Dans un contexte de tensions militaires ouvertes au Moyen-Orient, la diplomatie tunisienne affine — ou assume — ses lignes de fracture.
Mardi 17 mars 2026, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a reçu à Tunis les ambassadeurs des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Une rencontre qui, au-delà des formules protocolaires, intervient en pleine escalade militaire opposant l’Iran à une coalition menée par Israël et les États-Unis, avec des répercussions directes dans plusieurs pays du Golfe.
La position tunisienne
Officiellement, la réunion a permis de « réaffirmer les liens de fraternité » entre la Tunisie et les monarchies du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman — tout en évoquant les « développements récents » dans la région.
Derrière ce langage feutré, la position tunisienne mérite d’être relue à la lumière des événements en cours.
Dès les premières frappes iraniennes visant des cibles dans certains pays du Golfe — en réponse aux bombardements menés contre son territoire — Tunis avait rapidement condamné ces attaques, dénonçant une atteinte à la souveraineté de « pays frères ».
En revanche, aucune condamnation explicite n’a été formulée concernant les frappes visant l’Iran lui-même, pourtant bombardé depuis plusieurs jours dans le cadre d’une offensive revendiquée par Israël et soutenue par les États-Unis.
L’Iran cible des bases américaines dans le Golfe
Dans cette séquence, les frappes iraniennes ne visent pas uniquement des territoires du Golfe en tant que tels, mais principalement des bases militaires américaines installées dans ces pays — ce qui inscrit ces attaques dans une logique de confrontation directe avec Washington, bien au-delà d’un simple conflit régional.
Une nuance absente du discours officiel, qui privilégie une lecture centrée sur la « solidarité » avec les États du Golfe, sans intégrer pleinement la dimension géopolitique plus large du conflit.
Une diplomatie prudente
Lors de la rencontre, Mohamed Ali Nafti a réaffirmé l’attachement de la Tunisie au droit international, tout en rejetant « toute forme d’agression visant des États frères ». Une formulation qui, là encore, semble soigneusement calibrée.
Les ambassadeurs du Golfe, eux, n’ont pas manqué de saluer cette position, exprimant leur reconnaissance pour le soutien tunisien et leur volonté de poursuivre la coordination avec Tunis.
Dans un contexte de guerre ouverte, cette séquence diplomatique en dit autant par ce qu’elle affirme que par ce qu’elle passe sous silence.
S.H










