La flambée des tensions au Moyen-Orient pourrait peser lourdement sur l’économie tunisienne. Avec la hausse rapide du prix du pétrole et les risques d’interruption des approvisionnements, la Tunisie, importatrice nette d’énergie, se retrouve particulièrement exposée à des coûts accrus et à un déficit commercial croissant.
Le professeur universitaire en économie, Ridha Chkoundali, a tenté, lundi 2 mars 2026, d’évaluer dans un long post Facebook les conséquences potentielles de l’escalade militaire au Moyen-Orient sur l’économie tunisienne et mondiale. Selon lui, la situation est particulièrement préoccupante pour la Tunisie, fortement dépendante des importations énergétiques et vulnérable aux fluctuations du prix du pétrole.
Escalade militaire : Chkoundali détaille les impacts immédiats
Depuis deux jours, le Moyen-Orient est le théâtre d’une montée des tensions entre les États-Unis et Israël d’une part, et l’Iran d’autre part. L’escalade dépasse désormais les frappes limitées et touche des sites stratégiques en Iran, provoquant une riposte iranienne contre des bases américaines dans les pays du Golfe. Cette dynamique expose directement ces nations et menace la navigation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième de la production pétrolière mondiale.
Cette montée des tensions a eu un impact immédiat sur les marchés : les prix du pétrole ont augmenté de plus de 13% en deux jours seulement, signe de l’inquiétude des investisseurs face aux risques de perturbation des approvisionnements.
Quatre scénarios pour la Tunisie selon Chkoundali
Scénario 1 : conflit limité, impact modéré
Si le conflit reste limité sur le plan militaire et n’affecte pas les flux pétroliers, la hausse des prix resterait principalement une « prime de risque géopolitique » de 10% à 15% avant de redescendre progressivement.
Pour la Tunisie, cela se traduirait par un surcoût énergétique limité et une augmentation modérée de l’inflation. Selon le budget 2026, chaque hausse de dix dollars du baril par rapport aux prévisions initiales représente un coût supplémentaire de 1,6 milliard de dinars pour l’État. Dans ce scénario, le pays pourrait absorber la hausse des coûts sans provoquer de déséquilibre économique majeur.
Scénario 2 : perturbation partielle des approvisionnements
Si les exportations de pétrole du Golfe ou de l’Iran étaient partiellement interrompues — soit environ trois à cinq millions de barils par jour — la situation se transformerait en véritable choc d’offre. Les prix pourraient dépasser cent dollars le baril, entraînant une inflation plus marquée et un ralentissement de la croissance, dans une dynamique similaire à celle des années 1970.
Dans ce scénario, la facture énergétique tunisienne pourrait augmenter d’environ quatre milliards de dinars, avec un surplus d’inflation compris entre 0,75 et un point et un creusement du déficit commercial. Les économies importatrices d’énergie de la région, comme le Maroc, l’Inde ou la Turquie, seraient confrontées à des pressions similaires.
Scénario 3 : choc systémique mondial
Un blocage partiel du détroit d’Ormuz ou une perturbation majeure de la navigation transformerait la crise en choc systémique mondial. Les prix du pétrole pourraient bondir de 30% à 40%, voire atteindre 120 dollars le baril, affectant même certains pays exportateurs du Golfe en raison de l’arrêt de certaines exportations et de la hausse des coûts de transport et d’assurance.
Pour la Tunisie, la facture énergétique pourrait s’alourdir de six à sept milliards de dinars, l’inflation dépasser 1,5 point et le déficit commercial s’accroître fortement. Ce scénario exigerait un ajustement significatif des politiques de soutien à l’énergie et une révision des dépenses publiques, tout en fragilisant l’attractivité du pays pour l’investissement étranger.
Scénario 4 : extension internationale du conflit
Dans le pire des cas, le conflit pourrait s’internationaliser, avec l’implication de puissances européennes aux côtés des États-Unis et d’une éventuelle mobilisation logistique ou diplomatique de la Russie et de la Chine aux côtés de l’Iran.
