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Frappes contre l’Iran : une vidéo de Kaïs Saïed de 2023 sortie de son contexte

Depuis le 5 mars 2026, une vidéo circule largement sur Facebook accompagnée d’un message affirmant que le président Kaïs Saïed aurait menacé les États-Unis et exigé la fin de la guerre. La publication est partagée avec la légende affirmant que le chef de l’État aurait adressé « un dernier avertissement » à Washington pour qu’il mette fin au conflit, dans le contexte des frappes militaires visant l’Iran. Dans l’extrait vidéo, on entend Kaïs Saïed déclarer que « nos missiles sont toujours sur leurs plateformes de lancement et qu’un seul signal suffit pour qu’ils partent et frappent au plus profond », une phrase que certains internautes interprètent comme une menace directe contre les États-Unis ou Israël après l’escalade militaire récente.

Ces frappes ont débuté le 28 février 2026 lorsque les États-Unis et Israël ont lancé plusieurs attaques visant des installations militaires en Iran, provoquant une forte tension régionale et de nombreuses réactions politiques à travers le monde. Dans ce contexte, la vidéo attribuée à Kaïs Saïed a été présentée comme une réaction officielle de la Tunisie à cette offensive militaire. Plusieurs publications affirment ainsi que le président aurait averti Washington qu’il s’agissait d’un « dernier appel » pour arrêter la guerre, laissant entendre une position particulièrement ferme de Tunis face aux États-Unis.

La vérification montre toutefois que cette interprétation est trompeuse. La vidéo qui circule est authentique, mais elle n’a aucun lien avec les frappes contre l’Iran ni avec la situation internationale actuelle. L’extrait provient en réalité d’une déclaration faite le 24 novembre 2023 au palais de Carthage lors d’une réunion entre Kaïs Saïed, le chef du gouvernement de l’époque Ahmed Hachani, la ministre de la Justice Leila Jaffel et l’ancienne ministre des Finances Sihem Boughdiri Nemsia. Cette séquence avait été diffusée par la présidence tunisienne.

Dans cette intervention, Kaïs Saïed ne parlait pas de politique étrangère ni d’un conflit international. Le passage dans lequel il évoque des « missiles sur leurs plateformes de lancement » faisait partie d’un discours visant des acteurs internes qu’il accusait de nuire à l’État tunisien. Le président expliquait que cet avertissement s’adressait notamment à ceux qui, selon lui, cherchent à provoquer des troubles à l’intérieur du pays, à affamer la population ou à perturber les institutions, ainsi qu’aux responsables impliqués dans des affaires de corruption ou de spéculation économique. Dans le même discours, il évoquait également la question de la « réconciliation pénale » et appelait la justice à appliquer la loi contre ceux qui tenteraient d’échapper aux poursuites, y compris ceux qui se cacheraient derrière des soutiens étrangers.

La phrase reprise dans la vidéo faisait donc partie d’une rhétorique politique dirigée vers des acteurs tunisiens accusés de déstabiliser l’État, et non d’une menace adressée aux États-Unis ou à Israël. Sortie de ce contexte et associée aux frappes militaires contre l’Iran, elle donne l’impression d’une déclaration géopolitique qui n’a en réalité jamais eu lieu.

Depuis le début des frappes le 28 février 2026, aucune déclaration officielle de Kaïs Saïed menaçant les États-Unis ou appelant à une riposte n’a été publiée. La seule réaction institutionnelle tunisienne est venue du ministère des Affaires étrangères de Tunisie, qui a exprimé la position diplomatique du pays face à l’escalade militaire et appelé au respect du droit international et à la désescalade. À ce stade, le président Kaïs Saïed n’a pas pris la parole publiquement sur ces frappes.

La vidéo qui circule sur les réseaux sociaux repose donc sur un contenu réel mais ancien, sorti de son contexte pour lui donner une signification différente.

R.A.

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Commentaire

  1. Fares

    Répondre
    6 mars 2026 | 14h22

    L’art d’essayer de déguiser une poule en un coq est futile.

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