La dynamique citoyenne pour la défense de la liberté d’expression franchit une nouvelle étape. Après avoir dépassé le seuil des mille signataires, les initiateurs de la pétition lancée début février ont tenu, jeudi 26 février, une réunion au siège du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, en présence de représentantes et représentants de forces civiles et politiques, ainsi que de journalistes et d’activistes indépendants.
Cette rencontre marque le passage d’un appel citoyen à une structuration organisée d’un front de défense des droits et libertés, avec un agenda et des objectifs définis.
Une pétition pour alerter sur la situation des médias
Publiée le 2 février 2026, la pétition à l’origine de cette initiative tire la sonnette d’alarme sur la dégradation continue de la liberté de la presse et de l’indépendance des médias en Tunisie depuis le 25 juillet 2021.
Les signataires dénoncent des tentatives répétées de mise au pas du secteur médiatique et une volonté manifeste, selon eux, de transformer les médias en relais de communication du pouvoir exécutif. Le texte évoque notamment des interventions directes du chef du pouvoir exécutif dans le fonctionnement et les lignes éditoriales des médias publics, qu’ils estiment contraires au principe de neutralité du service public.
La pétition pointe également le gel de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) ainsi que le non-respect des dispositions du décret-loi 116 dans la nomination des responsables des médias audiovisuels publics.
Pressions judiciaires et climat de crainte
Les auteurs du texte mettent en lumière une pression judiciaire croissante visant journalistes, propriétaires de médias, blogueurs et acteurs de la société civile, à travers l’usage du décret-loi 54 et d’autres textes qu’ils qualifient de liberticides. Ces poursuites contribueraient, selon eux, à instaurer un climat de peur, à favoriser l’autocensure et à restreindre l’accès des citoyens à une information pluraliste et fiable.
Ils dénoncent également la précarisation du secteur journalistique, les entraves à la délivrance de la carte professionnelle ainsi que le refus d’appliquer des décisions judiciaires définitives relatives aux droits des journalistes, autant d’éléments perçus comme des moyens indirects de contrôle du contenu médiatique.
À travers cette pétition, initialement signée par 160 intellectuels et journalistes tunisiens, les initiateurs appellent à l’abrogation du décret-loi 54, à la fin de l’ingérence de l’exécutif dans les médias, à la réactivation des instances de régulation indépendantes et au respect des principes démocratiques et de l’État de droit.
Une plateforme et des mobilisations annoncées
Réunis le 26 février, les signataires ont évoqué le « recul grave » que connaît la situation des droits et libertés depuis le 25 juillet 2021, ainsi que l’aggravation de la crise économique et sociale. Ils ont insisté sur la nécessité d’une contribution collective active afin de sortir de l’état de paralysie que traverse la scène nationale.
Les participants ont convenu de poursuivre le travail commun en défense des droits et libertés en général, et de la liberté d’expression en particulier, ainsi que des libertés académiques et culturelles, dans le cadre d’une dynamique citoyenne ouverte à l’ensemble des composantes de la société civile et politique.
Il ont décidé de rédiger une plateforme citoyenne définissant les principes, les valeurs et des objectifs réalistes et réalisables que la dynamique entend porter. Les initiateurs prévoient également de prendre attache avec les structures représentatives du secteur des médias pour coordonner les prochaines mobilisations, ainsi qu’avec des universitaires, penseurs et créateurs pour défendre les libertés académiques et culturelles.
Une série d’actions et de manifestations civiles en faveur de la liberté d’expression sera annoncée prochainement. La dynamique entend par ailleurs élargir son champ d’action à l’ensemble des droits et libertés, y compris les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux.
Enfin, les participants ont appelé à la poursuite de la campagne de signatures afin d’élargir la base d’adhésion populaire et de consolider ce mouvement qui se veut, selon ses initiateurs, un cadre citoyen ouvert et fédérateur.
M.B.Z