Dans ce scénario extrême, le pétrole deviendrait un outil stratégique de premier plan, et le baril pourrait atteindre 150 dollars ou plus. La Tunisie serait confrontée à une facture énergétique supplémentaire dépassant dix à onze milliards de dinars, à une inflation accrue de plus de deux points, et à un déficit commercial sévère mettant sous pression les réserves de change. Des interventions financières majeures, y compris une refonte du soutien énergétique et une révision budgétaire, deviendraient indispensables.
Tunisie : vulnérabilité accentuée par la dépendance énergétique
Selon Ridha Chkoundali, tous les scénarios soulignent la sensibilité de l’économie tunisienne aux prix internationaux de l’énergie. La Tunisie, importatrice nette de pétrole et de gaz, doit anticiper des ajustements budgétaires et une éventuelle révision de sa politique de subventions si les tensions s’intensifient.
« Nous espérons que le conflit restera limité au premier scénario pour éviter des conséquences économiques graves pour la Tunisie », conclut le professeur, insistant sur l’importance de la stabilité régionale pour la résilience de l’économie nationale.
I.N.

















2 commentaires
Rationnel
Cette guerre sera longue, probablement plusieurs mois, et la Tunisie devrait la voir comme une opportunité stratégique plutôt qu’une menace à subir, Polymarket prevoit que cette guerre va continuer jusqu’a 30 Juin.
Le modèle économique du Golfe est en train de s’effondrer. Les banques de la région restreignent les retraits, Dubaï et les EAU ont perdu leur réputation de stabilité en quelques heures de frappes, et les États-Unis amorcent un retrait stratégique de leurs bases endommagées. Ce vide sera massif.
Le conflit durera car trop d’acteurs ont intérêt à le prolonger. La Russie voit ses revenus pétroliers tripler et finance confortablement le réarmement iranien. La Chine accélère sa transition vers un monde multipolaire. Le CGRI (la premiere armee de l’Iran), désormais seul aux commandes à Téhéran, fonctionne en mode jihad et ne négociera pas sous pression. Les stocks d’intercepteurs régionaux s’épuisent, rendant chaque vague de missiles plus dévastatrice que la précédente.
Dans ce contexte, la Tunisie est l’un des rares pays au monde capable de parler à toutes les parties sans être perçue comme ennemie par aucune. Ce capital diplomatique est exceptionnel. Associée à l’Algérie, qui a déjà négocié les accords historiques de 1981 entre l’Iran et l’Occident, le tandem maghrébin pourrait jouer un rôle central dans toute architecture de sortie de crise.
La Tunisie doit aussi se positionner comme destination de relocalisation pour les entreprises et talents qui fuient le Golfe, accélérer sa transition énergétique et coordonner avec Alger une initiative de médiation crédible.
Le vide créé par l’effondrement du Golfe sera comblé par quelqu’un. La question est de savoir si la Tunisie aura l’audace de s’y positionner avant que la fenêtre ne se referme.
HatemC
La stratégie de Trump a fonctionné sur le plan militaire (élimination de la menace nucléaire et du commandement). Le « bras armé » a fait son travail. La question est maintenant de savoir si le peuple iranien réussira à s’organiser assez vite pour éviter que le pays ne bascule dans une guerre civile prolongée entre factions loyalistes et révolutionnaires.
Le risque de « Libyanisation » (un pays morcelé en milices) est réel.
Cependant, Trump semble parier sur le fait que la société iranienne est beaucoup plus structurée, éduquée et prête pour la démocratie que ne l’étaient les sociétés Tunisienne, irakienne ou libyenne à l’époque.
« Doctrine Trump 2026 ».
Contrairement aux interventions en Irak ou en Libye, l’idée ici n’est pas de faire du Nation Building (reconstruction d’un pays par l’occupant), mais d’appliquer une chirurgie de précision pour retirer la tête pensante et laisser le corps social réagir., aux Iraniens de prendre le relais … HC