La récente avancée de la mer sur certaines plages de Hammamet, observée notamment au cours des mois de janvier et février, a suscité de nombreuses interrogations parmi les habitants et les observateurs du littoral. Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré la mer atteignant presque la limite séparant la plage de la route, donnant l’impression d’une disparition brutale du cordon sableux. Intervenant dans la matinale de Mosaïque FM vendredi 13 mars 2026, l’ingénieur en environnement Hamdi Hached a apporté une analyse scientifique de ce phénomène en s’appuyant sur les principes de la géomorphologie côtière.
Selon l’expert, il convient d’abord de rappeler qu’une plage n’est pas une structure statique constituée d’une masse de sable immobile. Elle représente au contraire un système naturel dynamique qui évolue en permanence sous l’effet de processus physiques complexes. En géomorphologie côtière, cette évolution est décrite par le concept d’équilibre sédimentaire, c’est-à-dire un bilan entre les apports de sédiments vers la plage et les pertes de sable vers le large ou vers d’autres portions du littoral.
Au cours des dernières années, plusieurs secteurs du littoral de Hammamet ont connu un recul important du trait de côte, parfois jusqu’à la disparition temporaire de certaines bandes de sable. Si l’élévation du niveau marin est souvent invoquée pour expliquer ce phénomène, Hamdi Hached souligne que ce facteur ne constitue qu’une partie de l’explication. L’ingénieur a identifié en réalité quatre facteurs principaux.
Le premier facteur est lié aux tempêtes méditerranéennes hivernales. Les vagues générées par ces perturbations peuvent arracher d’importantes quantités de sable de la plage et les transporter vers des zones plus profondes du plateau continental. Ce processus peut donner l’impression d’une disparition rapide de la plage. Toutefois, il ne s’agit généralement pas d’une perte définitive : lorsque les conditions maritimes deviennent plus calmes, les vagues plus faibles favorisent progressivement le retour d’une partie des sédiments vers le rivage. Les phases de reconstitution du cordon sableux correspondent ainsi à des périodes d’accalmie hydrodynamique.
Le deuxième facteur concerne le transport littoral des sédiments, un mécanisme par lequel le sable se déplace parallèlement à la côte sous l’action des courants et de l’orientation des vagues. Ce phénomène, appelé dérive littorale, redistribue continuellement les sédiments d’une zone à une autre du littoral, entraînant des modifications locales de la morphologie des plages.
Le troisième facteur identifié est l’impact des aménagements côtiers, en particulier les constructions touristiques et résidentielles implantées à proximité immédiate du rivage. Les structures rigides – telles que digues, murs de protection ou installations en béton – perturbent la circulation naturelle des sédiments et modifient la dynamique des vagues. Selon Hamdi Hached, ces infrastructures peuvent protéger ponctuellement certaines zones tout en accentuant l’érosion dans les secteurs voisins.
Le quatrième facteur relève du changement climatique global et de l’élévation progressive du niveau de la mer. Dans la région méditerranéenne, cette hausse est estimée entre 4 et 6 millimètres par an. Bien que ce chiffre puisse sembler faible à court terme, son accumulation sur plusieurs décennies peut représenter plusieurs centimètres, ce qui modifie l’équilibre des systèmes côtiers et favorise l’érosion.
L’ingénieur a attiré également l’attention sur certaines pratiques de gestion du littoral susceptibles d’aggraver le phénomène. Le nivellement mécanique du sable ou le nettoyage intensif des plages par des engins lourds peuvent détruire les dunes côtières, qui jouent un rôle essentiel de barrière naturelle contre l’érosion et constituent un écosystème fragile.
Hamdi Hached a, enfin, insisté sur le caractère cyclique et évolutif des plages. La configuration observée à un moment donné ne représente pas nécessairement l’état définitif du littoral. Selon l’intensité des tempêtes et les conditions océaniques, la mer peut à nouveau avancer ou reculer dans les semaines ou les mois suivants.
Face à ces dynamiques naturelles et anthropiques, l’expert préconise le recours à des solutions dites « douces », inspirées des processus naturels et visant à restaurer l’équilibre sédimentaire plutôt qu’à multiplier les ouvrages rigides. Ces approches, de plus en plus utilisées dans la gestion intégrée des zones côtières, permettent de concilier protection du littoral, préservation des écosystèmes et durabilité des plages.
N.J










