il y a des opposants structurés. Il y a des figures charismatiques. Et puis il y a des cas politiques à part. Olfa Hamdi appartient à cette dernière catégorie.

Officiellement, elle dirige le parti « La Troisième République ». Officiellement. Car dans les faits, aucun appareil partisan identifiable ne l’entoure. Aucun bureau politique connu. Aucun porte-parole. Aucun cadre régional. Aucune mobilisation visible après son arrestation samedi 14 février à son arrivée à l’aéroport Tunis-Carthage. Pas même un communiqué formel pour dénoncer son interpellation. Même sur les réseaux sociaux, la vague de soutien est restée marginale.

Business News avait un jour qualifié son parti d’« unipersonnel ». La formule avait déclenché une réaction outrée de l’intéressée, qui avait adressé une lettre ouverte au directeur de la publication, dénonçant une « falsification délibérée » et laissant planer la menace de poursuites. Pourtant, les faits demeurent têtus : la Troisième République semble exister essentiellement à travers une seule voix, la sienne.

Une politique par communiqué et vidéos

Depuis plusieurs années, Olfa Hamdi a fait du communiqué et de la vidéo son principal instrument d’action politique. Il n’y a jamais eu de meetings publics ou de réunions formelles avec des organisations politiques, professionnelles ni même syndicales.

En décembre 2023, elle publie la composition de « son » gouvernement, listant ministres et conseillers, sans que les personnes citées n’aient été consultées ou confirmées publiquement. L’exercice tient davantage de la projection que de la réalité institutionnelle.

En avril 2025, elle annonce « entamer un dialogue politique avec l’Union européenne », saluant au passage des décisions du président Kaïs Saïed. Aucune confirmation officielle de l’Union européenne ne viendra étayer cette annonce.

Quelques semaines plus tard,elle affirme s’être plainte auprès de l’OTAN contre l’Italie, accusant Rome d’agir contre les intérêts tunisiens dans le cadre de la coopération militaire. Là encore, aucune trace d’une quelconque procédure ou réaction institutionnelle.

Ce schéma se répète : annonces solennelles, vocabulaire diplomatique, mise en scène internationale… sans validation extérieure.

À force, ce n’est plus une stratégie. C’est une dérive.

Se présenter comme interlocutrice de l’Union européenne, saisir l’OTAN, composer un gouvernement imaginaire, annoncer des dialogues inexistants : cette accumulation relève moins de l’action politique que d’une forme de mégalomanie politique.

Le problème n’est pas qu’elle critique le pouvoir. Le problème est qu’elle semble se projeter dans une stature d’État que rien, dans la réalité institutionnelle, ne vient étayer. La politique devient alors un théâtre à un seul personnage.

L’épisode présidentiel

En novembre 2023, Olfa Hamdi annonce sa candidature à la présidentielle de 2024. Elle déroule son programme, multiplie les vidéos, se projette déjà dans le rôle.

Un détail pourtant fondamental semble lui avoir échappé : la Constitution de 2022 fixe l’âge minimum pour briguer la magistrature suprême à quarante ans. Née en 1988, elle en avait 36.

Ce n’était ni une subtilité juridique ni un débat d’interprétation. C’était la condition première. Le seuil d’accès.

L’épisode a laissé un malaise. Comment prétendre gouverner un pays sans avoir vérifié la règle la plus élémentaire qui encadre l’accès à la fonction ? Comment engager une campagne sans s’assurer que l’on est, tout simplement, éligible ?

Le reste était à l’avenant. Le programme annoncé se voulait ambitieux, structurant, transformateur. Mais il n’était adossé à aucun chiffrage précis, à aucune trajectoire budgétaire identifiable, à aucune explication sur le financement des réformes avancées. Or la politique, surtout à ce niveau, ne se résume pas à des intentions. Elle suppose de dire combien coûte chaque promesse et comment on la finance.

C’est Business News qui, en avril 2024, a dû rappeler cette évidence constitutionnelle et souligner l’incompatibilité de sa candidature avec la condition d’âge. Après cet article, Mme Hamdi a observé un long silence, plusieurs semaines sans vidéos ni communiqués, comme si la réalité venait de rattraper, brutalement, la mise en scène.

L’impression qui s’en dégageait était celle d’une candidate qui annonçait la conquête du palais avant même d’avoir pris la peine d’en lire le règlement.

L’opposition frontale à Kaïs Saïed

Au-delà du personnage, un fait demeure. Olfa Hamdi s’attaque régulièrement au président Kaïs Saïed. Depuis les États-Unis, dont elle possède la nationalité, elle a multiplié les critiques, souvent virulentes, contre le chef de l’État et sa politique.

Ces derniers mois, son ton s’était pourtant fait plus discret. Ses publications ont disparu et son activisme médiatique semblait s’être évaporé.

À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune communication officielle n’a confirmé les raisons exactes de son arrestation. Son père, contacté par Business News, a refusé de confirmer ou de démentir l’information.

