La transition énergétique constitue aujourd’hui l’un des enjeux économiques majeurs pour la Tunisie. Intervenant dans l’émission Expresso sur Express FM, lundi 16 mars 2026, l’expert en énergie et en changements climatiques Rafik Missaoui a plaidé pour une mobilisation accrue des investissements dans les énergies renouvelables.
Selon lui, la question énergétique représente désormais le principal défi macroéconomique auquel la Tunisie est confrontée. Il a rappelé en effet que près de 50% du déficit de la balance commerciale était directement imputable aux importations d’énergie.
L’expert a souligné que cette dépendance énergétique engendrait des répercussions multiples sur l’économie nationale. D’après les estimations évoquées lors de l’entretien, le déficit de la balance commerciale énergétique avait atteint onze milliards de dinars en 2025. Une situation qui exerce une pression directe sur les réserves en devises, alimente les tensions inflationnistes et alourdit les charges budgétaires de l’État.
À cela s’ajoute le poids des subventions énergétiques, soit 60% de l’ensemble des subventions, qui représente un coût important pour les finances publiques, renforçant la nécessité d’une transformation structurelle du système énergétique national.
Des objectifs ambitieux pour les énergies renouvelables
Face à cette situation, Rafik Missaoui estime que la transition vers les énergies renouvelables constitue l’une des solutions stratégiques les plus efficaces pour réduire la dépendance énergétique du pays.
Il a rappelé que la stratégie nationale prévoyait une montée en puissance significative des capacités de production renouvelable au cours des prochaines années. Les objectifs fixés sont particulièrement ambitieux : 4 850 mégawatts de capacités renouvelables à l’horizon 2030 et 8 350 mégawatts à l’horizon 2035.
Pour atteindre ces objectifs, Rafik Missaoui a insisté sur la nécessité de mobiliser l’ensemble des catégories d’investisseurs, qu’ils soient nationaux ou internationaux.
Il a avancé que le développement du secteur devrait s’appuyer sur une architecture d’investissement diversifiée, intégrant plusieurs niveaux : les ménages, à travers l’autoproduction photovoltaïque ; les petits investisseurs, capables de financer de modestes unités de production ; les investisseurs intermédiaires, susceptibles de développer des projets de taille moyenne ; et les grands investisseurs, notamment dans le cadre d’investissements directs étrangers.
Selon lui, cette diversification permettrait de multiplier les projets de production et d’élargir la base d’acteurs impliqués dans la transition énergétique.
Le foncier, un enjeu central pour le développement des projets
L’expert a également mis l’accent sur la question foncière, qu’il considère comme l’un des obstacles majeurs au déploiement rapide des projets d’énergies renouvelables.
Selon lui, l’identification et la mobilisation de terrains adaptés constituent souvent un processus long et complexe, susceptible de retarder considérablement la réalisation des projets. Les investisseurs doivent en effet trouver des sites appropriés, proches des infrastructures électriques et compatibles avec les exigences techniques des installations solaires ou éoliennes.
Dans ce contexte, Rafik Missaoui a indiqué qu’il serait pertinent que l’État anticipe ces contraintes en préparant en amont des zones dédiées aux projets énergétiques, en réalisant notamment les études techniques nécessaires et en sécurisant les procédures foncières.
Une telle démarche permettrait, selon lui, de réduire significativement les délais de mise en œuvre des projets, alors qu’aujourd’hui la préparation des terrains peut parfois s’étendre sur plusieurs années, ce qui freine l’arrivée de nouveaux investisseurs.
Il a évoqué également l’importance de la sécurité juridique et réglementaire pour attirer les capitaux. Selon lui, les investisseurs, en particulier internationaux, accordent une importance capitale à la stabilité des règles du jeu, qu’il s’agisse du cadre légal, des mécanismes de tarification ou des procédures administratives. D’où la nécessité d’instaurer une instance régulatrice.
N.J











Commentaire
Judili58
L’incitation à l’auto production photovoltaïque par les ménages est loin d’être encouragée. Pour preuve la loi de finance de 3026 qui a remis les droits de douanes sur les panneaux photovoltaïques provoquant une augmentation significative du coût de l’installation du photovoltaïque par les ménages.