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Baril à plus de cent dollars : un trou budgétaire massif de plus de six milliards pour la Tunisie

Par Imen Nouira

La flambée du pétrole, désormais au-dessus des cent dollars le baril, dépasse le simple cadre géopolitique pour devenir une véritable onde de choc économique. Du détroit d’Ormuz aux équilibres budgétaires tunisiens, la crise au Moyen-Orient met le pays face à une équation de plus en plus critique : un écart de plus de quarante dollars par rapport aux prévisions et une facture estimée à plus de six milliards de dinars. Le seuil symbolique franchi, les signaux passent au rouge pour les finances publiques, comme l’a signalé le professeur universitaire en économie, Ridha Chkoundali, mercredi 18 mars 2026, sur Jawhara FM.

L’économiste a livré, au micro de Hatem Ben Amara lors d’une intervention téléphonique dans l’émission Sbeh El Ward, une analyse détaillée de l’escalade au Moyen-Orient et de ses répercussions économiques sur la Tunisie.

Alors que le baril de pétrole dépasse désormais les cent dollars, l’économiste estime que la région est entrée dans une phase décisive où l’enjeu central devient le contrôle du détroit d’Ormuz, un point névralgique du commerce énergétique mondial.

Un basculement vers une guerre économique mondiale

Selon Ridha Chkoundali, trois développements récents structurent l’évolution actuelle du conflit :

  • le ciblage de l’île iranienne de Kharg par les États-Unis ;
  • l’appel de Donald Trump à former une coalition internationale pour sécuriser le détroit d’Ormuz, resté sans large adhésion ;
  • la menace d’une intervention militaire sur cette île stratégique.

Pour l’économiste, ces éléments traduisent un changement de nature du conflit : d’une guerre militaire limitée, il glisse vers une véritable guerre économique mondiale.

« Le détroit d’Ormuz a transformé cette guerre en une guerre économique aux conséquences globales », souligne-t-il. Washington chercherait à maintenir une confrontation brève et contrôlée, sans impact direct sur son économie, tout en affaiblissant des rivaux comme la Chine en perturbant ses approvisionnements énergétiques. À l’inverse, Téhéran privilégierait une stratégie d’usure, visant à prolonger le conflit pour accentuer les pressions économiques sur les États-Unis et leurs alliés du Golfe.

Une Tunisie directement exposée au choc pétrolier

Dans ce contexte, la Tunisie apparaît particulièrement vulnérable. Importatrice nette d’énergie, elle subit de plein fouet la hausse des prix.

L’universitaire rappelle que la Loi de finances 2026 repose sur une hypothèse de 63,3 dollars le baril. Or, avec un prix oscillant entre cent et 103 dollars, l’écart dépasse déjà quarente dollars.

Conséquence immédiate : un surcoût estimé à environ 6,4 milliards de dinars pour les finances publiques.

« Ce montant équivaut quasiment à l’ensemble des dépenses de développement de l’État », précise-t-il.

Il rappelle également qu’« chaque dollar supplémentaire au-dessus de l’hypothèse budgétaire coûte environ 160 millions de dinars » à l’État, ce qui accentue mécaniquement la pression sur le budget.

Au-delà du budget, d’autres effets indirects sont attendus :

  • une baisse des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe et en Europe ;
  • une détérioration du pouvoir d’achat de ces expatriés ;
  • un impact global sur la balance des paiements.
Des marges de manœuvre très limitées

Face à ce choc, l’économiste écarte certaines options jugées trop risquées, notamment le recours massif au financement monétaire (emprunt direct auprès de la Banque centrale de Tunisie (BCT), ndlr).

Un tel choix, explique-t-il, alimenterait fortement l’inflation, déjà orientée à la hausse.

Il identifie en revanche plusieurs leviers d’ajustement, tous socialement sensibles :

  • le report de projets publics inscrits dans le budget 2026 ;
  • le gel ou le ralentissement des recrutements dans la fonction publique, alors que 53.000 postes sont programmés ;
  • une hausse des prix des carburants, avec un impact inflationniste direct ;
  • le report des augmentations salariales, pour lesquelles une enveloppe d’environ 900 millions de dinars est prévue.

« Ce sont des choix difficiles, avec des conséquences sociales importantes », avertit-il.

Vers une Loi de finances complémentaire ?

Dans ce contexte incertain, Ridha Chkoundali appelle à la mise en place d’une cellule de crise économique, regroupant les meilleures compétences, afin d’anticiper les scénarios les plus critiques.

Il évoque également la probabilité d’un projet de Loi de finances complémentaire, destiné à ajuster les équilibres budgétaires face à l’évolution des prix de l’énergie.

Quatre scénarios déjà anticipés

Cette analyse s’inscrit dans une lecture plus large que l’économiste avait déjà développée au début du conflit, en identifiant quatre scénarios possibles :

• Scénario 1 : un baril autour de 84,5 dollars
Un impact modéré, avec un surcoût compris entre 1,6 et trois milliards de dinars et une inflation contenue. Des arbitrages budgétaires resteraient toutefois nécessaires.

• Scénario 2 : un pétrole au-delà de 100 dollars
Le scénario actuel. Le surcoût grimperait entre quatre et six milliards de dinars, avec une inflation supplémentaire pouvant atteindre un point. Des mesures d’ajustement budgétaire deviendraient inévitables.

• Scénario 3 : une crise pétrolière mondiale
En cas de fermeture totale du détroit d’Ormuz, la Tunisie pourrait faire face à un déficit budgétaire de neuf milliards de dinars, une forte pression sur le dinar et une inflation marquée.

• Scénario 4 : une guerre élargie
Le scénario extrême, impliquant les grandes puissances mondiales, pourrait générer un choc budgétaire de quatorze milliards de dinars et une inflation dépassant 2,5 points, nécessitant une Loi d’urgence financière.

Une équation économique de plus en plus critique

Au final, l’intervention de Ridha Chkoundali met en évidence une réalité : la Tunisie reste fortement dépendante des marchés énergétiques internationaux et particulièrement exposée aux tensions géopolitiques.

Avec un baril au-dessus des cent dollars et des risques de poursuite de l’escalade, la question n’est plus seulement celle de l’impact, mais celle de la capacité du pays à absorber un choc durable sans compromettre ses équilibres économiques et sociaux.

I.N.

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