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Accidents de la route : l’expert Anis Ben Hassoun plaide pour un sursaut national

Par Nadya Jennene

Jeudi 26 février 2026, au micro de Jawhara FM, l’expert en sécurité routière Anis Ben Hassoun a dressé un constat sans détour de la situation préoccupante des routes tunisiennes, dans un contexte marqué par la recrudescence des accidents de la route en ce début du mois de Ramadan. Son intervention a mis en lumière les failles structurelles, les comportements à risque et l’impérieuse nécessité d’une réforme systémique.

Selon les chiffres officiels, en une semaine depuis le début du mois saint, plus de trente accidents de la route ont été enregistrés faisant une dizaine de morts.

Revenant sur le drame survenu à Raoued, l’expert n’a pas hésité à qualifier cet axe de « route de la mort ». Il a dénoncé l’absence d’éclairage public, le déficit de signalisation horizontale et verticale, ainsi que la disparition des marquages au sol censés délimiter les voies et sécuriser la circulation nocturne. Selon lui, ces carences transforment certains tronçons en véritables pièges.

L’expert a souligné que, contrairement aux idées reçues, les accidents de la route n’impliquaient pas uniquement des collisions entre voitures. Les usagers vulnérables – piétons et conducteurs de deux-roues – représentent une part considérable des victimes.

En 2025, près de 42% des décès sur les routes concernaient des conducteurs de motocyclettes. Un chiffre alarmant qui s’explique par la fragilité intrinsèque de ces engins et par le non-respect des règles élémentaires de sécurité : absence de casque, défaut d’éclairage, port insuffisant de gilets réfléchissants.

À cela s’ajoute un problème structurel longtemps ignoré : le manque de recensement précis des motos en circulation. L’expert a salué toutefois les efforts récents du ministère du Transport pour immatriculer systématiquement les nouvelles motocyclettes et leur attribuer une carte grise, première étape vers une meilleure traçabilité.

Autre point soulevé : la discordance entre la puissance réelle de certaines petites cylindrées et la réglementation en vigueur. Théoriquement, les motos de moins de 50 cm³ ne devraient pas dépasser 50 à 60 km/h. Or, dans les faits, certaines circulent à plus de 90, voire 100 km/h.

Ce différentiel crée des situations extrêmement dangereuses, notamment hors agglomération, où la vitesse autorisée pour les véhicules légers peut atteindre 90 km/h.

Anis Ben Hassoun a attiré également l’attention sur les pics de risque liés aux rythmes sociaux, en particulier durant le mois de Ramadan. Si le nombre d’accidents peut coïncider avec une forte densité de circulation, la gravité, elle, tend à s’accentuer à l’approche de la rupture du jeûne.

La fatigue, la baisse du taux de sucre dans le sang, la précipitation pour rejoindre son domicile avant l’iftar altèrent la concentration et favorisent les prises de décision hasardeuses. « Gagner quelques minutes ne vaut pas le risque de perdre la vie », a-t-il rappelé appelant à un sursaut de responsabilité individuelle.

Pour l’expert, la sécurité routière ne peut être envisagée que comme un système global et cohérent. Celui-ci repose sur trois piliers : la rigueur dans l’application de la loi, l’amélioration des infrastructures et l’implication de la société civile.

Il a plaidé pour un renforcement des contrôles de vitesse, mais aussi pour une lutte ferme contre les infractions récurrentes, notamment le non-respect des feux de signalisation. « Dans les pays développés, l’application de la loi est immédiate et sans complaisance », a-t-il souligné. 

Il a évoqué également le projet de permis à points, actuellement en discussion, qui permettrait de sanctionner plus efficacement les comportements dangereux. Le simple paiement d’une amende, estime-t-il, ne suffit pas toujours à dissuader les récidivistes. La suspension du permis, notamment en cas de répétition des infractions, devrait être facilitée par une révision des textes existants.

Anis Ben Hassoun a dans ce contexte regretté la relative absence de la société civile dans les campagnes de sensibilisation. La prévention, selon lui, doit être permanente, visible et adaptée aux réalités locales.

Au-delà des statistiques et des textes juridiques, son message se veut profondément humain : chaque accident évitable est un drame de trop. La route n’est pas un espace d’improvisation, mais un lieu de coexistence où discipline, respect et vigilance doivent primer.

N.J

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