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Abdallah Laabidi : marchés, énergie, exportations… la Tunisie exposée aux secousses régionales

Par Imen Nouira

Le Moyen-Orient s’enfonce dans une escalade militaire aux contours imprévisibles. Derrière les frappes croisées et les démonstrations de force, c’est aussi une bataille stratégique autour de l’énergie et des équilibres économiques mondiaux qui se joue. Une dynamique qui, selon l’ancien diplomate Abdallah Laabidi, finira par atteindre la Tunisie.

Intervenant mercredi 4 mars 2026 par téléphone au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission « Sbeh El Ward », diffusée sur Jawhara FM, il a estimé que la guerre en cours au Moyen-Orient aura des conséquences pour le pays, en raison des interdépendances économiques et géopolitiques qui lient la Tunisie à ses partenaires européens et internationaux. Il a livré, à cette occasion, une lecture approfondie de l’escalade militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ainsi que de ses implications régionales et internationales.

Un conflit qui dépassera le Moyen-Orient

Interrogé sur la possibilité que la Tunisie soit épargnée par cette guerre, Abdallah Laabidi a été catégorique : le pays sera touché, « d’une manière ou d’une autre ».

Il a rappelé que, dans un monde globalisé, aucune économie ne vit en vase clos. La Tunisie, a-t-il expliqué, est liée à des partenaires européens et internationaux. Si la situation se détériore en Europe — principal partenaire économique du pays — les conséquences se feront sentir sur les exportations tunisiennes, notamment via les entreprises non résidentes implantées en Tunisie et orientées vers des marchés extérieurs.

Il a également insisté sur la dimension énergétique du conflit, affirmant que les guerres contemporaines sont, selon lui, étroitement liées aux enjeux économiques, en particulier aux ressources fossiles telles que le pétrole et le gaz. Il a évoqué les estimations d’experts situant l’horizon des ressources énergétiques fossiles entre trente et quarante ans, ce qui alimente les tensions autour de la transition énergétique.

Une guerre aux équilibres incertains

Concernant l’équilibre des forces, Abdallah Laabidi a estimé que l’Iran ne peut être considéré comme inférieur face aux États-Unis et Israël dans la configuration actuelle. Il a souligné que, de manière générale, un acteur qui défend son territoire possède un avantage stratégique sur un adversaire intervenant à distance.

Il a également mis en avant l’importance des acteurs internationaux indirects, citant « la Chine et la Russie comme puissances ayant fourni des soutiens technologiques et stratégiques à l’Iran », ce qui pourrait influencer l’issue du conflit.

L’ancien diplomate a insisté sur l’ampleur démographique et territoriale de l’Iran — qu’il décrit comme un pays de 92 millions d’habitants et d’une superficie équivalant à environ trois fois celle de la France — pour illustrer la complexité d’un éventuel scénario de confrontation militaire directe.

Les monarchies du Golfe et la question des bases américaines

Abdallah Laabidi a été interrogé sur les frappes iraniennes visant des territoires arabes abritant des bases américaines. Il a replacé cette situation dans une perspective historique, évoquant les héritages politiques laissés par les anciennes puissances coloniales et les dynamiques internes propres à certaines monarchies de la région.

Sans justifier les frappes, il a estimé que la présence de bases étrangères constitue un facteur d’exposition aux représailles en cas de confrontation militaire majeure.

Il a également rappelé qu’historiquement, l’Iran avait été l’un des principaux alliés des États-Unis dans la région avant la révolution islamique, tout comme la Turquie, qui entretenait des relations étroites avec Israël. Ces équilibres, selon lui, ont profondément évolué au fil des décennies.

Les scénarios politiques et la question du changement de régime

Interrogé sur l’éventualité d’un changement de régime en Iran, Abdallah Laabidi a exprimé des réserves quant à la faisabilité d’un tel scénario. Il a évoqué la solidité des structures internes iraniennes, notamment les institutions sécuritaires et militaires, ainsi que l’adhésion d’une partie importante de la population au système en place.

Selon lui, toute tentative de restauration de l’ancien régime monarchique apparaît hautement improbable dans le contexte actuel.

Une opposition croissante aux États-Unis ?

L’ancien diplomate a également affirmé qu’une partie significative de l’opinion publique américaine serait opposée à une escalade militaire prolongée. Il a évoqué des divisions internes aux États-Unis, y compris au sein des institutions militaires et des cercles de recherche stratégique.

Il a mentionné que certains responsables américains auraient exprimé des réserves quant à l’opportunité d’un engagement prolongé, estimant qu’une telle guerre pourrait fragiliser la position des États-Unis dans la région.

Un conflit à la durée incertaine

Enfin, Abdallah Laabidi s’est montré prudent quant à la durée du conflit. S’il n’exclut pas une guerre dépassant plusieurs semaines, il estime que ses répercussions économiques seront, elles, durables, notamment en raison des tensions sur les marchés énergétiques mondiaux.

En conclusion, l’ancien diplomate considère que cette guerre, qu’il qualifie de conflit aux allures de « guerre mondiale sans guerre mondiale déclarée », s’inscrit dans une recomposition profonde des équilibres géopolitiques. Pour la Tunisie, affirme-t-il, l’enjeu principal résidera dans sa capacité à anticiper et à atténuer les chocs économiques et énergétiques susceptibles de découler de cette escalade régionale.

I.N.

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