Au lendemain de la confirmation officielle de la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué lors d’une offensive militaire conjointe des États-Unis et d’Israël, l’ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, Ahmed Ounaies, estime que la région est entrée dans une phase de confrontation ouverte susceptible de redessiner durablement l’équilibre stratégique du Moyen-Orient.
Intervenant par téléphone au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, l’ancien diplomate a analysé, lundi 2 mars 2026, les implications militaires, politiques et géopolitiques d’un conflit qu’il considère comme structurant, tout en revenant sur les rumeurs ayant circulé autour d’une possible mort du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Une guerre qui dépasse le cadre bilatéral
Pour Ahmed Ounaies, la séquence actuelle ne peut être réduite à un simple affrontement entre Téhéran et Tel-Aviv.
« Nous sommes dans une guerre chaude, qui dépasse largement un face-à-face classique », a-t-il expliqué, estimant que la confrontation pourrait entraîner des interventions indirectes ou directes d’autres puissances si elle devait se prolonger.
Selon lui, l’objectif stratégique de l’opération ayant visé Ali Khamenei reposait sur l’hypothèse qu’en éliminant le guide suprême, la capacité de réaction iranienne serait neutralisée. Or, observe-t-il, la riposte iranienne s’est poursuivie immédiatement.
« On a pu penser qu’avec la fin de Khamenei, l’Iran cesserait de répondre. Or la réaction s’est maintenue », a-t-il souligné. Il estime ainsi qu’il est prématuré de parler d’un effondrement de l’Iran comme puissance régionale.
L’annonce de Donald Trump et la confirmation iranienne
Samedi 28 février 2026, le président américain Donald Trump avait annoncé sur Truth Social la mort d’Ali Khamenei, affirmant qu’il « est mort » lors de l’offensive militaire d’ampleur. Il l’avait qualifié de « l’une des personnes les plus diaboliques de l’Histoire » et appelé le peuple iranien à « s’emparer du pouvoir » pour reprendre le contrôle du pays.
L’opération, baptisée « Rugissement du lion » par l’armée israélienne et « Fureur épique » par le Pentagone, aurait visé des centaines de cibles militaires iraniennes. Selon des sources israéliennes, la résidence du guide suprême aurait été frappée par une trentaine de bombes. Plusieurs hauts responsables du régime figureraient parmi les victimes.
Dans un premier temps, la diplomatie iranienne avait catégoriquement démenti les annonces américaines, affirmant que le guide suprême était « sain et sauf » et qualifiant les informations sur sa mort de « rumeurs infondées ».
Mais dans la nuit, les autorités iraniennes ont confirmé son décès, sans préciser les circonstances exactes ni les modalités immédiates de succession. Cette confirmation a mis fin à plusieurs heures de déclarations contradictoires, qui avaient nourri un climat de tension extrême dans la région.
Une riposte iranienne et un Golfe sous tension
L’Iran a rapidement riposté en lançant des missiles contre des bases américaines situées dans le Golfe, affirmant viser exclusivement des objectifs militaires américains en réponse aux frappes le ciblant. Un responsable iranien a précisé que les pays du Golfe n’étaient pas ciblés par ces actions.
Des explosions ont toutefois été signalées à Riyad, Abou Dhabi, Doha, Dubaï, Koweït et Manama.
À Manama, des colonnes de fumée ont été observées près de la zone de Juffair, où se trouve une base navale américaine.
À Palm Jumeirah, à Dubaï, un incendie a fait quatre blessés dans un hôtel. Les autorités ont évoqué un incident rapidement maîtrisé. Des détonations et une fumée noire ont été signalées par des témoins. Les blessés ont été pris en charge, sans précision sur leur état. Au moins un décès a été signalé aux Émirats arabes unis à la suite des ripostes iraniennes.
Selon le Croissant-Rouge, le bilan provisoire des frappes israélo-américaines dépasserait 200 morts en Iran, sans confirmation indépendante.
Pour Ahmed Ounaies, ces développements illustrent le risque d’extension incontrôlée du conflit.
« Une guerre ne se contrôle pas dans des calculs mécaniques parfaits », a-t-il averti.
Netanyahu : rumeur et guerre psychologique
Interrogé sur les informations ayant circulé concernant la mort éventuelle de Benjamin Netanyahu à la suite d’une frappe visant une réunion de l’état-major israélien, Ahmed Ounaies a estimé que ces annonces relevaient, à ce stade, d’une dimension médiatique et psychologique.
Il a néanmoins développé une analyse politique et juridique, affirmant que le chef du gouvernement israélien est considéré comme criminel de guerre par certaines instances internationales, ce qui, selon lui, alimente une rhétorique de légitimation dans le discours de ses adversaires.
Toutefois, il a insisté sur un point central : « La guerre n’est pas seulement entre deux hommes ».
Selon lui, même la disparition d’un dirigeant majeur ne mettrait pas fin au conflit, celui-ci étant structuré par des logiques stratégiques plus larges.
