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« La place d’un journaliste n’est pas en prison » : RSF réclame la libération de Borhen Bssais et Mourad Zeghidi

Par Raouf Ben Hédi

Dans un communiqué publié vendredi 13 mars 2026, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a appelé à la libération immédiate et inconditionnelle des journalistes Mourad Zeghidi et Borhen Bssais. À l’approche d’une audience en appel dont la date reste encore attendue, les deux professionnels de l’information demeurent incarcérés depuis leur arrestation le 11 mai 2024.

Le 22 janvier 2026, un tribunal les a condamnés à trois ans et demi de prison supplémentaires. Les deux journalistes, connus pour leurs interventions dans L’Émission impossible sur Radio IFM, avaient déjà purgé huit mois d’emprisonnement pour diffusion de fausses nouvelles et fausses déclarations à des fins de diffamation sur la base du controversé décret-loi 54.

Pour RSF, cette nouvelle peine marque un tournant inquiétant.

« Vingt-deux mois de détention, et les preuves manquent toujours. La place d’un journaliste n’est pas derrière les barreaux, elle est dans les rédactions, au service d’une information de qualité qui reste, en définitive, le meilleur rempart contre la désinformation », affirme Oussama Bouagila, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF.

L’organisation appelle à la libération immédiate et inconditionnelle des deux journalistes, condamnés selon elle pour des accusations « totalement infondées » de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale.

Une affaire judiciaire contestée

Dans un premier temps, Mourad Zeghidi et Borhen Bssais avaient été condamnés en appel en juillet 2024 à huit mois de prison sur la base du décret-loi 54, à la suite de leurs interventions médiatiques.

Le seul élément retenu contre Mourad Zeghidi était notamment une publication sur son compte Facebook exprimant sa solidarité avec un confrère emprisonné.

Alors qu’ils s’apprêtaient à recouvrer leur liberté, l’affaire a pris une nouvelle tournure : de nouveaux mandats de dépôt ont été émis en décembre 2024, cette fois pour blanchiment d’argent et évasion fiscale.

Selon leurs avocats, les investigations menées pendant plus d’un an auprès de la Banque centrale, d’Interpol et des autorités européennes n’ont pourtant révélé aucun flux financier suspect, aucun actif dissimulé ni transaction douteuse.

La défense souligne également que Mourad Zeghidi avait lui-même sollicité une conciliation fiscale en janvier 2025, geste présenté comme la preuve de sa bonne foi. Pour les avocats, le dossier repose au plus sur des irrégularités fiscales qui auraient pu être traitées sans incarcération.

Malgré cela, le parquet a fait appel afin d’alourdir la peine. En l’absence d’éléments probants, RSF estime que cette condamnation reste difficilement explicable autrement que par des motifs politiques.

Des conséquences lourdes pour les familles

Au-delà de l’emprisonnement, les répercussions financières et personnelles sont considérables.

La justice a notamment ordonné la confiscation de 80 000 dinars appartenant à Borhen Bssais, ainsi que la saisie des sommes réunies par la famille de Mourad Zeghidi pour régler ses dettes fiscales. Les parts sociales des deux journalistes ont également été transférées au profit du Trésor.

« Nos vies se sont arrêtées le 11 mai », confie l’une des filles de Mourad Zeghidi.

Dans une lettre ouverte, Borhen Bssais évoque de son côté une peine qui donne le sentiment que « le temps de la sanction est devenu continu », sa fin semblant sans cesse repoussée.

Le décret-loi 54 dans le viseur

Pour RSF, cette affaire illustre de manière emblématique l’usage du décret-loi 54 comme instrument de répression contre les journalistes.

L’organisation estime que ce texte ne se contente pas de criminaliser certaines expressions médiatiques : il ouvre également la voie à un arsenal judiciaire plus large susceptible d’étouffer la liberté de la presse.

Dans son classement mondial publié en 2025, RSF place la Tunisie au 129ᵉ rang sur 180 pays et territoires en matière de liberté de la presse.

R.B.H

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