Il est cependant difficile d’ignorer le contexte : ces dernières semaines, plusieurs personnes ont été interpellées à la suite de déclarations publiques, dont le député Ahmed Saïdani, l’ancien député Abdellatif Aloui et le magistrat révoqué Hichem Khaled. Le régime de Kaïs Saïed a montré qu’il ne distingue pas toujours entre opposition structurée et critique isolée.

Si les faits reprochés à Olfa Hamdi relèvent exclusivement de ses publications, la question de la liberté d’expression serait alors centrale, indépendamment du crédit politique que l’on accorde à son auteur.

Pourquoi est-elle rentrée ?

Reste l’énigme. Pourquoi rentrer en Tunisie alors que l’on sait s’exposer à une arrestation probable ?

Première hypothèse : une erreur d’appréciation. Elle aurait pu croire que sa qualité de présidente de parti et sa nationalité américaine la protégeraient. Elle aurait pu recevoir des assurances de la part du régime pour qu’on la laisse tranquille.  

Deuxième hypothèse : un calcul.

Olfa Hamdi possède la nationalité américaine. Elle connaît les codes de la communication internationale. Elle sait qu’une arrestation en Tunisie, si elle est présentée comme liée à ses prises de position politiques, peut rapidement être traduite en dossier diplomatique.

Dans ce scénario, l’incarcération ne serait pas un accident, mais un levier. Elle transformerait sa figure marginale en « prisonnière politique » potentielle, catégorie qui attire mécaniquement l’attention des ONG, des chancelleries et des élus étrangers. Elle obtiendrait ainsi une visibilité internationale à peu de frais.

L’objectif implicite serait alors double : acquérir une légitimité que les urnes ne lui ont jamais fournie et forcer Washington à regarder dans sa direction. Une ressortissante américaine arrêtée pour ses propos politiques crée, de fait, un sujet consulaire. Et tout sujet consulaire devient, tôt ou tard, un sujet politique.

Plus audacieux encore : elle aurait pu estimer que sa double nationalité constituerait une forme d’immunité. Qu’un retour en Tunisie serait toléré, et qu’en cas d’arrestation, les autorités américaines seraient contraintes d’intervenir, plaçant ainsi Kaïs Saïed dans une situation diplomatiquement inconfortable.

Dans cette lecture, son retour ne serait ni naïveté ni imprudence, mais une tentative d’internationaliser son bras de fer avec le pouvoir et d’exposer la nature répressive du régime à une audience plus large.

Reste une question : cette stratégie suppose une anticipation fine des rapports de force, une capacité à mesurer les réactions de Tunis comme celles de Washington, et une maîtrise des conséquences politiques d’une telle escalade.

Or rien, dans le parcours d’Olfa Hamdi, n’a véritablement démontré une telle cohérence stratégique et un tel « machiavélisme ».

Un cas politique à part

Olfa Hamdi n’est ni une figure centrale de l’opposition ni une stratège redoutable. Elle ne dispose ni d’un appareil partisan identifiable ni d’une base militante visible. Elle ne structure pas un courant. Elle occupe un espace médiatique.

Son parcours dessine autre chose : une accumulation d’annonces spectaculaires, de gouvernements imaginés, de dialogues internationaux proclamés, de candidatures juridiquement impossibles. À chaque fois, la scène est immense. À chaque fois, la réalité est minuscule.

La politique, chez elle, semble moins une construction qu’une projection. Moins un travail qu’une mise en scène. Comme si la stature précédait l’existence même du socle.

C’est en cela que « le cas Olfa Hamdi » mérite son titre. Non parce qu’elle serait une menace institutionnelle. Mais parce qu’elle incarne une dérive : celle d’une confusion entre imaginaire personnel et pouvoir réel.

Son arrestation, si elle est liée à ses publications, poserait évidemment la question grave de la liberté d’expression sous le régime de Kaïs Saïed. 

Mais le parcours d’Olfa Hamdi interroge autrement. Il révèle une forme d’exaltation politique où l’ampleur des déclarations contraste systématiquement avec l’absence d’ancrage. Une ambition déconnectée des règles. Une posture sans structure.

Le cas Olfa Hamdi n’est pas seulement celui d’une opposante arrêtée. C’est celui d’un personnage qui semble avoir confondu la politique avec son propre reflet.

Et c’est peut-être cela, au fond, qui intrigue autant qu’il inquiète.