Une guerre aux ramifications mondiales
Ahmed Ounaies considère que la confrontation actuelle pourrait prendre une dimension internationale accrue si elle se prolonge.
Il évoque une guerre « mondiale de manière implicite », dans la mesure où les grandes puissances sont déjà impliquées, militairement ou diplomatiquement.
Le président Donald Trump a d’ailleurs indiqué que les frappes se poursuivraient « sans interruption tout au long de la semaine ou aussi longtemps que nécessaire pour accomplir notre objectif de paix à travers le Moyen-Orient et le monde ».
Pour l’ancien chef de la diplomatie tunisienne, si le conflit devait durer plusieurs semaines, des interventions étrangères supplémentaires pourraient soutenir l’un ou l’autre camp, transformant la confrontation en crise internationale majeure.
La fin d’une ère en Iran
Successeur de Ruhollah Khomeyni en 1989, Ali Khamenei n’était pas seulement le guide suprême : il était l’architecte central de la République islamique. Pendant près de quatre décennies, il a fixé la ligne idéologique du régime, arbitré les équilibres internes et supervisé les orientations diplomatiques, militaires et économiques.
Au fil des années, face à l’isolement international et aux contestations internes, son pouvoir s’est consolidé autour d’un appareil sécuritaire dominé par les Gardiens de la révolution.
Sa disparition ouvre une phase d’incertitude institutionnelle à Téhéran, dans un contexte de confrontation militaire directe avec Israël et les États-Unis.
Pour Ahmed Ounaies, l’enjeu dépasse la disparition d’un homme. « Ce qui se joue aujourd’hui, c’est la recomposition de l’équilibre stratégique de toute la région », a-t-il conclu.
I.N.












2 commentaires
HatemC
En se focalisant sur le concept d’hégémonie, Ahmed Ounaies adopte une posture de victimisation géopolitique qui occulte la responsabilité interne des États.
Ounaies parle de « confrontation ouverte », mais il ne mentionne pas que si l’Iran est vulnérable aujourd’hui, c’est à cause de choix structurels :
Obsession idéologique vs Développement :
L’Iran a investi des milliards dans ses milices (Hezbollah, Houthis) et son programme nucléaire, au détriment de son infrastructure civile, de sa monnaie et de sa jeunesse.
La dépendance technologique :
En 45 ans, la République islamique n’a pas réussi à créer une alternative technologique crédible. Elle dépend de composants étrangers pour ses propres missiles. Israël, en revanche, a créé un écosystème où le civil et le militaire se nourrissent mutuellement.
Le silence sur l’impuissance des pays arabes
L’article mentionne des explosions à Dubaï, Riyad et Manama. C’est l’illustration parfaite de la dépendance
70 ans de dépendance :
Malgré leurs richesses colossales, de nombreux pays arabes n’ont pas su développer leur propre « parapluie de sécurité ». Ils sont restés des consommateurs de technologie occidentale ou des cibles pour la technologie iranienne.
L’absence d’union stratégique :
Si ces pays avaient utilisé ces 70 ans pour construire une intégration économique et militaire réelle (sur le modèle de l’UE ou de l’OTAN), ils ne seraient pas aujourd’hui les victimes collatérales d’un duel entre Washington et Téhéran.
L’argument de l’hégémonie :
Un « Bouclier Sémantique »
Accuser l’hégémonie américano-israélienne est une stratégie confortable car elle :
– Dédouane les élites locales …. Si le mal vient de l’extérieur, on n’a pas à expliquer pourquoi les universités arabes sont à la traîne ou pourquoi l’innovation est quasi-absente.
– Ignore la méritocratie des nations …. Le terme « hégémonie » suggère une domination injuste. Or, dans les faits, Israël a « gagné » sa place par une discipline de fer, une éducation d’élite et une gestion rigoureuse de ses ressources limitées….
Qu’avons nous fait de notre indépendance en Tunisie ???????? 70 ans et du vent
C’est le cri du cœur que certains Tunisiens partagent ( surement pas vous Mr Ounaies ça ne se ressens pas dans vos analyses) aujourd’hui en regardant le rétroviseur.
Si l’on compare la Tunisie à d’autres nations ayant obtenu leur indépendance à la même époque (comme la Corée du Sud, Singapour ou, dans votre exemple, Israël), le constat est effectivement amer … HC
HatemC
L’analyse de M. Ounaies est incomplète. Parler d’hégémonie, c’est oublier que la puissance ne se vole pas, elle se construit. Pendant qu’Israël bâtissait la ‘Start-up Nation’ et s’assurait une indépendance technologique, nos pays se sont perdus dans des querelles idéologiques ou une gestion rentière.
La mort de Khamenei n’est pas seulement le résultat d’une frappe étrangère, c’est le symbole de l’échec d’un modèle qui a privilégié la rhétorique guerrière sur le progrès scientifique. L’équilibre se redessine en faveur de ceux qui ont su évoluer…. HC