L’escalade militaire entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran, suivie de frappes iraniennes contre plusieurs monarchies du Golfe, ne se limite pas à un affrontement géopolitique régional. Pour le docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, Aram Belhadj, les retombées pourraient être directes et tangibles pour la Tunisie.
Dans un post publié lundi 2 mars 2026, sur les réseaux sociaux, l’économiste identifie trois mécanismes par lesquels la guerre dans le Golfe est susceptible d’affecter l’économie nationale : les chaînes d’approvisionnement, les prix de l’énergie et le climat de confiance.
Des routes maritimes stratégiques fragilisées
Premier canal : la logistique internationale. Aram Belhadj souligne que tout ce qui touche le détroit d’Ormuz, le canal de Suez ou la Méditerranée impacte mécaniquement les flux commerciaux.
Or, selon des données relayées par Reuters le 3 mars 2026, le trafic maritime via le détroit d’Ormuz — passage par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial et une part significative du gaz naturel liquéfié — a été suspendu après des attaques contre des navires dans la zone. Cette paralysie fait suite à la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes.
Les marchés ont immédiatement réagi : envolée des tarifs de transport, tension sur les assurances maritimes, retards potentiels dans les livraisons. Pour une économie comme la Tunisie, fortement dépendante des importations de produits énergétiques et de matières premières, toute perturbation prolongée se traduirait par un renchérissement des coûts et des délais.

Flambée énergétique et pression sur le budget
Deuxième mécanisme : le choc des prix de l’énergie. Les contrats à terme sur le Brent ont bondi d’environ 10% en une semaine, tandis que le coût d’affrètement des très grands pétroliers (VLCC) a atteint un sommet historique de plus de 423.000 dollars par jour, soit un doublement en quelques jours. Les méthaniers transportant le GNL ont vu leurs tarifs journaliers progresser de plus de 40%, notamment après l’annonce de l’arrêt de production au Qatar.
Pour la Tunisie, importatrice nette d’hydrocarbures, une telle flambée signifie mécaniquement une aggravation de la facture énergétique. L’impact se répercute sur la caisse de compensation, sur le déficit budgétaire et, indirectement, sur l’inflation. Chaque dollar supplémentaire sur le baril pèse lourdement sur des équilibres financiers déjà fragiles.
L’effet confiance : investissements et exportations sous pression
Troisième canal mis en avant par Aram Belhadj : le climat d’incertitude. Les conflits prolongés et les risques d’extension régionale créent une atmosphère d’instabilité qui freine les décisions d’investissement et perturbe les échanges commerciaux.
Dans un environnement marqué par la volatilité des marchés énergétiques, la fermeture de routes stratégiques et la crainte d’un conflit élargi, les investisseurs adoptent une posture attentiste. Les exportations tunisiennes pourraient également souffrir d’un ralentissement de la demande dans certaines zones partenaires ou d’un renchérissement des coûts logistiques.
Une diplomatie prudente face à un choc externe
Dans ce contexte, la Tunisie a adopté une position diplomatique mesurée. Dans un communiqué publié le 1er mars 2026, le ministère des Affaires étrangères a exprimé une « vive inquiétude » et appelé à l’arrêt immédiat des opérations militaires, sans qualifier explicitement l’attaque initiale contre l’Iran ni désigner ses auteurs. En revanche, la solidarité avec les monarchies du Golfe visées par des frappes iraniennes a été clairement exprimée.
Cette posture prudente s’explique aussi par les intérêts économiques en jeu : une importante communauté tunisienne travaille dans les pays du Golfe, les transferts financiers sont significatifs et les équilibres budgétaires restent sensibles aux chocs extérieurs.
M.B.Z