Raouf Ben Hédi

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9 commentaires

  1. Gg

    Répondre
    18 février 2026 | 10h21

    Peut être le mal du pays, tout simplement ?
    Je crois que cette femme mérite mieux que la dérision dont elle est victime. En tous cas son cursus n’est pas plus ridicule que celui de nombre de ministres.
    Son plus gros handicap est justement d’être une femme. Lorsqu’elle s’est trouvée à la tête de Tunisair, elle a voulu engager des réformes structurelles, immédiatement rejetées par l’UGTT. Le syndicat a eu sa peau en 2 mois, mais le fond est qu’il n’a pas accepté que la compagnie soit dirigée par une femme. Et donc aucune réforme n’a été réalisée, et Tunisair va toujours aussi mal.
    Qu’en eût il été si le pouvoir l’avait soutenue, au lieu d’entériner fissa son éviction 2 mois seulement après l’avoir nommée au poste?
    Nul ne sait, mais clairement elle a subi la misogynie locale…
    Faut avouer qu’elle tranche avec le look revêche des femmes habituellement choisies par Saïed !

  2. Citoyen_H

    Répondre
    17 février 2026 | 16h29

    POURQUOI TANT DE BRUIT

    pour un fait divers ??
    Il y a d’innombrables autres choses bien plus intéressantes à réaliser.

  3. l'autre

    Répondre
    17 février 2026 | 13h33

    A jamel.tazarki: Il est important de préciser qu’aucune interdiction n’a été adressée à Madame Hamdi. Le journaliste, dans son article, s’est contenté de rapporter des faits vérifiables et connus du public. Relater des événements ou informations dans le but d’informer l’opinion publique n’implique en rien une quelconque interdiction ou sanction à son encontre. C’est étrange comme raisonnement de la part de quelqu’un qui se présente comme mathématicien!!

  4. Roberto Di Camerino

    Répondre
    16 février 2026 | 15h35

    AH Bon, Je ne savais pas qu’elle etait americaine, en tant que telle, elle ne peut pas pretendre à un poste aussi haut que la Presidence , Les USA exigent des naturalisès une renonciation immediate à leur nationalitè d’origine, pas de double nationalitè.
    Ceci dit, elle peut contacter SON AMBASSADE à Tunis pour se faire justice.

  5. jamel.tazarki

    Répondre
    16 février 2026 | 14h09

    Je cite l’article ci-dessus :
    – Une politique annoncée par communiqué et vidéos.
    – En novembre 2023, Olfa Hamdi a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2024. Elle présente son programme, multiplie les vidéos et se projette déjà dans le rôle.
    – Pourquoi est-elle rentrée au pays?
    – Un cas politique à part.
    – L’objectif implicite serait alors double : acquérir une légitimité que les urnes ne lui ont jamais fournie et forcer Washington à regarder dans sa direction. Une ressortissante américaine arrêtée pour ses propos politiques crée, de fait, un sujet consulaire. Et tout sujet consulaire devient, tôt ou tard, un sujet politique.

    Conclusion : « Je ne reconnais plus Business News TN » dans cet article. En effet, Madame Olfa Hamdi est libre de faire tout ce qui ne touche pas aux intérêts des autres.
    –>
    – Oui, elle a le droit de se présenter à l’élection présidentielle. Plutôt des jeunes que des vieux à Carthage.
    – Oui, elle a le droit de rentrer au pays.
    – Oui, elle a le droit d’être un cas politique particulier.
    – Oui, elle a le droit de laisser Washington regarder dans sa direction
    –>
    Mais non, M. Raouf Ben Hédi, vous portez atteinte à la liberté individuelle de Mme Olfa Hamdi ! Je préfère Olfa Hamdi à Kais Saied à Carthage.

  6. Tunisino

    Répondre
    16 février 2026 | 13h02

    Olfa Hamdi, une politicienne à CV nul avec des ambitions douteuses. Ce qui est visible est qu’elle a été lancée par Rached Ghannouchi, probablement via son satellite américain Radwan Masmoudi, pour contrer Abir Moussi, elle a même été nommée une fois pdg de Tunis air, avec un échec cuisant. La politique des traitres est très complexe, ce qui est vu peut cacher des catastrophes.

  7. Vladimir Guez

    Répondre
    16 février 2026 | 12h20

    Emprisoner Olfa , c’est Navalvy qu’on asssine une deuxième fois. Mr Trump , faites faire un détour vers La Goulette au porte avion Ford en route pour l’Iran ! Svp.

    Plus sérieusement, la conclusion de cet article est vraiment le signe de victoire du régime sur les esprits. Vous avez tellement intériorisé ce que le régime impose que l’incongruite n’est pas l’emprisonnement mais l’acte de liberté de la victime. Faut il vous rappeler qu’il y a quelques mois un actionnaire du journal annonçait aussi son retour au malgré le procès dans lequel il etait en cause.

  8. zaghouan2040

    Répondre
    16 février 2026 | 11h28

    Illustration tragi-comique de la débilité ambiante
    Le colosse d’argile apeuré par un moucheron lunatique décide d’acheter une cage a rhinoceros pour y enfermer ledit moucheron

    • Hannibal

      Répondre
      16 février 2026 | 15h22

      Très drôle 😂
      Et ledit moucheron espère que Mr Trompette va bomber le torse comme à son habitude alors qu’il a d’autres chats (pas Shahs) à fouetter

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