Une vidéo a largement circulé sur Facebook, relayée par de nombreuses pages et accompagnée d’un texte affirmant que le vaccin DTC contre le tétanos, la poliomyélite et la coqueluche serait responsable de graves dommages neurologiques chez les enfants et provoquerait la mort d’un enfant sur 300 vaccinés.
La publication affirme également que ce vaccin ne serait plus utilisé aux États-Unis ni en Europe, mais administré chaque année à des millions d’enfants africains. Elle cite par ailleurs une étude menée au Danemark sur trente ans qui aurait conclu que les filles vaccinées seraient dix fois plus susceptibles de mourir que les enfants non vaccinés.

Authenticité et contexte de l’intervention
Face à la viralité de cette publication, BN Check a cherché à vérifier l’origine de la vidéo et la véracité des affirmations qui l’accompagnent. Une recherche par mots-clés et par image inversée permet de retrouver l’extrait original.
La vidéo correspond bien à une intervention de Robert F. Kennedy Jr., enregistrée en 2024 lors d’une interview, avant qu’il n’occupe des fonctions officielles dans l’administration américaine. L’extrait est donc authentique, mais il est diffusé aujourd’hui hors de son contexte initial.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Kennedy critique publiquement les politiques vaccinales. Le 26 juin 2025, dans une vidéo publiée sur YouTube à l’attention de responsables de l’Alliance mondiale pour les vaccins (GAVI), il affirmait notamment que les filles ayant reçu le vaccin DTCe seraient « dix fois plus susceptibles de mourir, toutes causes confondues, dans les six premiers mois de vie » que les enfants non vaccinés.
Le vaccin DTC expliqué
Pour comprendre ces déclarations, il est nécessaire de rappeler ce qu’est le vaccin DTC. Il s’agit d’un vaccin combiné destiné à protéger les enfants contre trois maladies graves : la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Il contient des anatoxines diphtérique et tétanique ainsi qu’un composant contre la coqueluche.
Deux formulations principales existent : la version dite « à germes entiers » (DTCe), développée dans les années 1940, et une version plus récente dite « acellulaire » (DTCa), qui utilise seulement des fragments purifiés de la bactérie responsable de la coqueluche. La première formulation est encore utilisée dans certains pays à faibles revenus en raison de son coût plus faible et de sa robustesse logistique, tandis que de nombreux pays à revenu élevé ont progressivement adopté la version acellulaire, mieux tolérée mais plus coûteuse.
Contrairement à ce qu’affirme la publication virale, ce vaccin n’a pas disparu des programmes de vaccination dans les pays occidentaux. Les vaccins combinés contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche restent largement utilisés dans les calendriers vaccinaux, souvent sous forme de vaccins combinés incluant d’autres antigènes. Dans de nombreux pays, les nourrissons reçoivent plusieurs doses au cours de leur première année de vie afin d’assurer une protection durable contre ces maladies potentiellement mortelles.
Les données de santé publique montrent par ailleurs que la vaccination contre ces maladies est l’une des interventions les plus efficaces pour réduire la mortalité infantile. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé et de l’UNICEF, environ 85 % des nourrissons dans le monde reçoivent aujourd’hui les trois doses recommandées du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, ce qui contribue à prévenir des millions de décès chaque année.

Quant à l’affirmation selon laquelle les filles vaccinées seraient dix fois plus susceptibles de mourir, elle repose sur l’interprétation controversée de certaines études observationnelles menées dans les années 1990 et 2000, notamment en Afrique de l’Ouest. Ces travaux ont suscité un débat scientifique sur les effets dits « non spécifiques » de certains vaccins, mais ils n’ont jamais établi de lien causal démontré entre le vaccin DTC et une augmentation de la mortalité.
Les grandes agences de santé publique, dont l’OMS, ont examiné ces recherches et conclu que les preuves disponibles ne remettaient pas en cause l’efficacité ni la sécurité du vaccin dans les programmes de vaccination. Les études les plus robustes montrent, au contraire, que la vaccination réduit fortement les décès liés aux maladies infectieuses ciblées.
Enfin, l’idée selon laquelle le vaccin serait interdit dans les pays riches, mais imposé aux pays africains est trompeuse. Les différences entre les formulations utilisées tiennent principalement à des questions de coût, de disponibilité et de stratégie de santé publique, et non à l’existence d’un vaccin dangereux réservé à certaines régions du monde.
En définitive, la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux est authentique mais les affirmations qui l’accompagnent sont trompeuses. Elles reprennent des déclarations controversées et les présentent comme des faits établis, en omettant le consensus scientifique actuel. Les données disponibles montrent que les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche restent parmi les outils les plus efficaces pour prévenir des maladies graves et sauver des millions de vies chaque année.
R.A.












