Cela fait presque deux semaines qu’Olfa Hamdi a été arrêtée à son arrivée à l’aéroport Tunis-Carthage. Les réactions se sont d’abord enflammées autour de ce personnage haut en couleurs. Puis, plus rien. Plus un mot. Personne ne parle plus de celle qui s’était autoproclamée « autorité constitutionnelle d’interrègne » et qui, pourtant, a tout fait pour faire parler d’elle.
Le 15 février 2026, Olfa Hamdi est arrêtée à son arrivée à Tunis. Douze jours plus tard, aucune communication officielle détaillée n’a été rendue publique. Aucun chef d’accusation n’a été clairement exposé. Aucun communiqué de personnalités ou de partis politiques tunisiens. Pas même de La Troisième République, le parti dont elle était présidente.
Dans un pays où la moindre interpellation politique déclenche habituellement déclarations et contre-déclarations, ce silence prolongé constitue en lui-même un fait politique et est devenu l’élément central de l’affaire.
Douze jours sans clarification
Dans les affaires politiques récentes, des comités de soutien ont organisé des conférences de presse, des avocats ont détaillé les dossiers, des familles ont dénoncé publiquement les poursuites et des organisations nationales ont appelé à leur arrêt. Ici, rien d’équivalent.
Son entourage est resté discret. Aucun avocat ne s’est exprimé publiquement.
Et dans ce vide, les spéculations prospèrent. Certains évoquent des soupçons d’espionnage pour le compte de puissances étrangères. D’autres affirment que l’ambassade des États-Unis aurait réagi pour appeler l’État tunisien à la libérer. Aucun élément vérifiable ne vient étayer ces affirmations.
Dans un climat déjà saturé de procès politiques, ce mutisme interroge plus que les faits eux-mêmes. Quand les officiels se taisent, les réseaux sociaux remplissent le vide. Et ils le remplissent mal.
L’embarras des partis et de la société civile
Aucun parti ni organisation nationale n’a réagi à l’arrestation d’Olfa Hamdi, mis à part quelques réactions individuelles, signe de son isolement politique et d’un climat marqué par la prudence stratégique. Ce silence traduit une volonté claire de ne pas s’associer à une figure jugée marginale, controversée ou imprévisible, dont les prises de position et les initiatives médiatiques ont souvent échappé aux cadres institutionnels traditionnels.
Cette absence de mobilisation neutralise l’impact de son arrestation : l’affaire ne devient pas un événement capable de mobiliser l’opinion ou de susciter un débat politique. Elle reste un dossier isolé, sans relais ni visibilité, où le silence des partis et des institutions contribue lui-même à façonner la perception publique.
Un parti totalement invisible
Alors que « La Troisième République » était très actif en ligne, avec une page Facebook totalisant cinquante mille abonnés et plus d’un millier de publications, rien n’a été publié depuis le 31 janvier. Aucune réaction à l’arrestation de celle qui en est pourtant la présidente et la principale figure. Visiblement, la seule.
Aucun rassemblement. Aucune conférence de presse. Aucune prise de position officielle.
Ce silence confirme ce qui était déjà perceptible : l’extrême faiblesse organisationnelle du parti. Sans appareil structuré, sans cadres identifiés, sans relais régionaux, il n’existe pas de mécanisme interne capable de produire une riposte politique.
Ces derniers mois, son ton s’était pourtant fait plus discret. Ses publications avaient disparu de sa page officielle et de celle du parti. Son activisme médiatique s’est visiblement dirigé ailleurs.
Une communication parallèle
Peu avant son arrestation, Olfa Hamdi ne semblait plus très active sur les canaux officiels du parti. Elle a créé un site internet au nom de la République tunisienne. Un site qui, dans sa présentation, cherche manifestement à ressembler à un organe de communication officiel.
Sur la page d’accueil, on peut lire : « Site officiel du Conseil de la République tunisienne. Conformément aux dispositions de la loi n°47 de 2018 ».
Sur ce site, rédigé en anglais, elle publie des déclarations et communiqués présentés comme engageant l’État tunisien, signés « Présidence du gouvernement, République tunisienne ».
La dernière publication, datée du 13 février, présente « la composition officielle du Conseil du dialogue social, fixée par deux décrets conformément à la loi », elle y promet « une représentation paritaire entre le gouvernement, les syndicats et les organisations patronales ». On y trouve également des textes détaillant le budget de l’État, présenté comme officiellement arrêté. Tout un programme.
Cette mise en scène institutionnelle, dépourvue de toute reconnaissance juridique, brouille la lecture de l’affaire. Elle situe Olfa Hamdi à la frontière entre le pénal et le politique, donnant à son interpellation une dimension hybride. L’ensemble laisse penser à une stratégie de communication personnelle poussée à l’extrême, où la forme et le symbole priment sur le cadre légal réel.
Le poids de ses propres mises en scène
Aux yeux d’une partie de la classe politique, ces initiatives ont renforcé l’image d’une actrice évoluant en dehors des cadres institutionnels traditionnels.
Cela explique en partie l’absence de solidarité automatique. Contrairement à d’autres opposants disposant d’une base militante identifiable, elle ne bénéficie pas d’un réseau organisé capable de transformer son arrestation en cause collective.
L’affaire Olfa Hamdi ne bouleverse pas l’équilibre politique national. Elle ne mobilise ni la rue ni les partis. Mais elle révèle une double réalité : l’isolement politique d’une figure qui a longtemps occupé l’espace médiatique, et la fragilité croissante dans la gestion publique de l’information.
Et tant que les faits exacts ne seront pas officiellement établis, le dossier restera ouvert à toutes les projections.
Raouf Ben Hédi











Commentaire
Judili58
Faites votre travail !!! Allez chercher l’information auprès des sources officielles et des proches au lieu de participer à la diffusion des rumeurs.